Urbex Sed Lex de Christian Guillerme

Je suis passée par plusieurs phases tout le long de cette lecture, alors que je n’en attendais rien de spécifique, puisque je n’avais lu aucun avis, ni regardé la bande annonce.

Mais l’exploration urbaine des lieux abandonnés est un domaine que je connais bien, pour l’avoir pratiquée, il y a quelques années. J’aime m’imprégner de ces lieux glauques que l’être humain a soit par choix, soit par nécessité, décidé de ne plus entretenir, laissant ainsi la nature ou l’homme reprendre ses droits. Je connais cette sensation d’euphorie qui prend aux tripes, lorsque l’on découvre l’usine désaffectée dont parlent les potes, ou cette maison de maîtres en ruine, ces catacombes interdites ou certains tunnels de métro… Bref, sans rien attendre de particulier sur l’intrigue, j’en attendais un minimum, vu le titre.

J’avais une vague sensation que le fantastique allait croiser la route des protagonistes, finalement, il n’en est rien, cela n’aurait pas été si gave si le reste avait été à la hauteur.

Le prologue qui sert de base à l’intrigue, laisse peu de place à la découverte, puisque l’on comprend vite dans quelle direction l’auteur va se diriger. Il est assez visuel, sympathique, pose les jalons de l’aventure que vont vivre les personnages évoqués dans la 4ème. On s’attend à entrer rapidement dans le vif du sujet, pourtant, il faudra patienter jusqu’au chapitre treize pour que l’on se retrouve dans ce sanatorium désaffecté de Dreux qui existe bel et bien puisque le préambule prend sa source dans un fait divers bien triste qui a eu lieu en 2016, lors duquel un gamin de 19 ans a fait une chute mortelle de cinq mètres. 

Les relations entre les protagonistes sont d’ailleurs vite posées, l’intrigue débute dans l’appartement d’un des couples. Était-il besoin de préciser que l’appartement parisien était loué par Chloé et qu’elle était assise près de Théo son « amoureux »… Je suis certaine que vous m’imaginez lever les yeux au ciel… Et l’entrée en matière donne l’impression de se trouver devant une mauvaise scène de théâtre, où le ridicule des mots laisse la place au ridicule des gestes.

Plusieurs constructions sont maladroites, et ne font que creuser le déficit de bonne volonté, dont j’essaie de m’armer, notamment, dans cette phrase : « Le regard chevillé sur le ruban de goudron en mouvement… « , Ou ici : « Le bitume luisant… «  Ou encore là « … La messagerie de leur site, désespérément orpheline d’une réponse à son envoi nocturne… »

J’ai aussi découvert, que l’on chevauchait de hauts tabourets, que l’on pouvait faire pivoter sa compagne vers soi et que l’on pouvait faire beaucoup de chose de concerts… Que l’on badigeonnait les cloisons de rayons lumineux (sous-entendant les lampes torches), qu’une pièce pouvait nous saisir au détour d’une cloison, que la sueur pouvait poindre sous nos aisselles… Bref, je vais m’arrêter là, car il y en a beaucoup. 

Dommage, car l’auteur démontre à plusieurs reprises qu’il sait manier les mots, mais surtout qu’il a des connaissances linguistiques avec des mots recherchés qui font sens et pourraient donner corps au texte, mais deux lignes plus haut ou plus bas, on tombe sur des tournures maladroites qui cassent le rythme.

Concernant les personnages, ils manquent de construction et se ressemblent tous, même les fameuses ombres qui les traquent… Dommage d’ailleurs de ne pas avoir trouvé d’autres surnoms… Ombre 1, ombre 2… Comme si une paresse s’était saisie de l’auteur… 

Alors qu’il arrive parfaitement à nous décrire une de ces ombres et à lui donner vie tout en la rendant antipathique ! 

Les couples manquent de crédibilité, les dialogues entre eux, sont creux et sans saveur, avec une pointe de fausseté qui m’a exaspérée. Les « ma puce », mon « grand bêta », même au cœur de l’horreur, n’ont aucun sens et n’ont pas leur place dans ce contexte. L’auteur, en réponse à l’un de mes commentaires sur Instagram me parle de parti pris dans la narration… 

Je comprends que l’on puisse choisir tels ou tels mots, mais dans le contexte du livre, cela n’apporte rien et n’a pas sa place dans un thriller. Dans une romance tout au plus, mais dans un thriller, ça casse le rythme et c’est infantilisant. 

L’auteur, dans un autre commentaire, sous un retour de lecture, parle de petits surnoms que l’on peut se donner dans la vie quotidienne… Sauf que dans la vie quotidienne, si je me retrouve en danger, je ne me vois pas utiliser des mots doux : « chérie, mon grand bêta, nous allons nous noyer… » Je dirais plus : « bordel de merde, on va se noyer! » 

Les rires sonnent faux, comme si l’auteur avait du mal à leur construire une identité propre. D’ailleurs, aucun ne se démarque, même si l’auteur tente de présenter Fabrice comme le leader, cela ne matche pas. 

Pour autant, la description qu’il fait du gardien du sanatorium, seul personnage dignement construit en si peu de phrases, démontre que l’auteur a cette capacité, lorsqu’il daigne élaguer et s’affranchir des images alambiquées et pseudo-poétiques, qui ne font qu’alourdir le récit.

Si comme moi, vous voulez frissonner, vous serez déçus. Comme on ne s’attache pas aux personnages, on ne s’angoisse pas pour eux non plus et franchement l’accent n’est même pas mis sur le glauque du lieu, puisque l’auteur se contente de décrire d’une manière succincte ce qui s’est passé dans ce sanatorium. Alors que son histoire est terrible… 

C’est un texte qui aurait mérité plusieurs relectures et une correction plus poussée, qui fait davantage penser à un scénario qu’à un livre, les descriptions des lieux sont d’ailleurs très visuelles, ce qui montre que l’auteur a fait ses repérages et ses recherches. 

Un sujet largement exploité au cinéma, qui ne laisse aucune surprise. On comprend rapidement la direction que l’auteur fait prendre à son quatuor, dont chaque personnage manque d’épaisseur.

Ce livre a été lu en partenariat avec le maison d’édition.

Parution : 18 juin 2020 – Editions Taurnada – Pages : 248 – Genre : thriller

4ème de couverture : Contre une belle somme d’argent, quatre jeunes passionnés d’urbex sont mis au défi de passer une nuit dans un sanatorium désaffecté. Ils vont relever le challenge, mais, une fois sur place, ils vont se rendre compte qu’ils ne sont pas seuls dans cet immense endroit abandonné… Et très vite comprendre qu’ils n’auraient jamais dû accepter cette proposition. JAMAIS !

Né à Clichy-la-Garenne, ancien musicien de studio et bassiste de groupes de rock, vit en Seine-et-Marne. Il exerce aujourd’hui dans le monde du digital au sein d’une grande entreprise.
Son premier livre, La corde de Mi (éd. Art En Mots), a rencontré un franc succès. Urbex Sed Lex, son second roman.



Catégories :Thrillers

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5 réponses

  1. Ok, pour frissonner, je mettrai ma tête dans le freezer 😆 De toute façon, même si tu avais fait une chronique dithyrambique, je ne l’aurais pas ajouté, trop à lire, comme toujours.

    Moi aussi, si je sentais que j’allais me noyer, je n’userais pas de mots doux mais de gros mots bourrés d’angoisse….

    Aimé par 1 personne

  2. Bon ben un rendez-vous manquer.
    Un auteur en devenir donc, si je comprends bien !
    Je vais attendre un peu avant de me lancer…
    Merci pour ce retour honnête ma chère Julie

    Aimé par 1 personne

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