Archives pour la catégorie historique

Les Diables de Cardona de Matthew Carr

 

 

Parution : 16 mai 2018 – Sonatine EditionPrix papier : 23€ – Prix Numérique : 14,99€ – Pages : 448 – Genre : Thriller Historique

Avec Matthew Carr, on se retrouve parachuté dans l’Espagne du 16e siècle. Le 16e siècle où l’odeur du cramé des bûchers de l’Inquisition est très présente. Les bûchers flambent pour la gloire de Dieu et pour la paix des âmes innocentes, perverties par le Malin. Les liens entre l’Église et l’Etat n’ont jamais été aussi forts permettant à l’Inquisition de faire ce qu’elle veut de ces malheureux promis à l’enfer…

L’Espagne a été arrachée à cette longue occupation des Maures, qui aura laissée des traces, tant religieuses, culturelles qu’architecturales. Malgré les conversions en masse, souvent par la force… L’Inquisition vit dans un climat de suspicion omniprésent. Ces conversions, sont-elles sincères ? La torture, la terreur sont palpables et la vie de chacun peut basculer du jour au lendemain sur simple doute ou délation.

Le meurtre d’un simple curé, le Rédempteur qui promet le retour du califat en Espagne et c’est le feu aux poudres, enfin aux bûchers dont les cendres ne sont jamais froides.

L’auteur propose plusieurs genres dans son intrigue, y mêlant tout à la fois une aventure digne des trois Mousquetaires, une enquête menée de main de maître avec des personnages brillamment campés, le tout servi sur une toile historique que l’on connaît peu.

Cette densité dans l’intrigue, trouve un large écho dans notre présent et c’est plutôt agréable, même si j’aime beaucoup les thrillers historiques, cela permet de réaliser que l’histoire n’est que recommencement…

En lisant ce bouquin, je n’ai pu m’empêcher de faire le parallèle avec le film de Youssef Chahine « le destin », dont j’ai savouré chaque minute, tellement il était documenté, travaillé. Nous sommes ici dans le même genre, sans lourdeur ou ennui. La plume est visuelle, parfois poétique avec un brin de malice. On retrouve cette atmosphère particulière, sombre,  mais poétique avec une enquête qui se révèle un apprentissage de fond comme avec « Le nom de la Rose » de Umberto Eco. Dont l’influence n’est pas loin.

Il y a pourtant dans « Les Diables de Cardona » une modernité sous-jacente qui ne fait que mettre en exergue les limites de notre époque… Je dirais même les régressions de notre époque. La peur de l’autre, de l’inconnu, la haine des homosexuels, la condition des femmes… Bref tout y est sauf que nous sommes au 16e siècle ! Et c’est plutôt effrayant, car on réalise avec cette lecture, que notre modernisme ne fait qu’accroître la régression. Mais surtout, que malgré la modernité, les idées sont toujours présentent et n’ont pas évolué…

Une lecture qui laisse quelque peu un goût amer lorsque l’on observe le peu d’avancement dans le domaine de la tolérance et surtout à quel point la bêtise humaine est toujours présente… Larvée pour certaines, mais prégnantes pour d’autres…

L’auteur ne se contente pas de nous servir une simple fresque historique, puisqu’il l’agrémente d’une belle intrigue policière où le lecteur va tout à tour se perdre entre les fausses pistes et les personnages parfois discutables qui ne sont là que pour brouiller les indices.

Une intrigue brillante, menée avec brio, un page turner qu’on ne lâche pas facilement, tellement la plume est belle.

Avec « Les Diables de Cardona », on se sent plus intelligent en refermant le livre. Non seulement, on a lu un très bon thriller, mais en plus, un pan entier de l’histoire de l’Espagne n’a plus de secret pour nous. C’est malin et c’est bon.

Je remercie les éditions Sonatine et NetGalley pour cette jolie découverte.

Historien et spécialiste des religions, Matthew Carr est l’auteur de plusieurs livres de non-fiction. Également journaliste, il écrit pour The Guardian ou encore The New York Times et participe régulièrement à des conférences et à des séminaires. Né à Londres en 1955, Matthew Carr est reporter pour The Observer, The Guardian, ainsi que pour la BBC. Il a couvert de nombreux conflits : affrontements mafieux en Sicile, escouades de la mort espagnoles, conflit israélo-palestinien. Il vit actuellement dans le Derbyshire.

PicsArt_09-21-05.29.09

Publicités

De la terre dans la bouche de Estelle Tharreau

Parution : 18 janvier 2018 – Éditeur : Taurnada – Prix papier : 9,90€ – Prix Numérique : 5,99€ – Pages : 260 – Genre : Thriller- historique

J’ai déjà eu le plaisir de découvrir la plume d’Estelle Tharreau avec l’impasse et j’ai été très heureuse de pouvoir me plonger dans son thriller-historique. Une plume toujours aussi sombre qui porte une intrigue avec en toile de fond une vérité historique dont on parle peu.

Même si nous sommes dans une fiction, le fait d’ancrer ses personnages dans ces évènements historiques, apporte un nouveau regard sur ce qu’un pan de notre passé peu glorieux, tente de cacher.

Estelle Tharreau met sa plume au service de ces oubliées de la seconde guerre mondiale, car rien n’est soit blanc ou noir, plusieurs nuances de gris sont toujours là pour apporter un éclairage différent et enfin mettre en exergue certains points que beaucoup souhaiteraient occulter…

Les personnages servent une intrigue très bien ficelée, dans un petit village théâtre des drames humains. L’amour, la haine, la peur, la trahison, sont des sentiments encore prégnants plus de quarante ans après les évènements, car personne n’a oublié et les souvenirs vivaces ne vont faire que raviver ces sentiments au service de faits historiques.

Pourtant, les non-dits trouvent toujours le chemin de nos cœurs.

Estelle Tharreau créée des personnages de fiction avec une résonance sensible et profonde où l’humanité prend tout son sens. Car c’est bien de cela dont elle nous parle ! L’humanité dans tout ce qu’elle peut avoir de cruelle mais surtout de beauté, de bonté et le futur est nécessairement imprégné par les empreintes profondes de notre passé.

Mais ses personnages ne sont pas seulement des êtres humains, en effet les lieux sont profondément visuels campant un rôle à part entière. Le Mont-Eloi ressemble à tout ces villages où chaque habitant participe à la vie de l’autre. Tout se sait, mais rien ne se divulgue… Rien ne doit transpirer des horreurs faites. Un peu comme dans une famille où chacun fait semblant de ne pas savoir…

Tout un village connaissait les faits, tout un village a participé aux horreurs, mais surtout chaque habitant à choisi de se taire afin d’enfouir ce secret… Un secret honteux… Mais qui va meurtrir les concernés une fois divulgué.

Un roman sur les choix de vie, sur les non-dits mais surtout un roman qui montre que malgré les horreurs de la guerre, l’être humain reste un humain et ne peut échapper à ses sentiments. Des sentiments exploités avec brio et portés par une plume d’une grande humanité malgré la noirceur qui les imprègnent.

Les années n’effacent pas les faits et le temps qui passe ne fait peut-être que mettre en évidence une réalité encore présente…

« Tous, hommes, femmes et enfants présents avaient péri. Elsa se perdait dans cette vision d’horreur. Elle gravait dans sa mémoire ces quelques ares de forêt qui, des années après, respiraient encore la souffrance et la mort. »

Merci à Joël pour cette lecture et pour la confiance qu’il m’accorde.

Passionnée de littérature depuis l’adolescence, Estelle Tharreau parcourt les genres, les époques et les pays au fil des auteurs qu’elle rencontre. De cet amour de la littérature est née l’envie d’écrire. Ayant travaillé dans le secteur public et privé, elle vit actuellement en Franche-Comté où elle partage son temps entre sa famille et l’écriture.

PicsArt_09-21-05.29.09