Premières lignes… Noces de jasmin de Hella Feki

Organisé par Ma lecturothèque : le principe est de citer les premières lignes de la lecture en cours. Pour ma part, comme je ne suis pas toujours à jour, j’ai fait une catégorie dédiée, que vous retrouverez dans le menu.

La cellule est toute petite. Trois mètres sur deux. Une faible lumière pénètre d’une minuscule fenêtre. Un peu d’air frais aussi, mais trop peu pour chasser la lourde odeur d’urine. Et des bruits, au loin, qui me parviennent de l’avenue Bourguiba. Dehors, la Tunisie s’embrase. Les quartiers brûlés.

De la fenêtre étroite, je trouve un coin de ciel, je pense à ces hommes dans la rue, partout, dans le pays, le poing en l’air, épaules contre épaules.

Il y a trois semaines, un homme s’est levé et a immolé le silence de la Tunisie. Lui, Mohamed Bouazizi, l’aîné de la famille, réduit au chômage, voulait simplement vendre des fruits et des légumes pour survivre. Après qu’une femme lui a craché à la gueule, les flics lui ont confisqué son étal roulant parce qu’il n’avait pas obtenu de permission de vendre. Il n’a pas supporté cette humiliation.Il a mis le feu à ses vêtements, il s’est immolé, sous le regard de tous. Et la révolte s’est répandue, dans les reculées d’abord. Notre président, inquiet, est rentré précipitamment de ses vacances dans le Golfe et a rendu visite au blessé, à l’hôpital des grands brûlés de Ben Arous. Il a senti la tension monter. Le 28 décembre, dans une allocation présidentielle, il promet des solutions au chômage. C’est une première.

Mohamed Bouazizi est mort, il y a deux jours. Hier, cinq mille personnes à son enterrement. Aujourd’hui, la flamme est allumée.

Mon esprit vagabonde. Je pense à l’avenir. À celui du pays. Au mien. À celui d’Essia, la jolie métisse aux cheveux clairs, crépus, à la peau mate, aux yeux verts, que j’ai rencontré, il y a un mois, au milieu des livres.

Je ne sais pas ce qui m’attend. Je ne sais pas ce qu’ils me feront. Eux, ceux qui m’ont enfermé dans cette toute petite cellule sombre à l’odeur pourrie d’urine. Eux, les flics, qui m’ont coincé ce matin dans la rue et emprisonné dans le sous-sol du ministère de l’Intérieur, devant lequel on évite en général de prendre le trottoir. Mes mains tremblent, j’attends sans savoir, et le doute me terrorise. Enfin, tout dépend de ce qu’il se passera dehors. Je ferme les yeux. Je me remémore ce que j’ai accompli. Je pense au destin aussi. Le destin, on croit lui donner rendez-vous. On estime pouvoir le façonner.Aller vers son futur. L’orienter vers une vie heureuse. Trouver amour, sérénité et apaisement. Mais le destin empoigne qui il veut, quand il veut, s’il le veut. C’est lui qui vous choisit. Parfois avec cruauté. Trop souvent, il bouleverse votre petite histoire bien ficelée, rangée sur une étagère, prête à prendre la poussière. Voilà ce qui m’a traversé l’esprit, assis dans ma cellule humide, dans ma niche de kelb.

Ma mère est une tunisoise à la voix douce, au visage clair, à la main lourde; mon père est d’une grande famille sfaxienne. J’ai grandi à Sfax. Je l’ai quittée à 18 ans pour Tunis la Blanche. On m’y surnomme, avec un peu de dérision, «El Sfaxi». Stéréotype du «Sfaxi», économe, travailleur, entrepreneur, riche. «El Sfaxi», son argent serait mélangé avec de l’huile. «El Sfaxi», ça nous colle à la peau. Mais je m’en fous, l’identité, c’est une création de l’esprit, une histoire que l’on se raconte pour faire plaisir aux autres. J’ai 28 ans, je suis journaliste, j’essaie de vivre ma passion, et ma vie peut bientôt finir écrasée sous la folie d’une poignée d’hommes.

Parution : 26 août 2020 – Editions JC Lattès  – Pages : 220 – Genre : révolution tunisienne

4ème de couverture :

Janvier 2011. Les journaux sont censurés, les informations  se diffusent sur Internet et un murmure  parcourt la Tunisie : la rue gronde. Mehdi, un jeune  journaliste, tourne en rond dans sa cellule, sans savoir  ce qu’il va devenir. La Cellule, elle, sait tout, elle a vu  ce que les geôliers ont fait aux autres prisonniers.
Dehors, Essia s’inquiète de la disparition de Mehdi,  son nouvel amour. Elle part à Sfax, sa ville d’origine,  pour tenter de le retrouver. À Tunis, Yacine, le père  d’Essia, se rappelle l’indépendance. D’ailleurs, il a  mal sous le pied gauche, comme au départ des  Francais en 1956. Mehdi est encore le seul à le comprendre  : c’est une révolution.

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

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• Light & Smell
• Les livres de Rose
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