Archives pour la catégorie Dystopie/Uchronie

Les Heures rouges de Leni ZUMAS

Parution : 16 août 2018 – Éditeur : Presses de la cité – Prix papier : 21,00€ –Prix Numérique : 14,99€ – Pages : 408 – Genre : Dystopie – Thriller-psychologique

Il m’a fallu un peu de temps pour digérer ma lecture… Non que je n’aie pas aimé, bien au contraire, mais c’est une lecture dense en émotion et en qualité.

L’auteure nous propulse dans un futur proche… Parfois on le sent tellement proche que cela en est effrayant, dans lequel les puritains s’imposent aux États-Unis avec de nouvelles réglementations sur l’avortement, l’adoption et la procréation médicalement assistées…

Vous pensez que c’est du déjà vu ? Vous pensez bien ! L’avortement est interdit, l’adoption et les PMA sont réservés aux couples mariés.

L’auteure n’a pas eu à inventer un univers pour présenter le sien, il lui a suffi de se pencher sur ce qu’elle a glanée, que ce soit dans les médias, dans les discours politiques et aussi dans l’obscurantisme de certaines personnes…

Quatre femmes, quatre portraits qui vivent une féminité et une maternité différente, sans qu’aucune ne soit pointée comme la bonne. Ro (la biographe), Susan (l’épouse), Mattie (la fille)  et Gin (la guérisseuse). L’auteure, sans jugement, dépeint ce que ces femmes ressentent, ce qu’elles appréhendent et chaque lectrice se retrouvera dans un des portraits.

Même si les personnages sont bien construits avec une entité propre, on ne peut s’empêcher de penser que malgré la densité, l’auteure n’a fait qu’effleurer le haut de l’iceberg. Au lecteur de faire travailler ses méninges pour y trouver son compte. Une belle réflexion sur le possible devenir des droits des femmes.

Un bond en arrière, tout en étant dans ce futur glauque à souhait, puisque l’avortement devient illégal aux États-Unis. Les peines que ces femmes encourent lorsqu’elles décident de braver les interdits, mais aussi les risques que cela comporte d’avorter dans des cliniques secrètes, sans hygiène. Les femmes célibataires ne pouvant plus adopter, ni accéder aux PMA…

Avec une plume froide, parfois ironique, d’une violence qui peut déranger, l’auteure présente son intrigue comme un documentaire romancé, mais qui nous pousse à nous interroger sur certains choix politiques. Une plume distancée, comme un médecin qui pose son diagnostic, clinique, comme pour décortiquer, exposer les possibles travers du conservatisme. Chaque personnage, malgré des trajectoires, des vies et des envies différentes est piégé dans un imbroglio dont la porte de sortie laissera une emprunte destructrice.

Pendant ma lecture, j’ai beaucoup pensé à cette phrase de Simone de Beauvoir « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. ».

J’ai également pensé à cette fragilité des droits acquis depuis tellement peu, au regard des siècles de soumission au le pater familias qui est ici représenté par le gouvernement conservateur.

Une dystopie qui a tout d’un signal d’alarme où la plume de l’auteure a parfois des envolées lyriques au service de la femme et de ses droits à disposer d’elle-même. Un roman fort, engagé où la femme est la pièce maitresse contre l’obscurantisme et le conservatisme.

Merci à NetGalley et aux éditions Presses de la cité pour cette découverte passionnante.

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Leni Zumas habite Portland, Oregon, où elle est professeure agrégée. Elle est l’auteure de deux romans, Red Clocks et The Listeners, et d’un recueil de nouvelles.

 

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La faucheuse Tome 2 – Thunderhead : Neal Shusterman

 

Parution : 15 mars 2018 – Éditeur : Robert Laffont – Collection : R – Prix papier : 19,50€ –  Prix Numérique : 12,99€ – Pages : 576 – Genre : Science-fiction – Dystopie – Littérature jeunesse

Lorsque l’on s’embarque dans une trilogie, ça passe ou ça casse. Avec « La Faucheuse » Neal Shusterman nous plonge dans une dystopie qui n’a rien d’ordinaire ! Le monde que nous connaissons est mort… C’est le cas de le dire…

Dans le premier tome, l’auteur prend le temps de poser son univers et ce futur, agréable où le monde a enfin trouvé un équilibre. Exit le chômage, la famine, les guerres, les religions, la politique, les gouvernements, les maladies sont totalement éradiquées et chaque personne peut être régénérée à l’infini… La vieillesse, ne fait plus partie du tableau, puisque rajeunir est devenu une formalité… A fortiori, la mort également… Sauf, qu’il faut bien un minimum d’équilibre ?

Bref, pour trouver la parade et maintenir l’équilibre, le Thunderhead, grâce à qui cette sérénité existe, a donc décidé de prendre les choses en main pour équilibrer, la population, en créant la Communauté des Faucheurs.

Avec le tome 2, l’auteur aborde d’autres points de vues et notamment celui du créateur de cette paix… Artificielle… Unique… Mais paisible… A sa manière…

J’ai trouvé cela assez sympa de découvrir ce qu’une intelligence artificielle « pense », comment elle appréhende le monde des humains et l’auteur a réussi parfaitement à rendre cet ordinateur super puissant d’une rare humanité. J’ai pas mal pensé au film A.I de Steven Spielberg qui est une belle référence dans le monde du cinéma sur ce futur qui nous taquine les méninges…

On plonge encore plus dans les profondeurs parfois glauques de cet univers idéalisé et on entre-aperçoit ses travers. Car attention, n’en déplaise à certains, il y a l’envers du décor… Un peu comme Las Vegas où les touristes s’extasient, alors que certains crèvent, bien cachés et en silence… Ici c’est un peu pareil, puisque nous découvrons que tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. La corruption existe bel et bien. Tout s’achète et tout se revend.

L’auteur change légèrement son fusil d’épaule, sans perdre la trame de son intrigue et permet de plonger encore plus dans univers en tissant les liens entre les différents personnages d’une manière assez brillante.

Sous couvert de dystopie assez sympathique, l’auteur aborde l’exclusion et les travers d’une société trop bien régie où le libre arbitre n’aurait pas sa place… L’essence même du propre de l’être humain est complètement annihilée.

Les chapitres permettent d’alterner entre différents personnages et même si au départ on a du mal à suivre, l’auteur nous prend par la main et nous guide parfaitement là où il veut nous amener.

Ce tome est beaucoup plus « adulte » par certains aspects. Comme pour accompagner les lecteurs de la première heure, vers une réflexion plus politique et plus humaine.

Les personnages du premier tome ont évolué et leur caractère s’est affirmé ce qui ne gâche rien et va certainement les faire pencher dans un sens ou dans l’autre… Mais ça nous le saurons dans le 3ème tome…

Je remercie NetGalley et la collection R des éditions Robert Laffont pour cette lecture.

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Neal Shusterman a déjà écrit de nombreux romans pour adolescents et ses ouvrages ont été largement primés. Avec Les fragmentés, il a rencontré un grand succès auprès des 13-18 ans. Neal Shusterman a grandi à Brooklyn (New-York) où très tôt il s’est mis à écrire. Il commence à travailler en écrivant une colonne humoristique célèbre dans un journal avant de se lancer dans la rédaction de livres et de scenarii. Dans les années qui suivent, Neal Shusterman devient un écrivain et scénariste connu des États-Unis. Ses livres reçoivent beaucoup prix et il est très apprécié par les adolescents.
Aujourd’hui, il vit en Caroline du Sud et est un auteur plébiscité. Il anime des rencontres avec ses lecteurs très souvent. Bien que son succès soit important aux États-Unis, ses livres et films étant nombreux, Neal Shusterman n’est pas du tout connu en France, seul son livre Les fragmentés (Unwind en anglais) a pour le moment été traduit.

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2063 Sélection naturelle de Magali Cervantes

Parution : 15 mai 2018 – Auto-éditionPrix broché : 17€ – Prix Numérique : 2,99€ – Pages : 388 – Genre : Dystopie – Anticipation – Science-fiction – Thriller

Avec ce titre l’auteur change complètement de registre et je dois dire qu’elle arrive à merveille à donner corps à un récit dystopique très crédible.

Comme le titre l’indique, nous sommes en 2063, un bond de 45 ans dans un futur complètement hermétique aux sentiments… Ces sentiments qui sont l’essence même de l’être humain.

Même si l’intrigue semble profiler un futur hostile à l’Homme, avec des émotions annihilées, on ne peut ignorer la nature humaine, où le cerveau est notre moteur. Faire disparaître les émotions semble être une chose simple, cloisonner les gens en les étudiants, les façonnant pour en faire des marionnettes malléables à souhait ! Mais c’est sans compter, sur l’organe qui fascine le plus… Le cerveau ! Ce cerveau qui décide de déjouer les plans tout tracés de l’élite qui décide…

Fauve est dans un centre éducatif, mais à travers ses rêves, sa curiosité va la pousser à chercher les origines de son monde en 2063, un monde autoritaire où l’être humain n’a plus le droit de choisir.

L’auteur arrive à construire un univers très réaliste, qui par moment trouve écho dans notre monde, à travers ses deux personnages attachants et bien construits. Fauve en 2063 et Mégane en 2027, chacune lutte à sa manière, pour la vérité.

A travers le journal de sa grand-mère Fauve va ouvrir les yeux et comprendre que la vérité est falsifiée.

La révolte jalonne le texte de Magali Cervantès, une révolte contre le système qui nous ment… Qui nous manipule… Et dont les effets, sur les masses est destructeur. La préservation de l’espèce humaine n’est pas un jeu et cela commence par une prise de conscience.

L’auteur nous entraine dans son univers où les chapitres s’imbriquent parfaitement, puisqu’elle dilue les informations au fil de l’eau et au fil de la découverte par Fauve du carnet de sa grand-mère.

Une plume toujours travaillée et qui démontre bien que l’auto-édition recèle des talents méconnus et qui méritent d’être dans la lumière.

Je dois dire, que ce genre sied parfaitement à l’auteur, que j’ai eu le plaisir de découvrir dans un thriller-psychologique très agréable. J’espère qu’elle renouvellera l’expérience car j’ai apprécié cette lecture parsemée de dystopie, d’écologie et où la politique a pris le pas sur le tout…

L’auteur livre une réflexion très intéressante sur un futur qui ne semble pas dénué de sens… Si aucun changement n’est fait…

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La Tour de Cécile Duquenne

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 Editions Voy'el
 Parution : 11/2015
 Pages : 172
Genre : Thriller fantastique, dystopie.

Jessica, 16 ans, se réveille dans un marécage artificiel aux dangers bien réels. Très vite, elle comprend qu’elle se trouve au sous-sol d’une étrange tour sans fenêtres, et que le seul moyen d’en sortir est de monter jusqu’au toit. Accompagnée de quelques autres jeunes, elle se lance dans l’ascension de sa vie, explorant chaque niveau, affrontant les dangers embusqués…

 

J’ai été attirée par ce livre rien qu’avec la couverture ! C’est dire à quel point l’artiste Alexandra V. Bach a du talent. Grâce à elle ce livre a trouvé le chemin vers ma liseuse, le résumé a fait le reste.

Pour écrire ce livre, l’auteur s’est lancée un défit, écrire un mini-roman en 3 jours. Je trouve cela très audacieux et pari réussi, car le livre est superbement écrit !

L’héroïne se réveille au milieu d’un marécage et a perdu la mémoire. A son réveil, elle fait la connaissance d’autres personnages, les plus marquants James, Jonathan et Melissa qui entament une course contre la montre pour leur survie.

Au départ, on ne sait pas grand chose sur la raison de leur présence dans cette Tour, mais les révélations se font tout au long de la lecture. Pour arriver sur un final complètement bluffant ! Je ne m’attendais pas à ça, malgré tout ce que j’avais pu imaginer.

L’auteur, Cécile Duquenne, nous entraîne dans un roman court, mais dense, digne d’un bon survival rythmé comme on aime, angoissant à souhait.

Le peur, le danger et la mort sont le lot des personnages très bien travaillés.

C’est un livre court, on peut même regretter qu’il le soit trop. J’appréhendais, car parfois on reste sur sa faim ! Mais là, l’auteur fait fort avec final complètement déroutant et je ne l’ai pas vu venir.

 

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Cécile Duquenne est née en 1988. Auteur amateur de fantasy, fantastique et jeunesse, elle est également libraire en dilettante, étudiante en japonais la plupart du temps, pirate de l’espace dans ses rêves les plus fous et sorcière à Poudlard dans une réalité alternative. Elle aime les sushis, la couleur rouge et le thé sans sucre, par contre elle déteste la betterave, l’hypocrisie, et le café mal fait.