Devant la chute drastique de la fécondité, la récente dictature théocratique militaire à la tête de la république de Gilead, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d’autres à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire et de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté. Le quotidien glaçant décrit dans ce classique de la littérature anglophone vendu à des millions d’exemplaires à travers le monde nous rappelle combien fragiles sont nos libertés.

 

Parution : 1985 – Editeur : Robert Laffont – Prix grand format :  23,40€ – Prix numérique : 10,99€ – Prix Poche : 11,50€ – Pages : 560 – Genre : dystopie, thriller-psychologique – Traducteur : Sylviane Rué  

Au détour de politiques de plus en plus conservatrices, les femmes sont souvent les premières à subir une réduction de leurs droits les plus élémentaires.

Lorsque ce roman est adapté en série, il devient l’emblème de toute une génération de femmes qui luttent, un emblème politique reconnaissable et qui a certainement mis en exergue, à travers la cape, ce qui avait tendance à être occulté dans le livre.

Les causes ont besoin de symboles et la cape de « la servante écarlate » est devenue celui de la lutte pour les droits des femmes, dans un contexte politique où ces mêmes droits  tendent de plus en plus à être réduits dans certains pays.

La citation de Simone de Beauvoir « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. », n’a jamais été autant d’actualité.

L’auteure imagine une théocratie totalitaire où les femmes sont réduites au simple rôle d’utérus, privées de leur identité, de savoir. Trente ans plus tard, son intrigue aux allures de mise en garde est plus moderne que jamais.

En commençant ma lecture, j’ai eu du mal à me détacher de la Defred de la série, tellement l’actrice est habitée par son rôle, mais je me suis attachée à la Defred de Margaret Atwood, brune, 1,68m, 33 ans…

Servante, entièrement vêtue de rouge à l’exception de ses ailes blanches, symbole de pureté, qui lui encadrent le visage, elle a pour obligation de procréer, pour la République de Gilead.

Le choix du nom de la République : Gilead ou Galaad, n’est pas un choix innocent, de la part de Margaret Atwood. Gilead désigne aussi bien, une communauté, un mont (Le mont Gilead en Caroline du Nord) qu’un canton aux État-Unis. Mais c’est aussi le nom d’un quartier d’une banlieue de Sydney.

Lors d’une interview, l’auteure évoque l’Australie et ces enfants aborigènes volés à leurs parents, pour être placés dans des familles blanches. Il n’y a qu’un pas pour y déceler un parallélisme avec Defred et le fait que sa fille lui a été enlevée.

Dans les textes bibliques, la ville de Gilead est la représentation d’un médicament curatif. Ainsi, nous ne sommes pas loin de l’idéologie du Gilead de la servante écarlate : avoir trouvé « la solution » pour sauver un monde souffrant d’infertilité !

Defred, une femme dont l’identité a été effacée, au point que l’auteure l’occulte complètement. Elle est devenue, la servante de l’homme à qui elle appartient. Defred, détachée de son enveloppe charnelle, n’est plus qu’un ventre. C’est perturbant, pour nous, lecteurs, qui souhaiterions la voir se révolter, réagir au minimum… Pourtant, j’ai trouvé que l’auteure, à travers Defred, dépeignait cette déconnexion psychologique qui se fait lorsque l’on n’accepte pas l’inconcevable. Ce détachement, perturbant pour nous, est révélateur de la qualité de la construction de ce personnage. Le cerveau se met en mode sauvegarde, en mode automatique et même si parfois il y a des soubresauts de retour à la réalité, la réalité est tellement glauque que Defred préfère survivre à côté de ses pompes. Alors, oui elle accepte sa condition… Mais a-t-elle réellement le choix dans cette société où chaque femme a un rôle bien précis, codifié à outrance, avec les Marthas, qui sont chargées de l’entretien du domicile des élites, les Econofemmes et les femmes de commandants. Aucune n’a le choix.

Les vêtements et les couleurs sont le reflet de la hiérarchie sociale. Une tenue ainsi qu’une couleur assignée aux femmes, est d’ailleurs un symbolisme que l’on trouve fréquemment dans l’Histoire. Il n’y pas si longtemps, l’origine sociale était reconnaissable aux vêtements que les gens portaient. L’étoile jaune, en est l’exemple le plus récent…

Une des symboliques les plus fines et qui peuvent passer à la trappe, car pas explicitée, est bien celle des vêtements portés par les femmes de Gilead,  large dérivés de l’iconographie religieuse…

  • Les épouses avec le bleu, symbole de la pureté de la Vierge Marie.
  • Les Servantes avec ce rouge, qui peut avoir plusieurs symboliques, mais celle qui m’a le plus sauté aux yeux est celle des peintures de Marie-Madeleine sur certains tableaux. La romancière a d’ailleurs évoqué cet aspect : « le rouge est la croix … Le rouge est le sang », référence à la théocratie d’un côté et l’accouchement de l’autre…
  • Les épouses des hommes pauvres, les « éconofemmes« , portent des vêtements à rayures.

Ce livre qualifié de féministe, que ce soit par les lecteurs, les mouvements féministes et disons-le clairement les community manager, n’a rien de féministe ! Les mouvements féministes ont tendance à montrer la femme comme un être fragile, qu’il faut protéger, qui doit se battre, qui est victime… Je ne suis pas une victime ! Les femmes sont avant tout des êtres humains avec des défauts, des qualités. Chacune des femmes de Margaret Atwood, a un caractère propre avec le comportement qui va avec. Chacune vient enrichir le récit.

Les hommes ne sont pas tous représentés comme étant des monstres. Chaque homme est tributaire du groupe et de l’organisation. Ils sont aussi victimes de cette théocratie, un homme n’en fait pas partie de l’élite, il ne pourra avoir une femme, il doit démontrer, par ses actes qu’il en est digne. L’élite décide… Donc la position sociale a une importance capitale dans la conception de ce bouquin ! Je n’ai rien vu de féministe dans le fait qu’un homme, soit écarté de la possibilité d’avoir une femme s’il n’est pas jugé digne… La seule différence dans le traitement, homme-femme, est que la femme est, de par sa condition, discriminée, alors que l’homme, l’est par sa condition sociale. Et c’est là où réside la nuance…

Le roman de Margaret Atwood est un condensé des symbolismes divers. Elle arrive à en produire un savant mélange, parfois déroutant, comme si elle avait mis des petits papiers dans un bocal et tiré au sort au fur et à mesure ce dont elle voulait parler.  Je ne m’imaginais pas retrouver dans ces pages autant de références historiques. J’aime beaucoup ce genre de procédé, qui démontre le talent de l’auteure.

C’est une lecture qui se mérite, la densité du propos, des symboles et la construction, en font un chef d’œuvre littéraire intemporelle. Si vous cherchez de la légèreté, passez votre chemin…

Je m’interroge… Quel est le plus déshonorant, considérer les femmes comme de simples reproductrices, ou les considérer comme objets sexuels…

Ce livre a été a été sorti de mon énorme PAL…

Atwood-Margaret-crédits-Jean-Malek-2014-224x300Margaret Atwood est l’une des romancières et poétesses les plus importantes du Canada. Née à Ottawa en 1939, elle a écrit une quinzaine de romans, autant de recueils de poésie et une dizaine de nouvelles, d’essais et de livres pour enfants. Déjà connue dans les années 1970, elle est revenue sur le devant de la scène en 2017 grâce à la série La Servante écarlate (The Handmaid’s Tale), adaptée de son roman homonyme de 1985.

Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois  et du challenge Polar et Thriller 2019-2020

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Parution : 11 octobre 2019 – Editions Lajouanie –  Prix papier : 19,99€ – Prix numérique : 9,99€ – Pages : 554 – Genre : polar

Tout le monde sait qu’un cafard survit à tout… Tout le monde sait que si on coupe la tête d’un cafard, il peut vivre encore 9 jours. 9 jours au cours desquels la faim l’achèvera…

Je connais le Jean-François Pré, « Monsieur cheval », je viens de découvrir Jean-François Pré, auteur. Et autant dire que ces deux identités se confondent agréablement.

Même si l’auteur redonne vie, le temps de cette enquête à son personnage récurent, ce qui peut parfois s’avérer compliqué, pour le lecteur qui prend le train en route, il distille les informations dont on a besoin, sans référence aux anciennes enquêtes. Et j’ai trouvé cela vraiment judicieux. Pas besoin, comme pour certains auteurs, de se fader les différents livres pour l’esquisser. Les manies des uns et des autres, leurs relations s’imbriquent parfaitement grâce à ce fil rouge non palpable et pourtant présent tout au long du récit qui fait que l’on avance avec plaisir à leur rythme. Je n’ai pas eu le sentiment que ce flic était « incomplet ».

Langsamer a ce côté british que j’affectionne particulièrement. Ce flegme, qui agace les uns, vivant dans la précipitation de découvrir le mobile et le meurtrier, est la clé de la réussite, selon lui. Et ça match bien. Il a le regard perçant et l’analyse fine, permettant de déceler le moindre mensonge que l’on essaie de lui faire gober.

L’aura d’Agatha Christie n’est pas loin, avec une variété des personnages et plusieurs mobiles.

Une intrigue décortiquée, complexe, qui ne lasse pas. Pas de fioritures, on va à l’essentiel, vers un seul but : résoudre un meurtre. On s’aperçoit que chaque mot compte, tout est fait pour que le lecteur prenne du plaisir et arrive à la fin à résoudre cette enquête. Une fin logique alors que tout n’était pas si évident…

C’est du bon polar… Mais pas que…

Certaines réflexions sur le rôle des uns et des autres, sur leur place sur l’échiquier des manipulations sont très intéressantes. Les manipulations, dont nous pouvons faire l’objet sont d’une limpidité confondante et peuvent faire écho en ce sentiment d’incompréhension face aux Hommes dont on attend l’intégrité la plus totale. Plusieurs sujets de société sont abordés, mais sans lourdeur, posée là, comme une réflexion.

Non seulement Jean-François Pré, nous entraîne dans un bon polar, mais en plus, il pousse à la réflexion par petites touches, parfois suggestive… Au lecteur de lire entre les lignes… Ou pas…

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Entré à Tiercé Magazine en 1975 et au Parisien un an plus tard, Jean-François Pré intervint pour la première fois à la télévision en mai 1983, sur TF1 dont il fut ensuite le « Monsieur cheval » jusqu’en 2012. De 1983 à 1992, il y a commenté toutes les courses en direct, d’abord aux côtés de Léon Zitroneet d’André Théron, puis seul à la tête de son équipe. En 1994, il crée « La minute hippique », émission de vulgarisation du cheval qui, sera un grand succès d’audience.

Le Cheval du Président, paru en 1997, est son premier roman. Il y met en vedette un couple d’aventuriers milliardaires qu’il fera revivre dans son récit suivant, toujours avec le cheval en toile de fond. Depuis 2012, il a créé, Georges Langsamer, commissaire à la retraite, que l’on retrouve depuis dans ses parutions.

 

 

Parution : 3 octobre 2019 – Editeur : Robert Laffont – Collection : La bête noirePrix papier :  21€ – Prix numérique : 14,99€ – Pages : 448 – Genre : polar, thriller-psychologique, suspense

J’ai été ravie de retrouver le dernier opus de Daniel Cole, dont le titre en anglais est révélateur de la direction que souhaite prendre l’auteur : « Endgame »… « Fin de jeu »

Un titre à double sens, qui permet à la fois de clore la trilogie, mais surtout de voir le grand retour de Wolf, inspecteur emblématique, que l’on découvrait dans Ragdoll…

Ragdoll, ce sont des bouts de chiffons assemblés, pour former une tête et un corps de poupée. Des petites poupées bien mignonnes qui font rêver les petites filles… Mais là, c’était du sordide, de l’horreur à l’état brut… ! Ragdoll, poupée de chair et de sang, une poupée composée de six personnes différentes… Un corps, six victimes… Wolf, inspecteur borderline, que nous allions perdre de vu, puisque l’intrigue se terminait par sa fuite…

L’appât faisait la part belle à Baxter, qui prenait du galon en devenant inspectrice principale, et dont le personnage allait prendre son envol, en s’étoffant et devenir la charismatique inspectrice, manquant de confiance en elle, en tout le monde, mais têtue comme une mule et surtout, essayant de s’affranchir de l’ombre de Wolf…

Daniel Cole, prend la mesure de chacun de ses personnages pour les faire enfin bosser ensemble, chacun selon son envergure, avec ses défauts et ses failles… Baxter en veut à Wolfe… Elle lui en veut à la fois de lui avoir menti, mais surtout pour avoir disparu sans jamais donner de nouvelles. Un collègue en qui elle avait entière confiance…

Sans le suicide de son ami et mentor Finlay Shaw, Wolfe ne se serait certainement pas manifesté, il lui est impossible d’y croire et il décide de mener l’enquête avec son ancienne équipe…

Daniel Cole a toujours cette plume visuelle, cinématographique, qui entre directement dans le vif de l’intrigue, sans perdre de temps. Pour autant, on sent qu’il a envie de poser les dernières cartes qu’il a en main. Il a envie d’une fin pour ses personnages, qu’il ne souhaite plus maltraiter… Comme s’il avait fait le tour avec eux, ou qu’il avait décidé de les épargner…

L’enquête est beaucoup plus personnelle, feutrée, une lenteur qui donne de la douceur dans un monde de brutes, puisque nous connaissons rapidement le coupable…

Tout le jeu consiste à prouver la culpabilité de celui-ci…

La construction est présentée de telle manière, avec l’alternance de certains chapitres entre le passé et le présent, que l’on comprend vite le pourquoi, reste le comment… Qui, sans être une révélation, nous révolte quelque peu…

Daniel Cole, nous prend par la main et nous présente ses deux personnages fétiches de manière plus intimes.

J’ai été déconcertée par la tournure que prenait l’intrigue, mais en fin de compte, je l’ai appréciée et le final, vient la clore d’une belle manière.

Ce livre a été lu en partenariat avec la maison d’édition. Pour en savoir plus sur les conditions vous pouvez consulter la page Partenariats

Né en 1984, a été ambulancier dans une vie antérieure. Guidé par un besoin irrépressible de sauver les êtres, il a également été membre actif de la Royal Society for the Prevention of Cruelty to Animals, l’équivalent anglais de notre SPA. Plus récemment il a travaillé pour la Royal National Lifeboat Institution, une association dédiée au sauvetage en mer le long des côtes britanniques. Cet altruisme est-il la manifestation de sa mauvaise conscience quant au nombre de personnes qu’il assassine dans ses écrits ? Il vit sous le soleil de Bournemouth, au Royaume-Uni, et on le rencontre souvent sur la plage.          

 

 

 

Parution : 16 novembre 2017 – Editeur : Robert Laffont – Collection : La bête noirePrix papier :  20€ – Prix poche : 7,90€ – Prix numérique : 9,99€ – Pages : 416 – Genre : polar, thriller-psychologique, suspense

J’aime les intrigues complètement tordues, qui me vrillent le cerveau, mais j’apprécie aussi, parfois, les intrigues simples qui me permettent de me faire plaisir, sans me triturer les méninges… La griffe du diable, fait partie des polars classiques, agréables, qui fait le job qu’on lui demande, c’est-à-dire, nous faire passer un bon moment. Et c’est déjà une excellente chose.

Malgré ce classicisme, que certains pourraient lui reprocher, il y a un, je ne sais quoi qui fait que l’on se laisse facilement porter par la plume de l’auteure.

On retrouve tous les codes du genre, avec des personnages malmenés par la vie, qui prennent peu à peu forme et s’étoffent au fil du récit. L’auteure les décrit de belle façon, les rendant accessibles et surtout rendant palpables leurs fêlures. L’empathie, ce créé peu à peu, mais sans jamais tomber dans le gnangnan qui aurait pu me faire décrocher !

L’auteure tire son épingle du jeu, grâce à l’atmosphère qu’elle confère à son récit, avec les descriptions de l’île de Guernesey, ses plaines sauvages, ses légendes bien ancrées dans l’imaginaire collectif, avec une pointe de surnaturel propre aux lieux habités par les vieux démons… Une dualité est palpable entre le besoin de modernité et la peur du changement des plus anciens.

Le rythme assez lent, se calque sur le flegme tout britannique, avec un dénouement progressif, grâce aux paroles du meurtrier qui viennent se glisser entre les chapitres.

Un livre qui se déguste et se savoure avec un bon thé et des petits biscuits, en humant les vagues qui viennent s’écraser sur les rocher, isolant cette île pleine de mystère…

Ce livre a été lu en partenariat avec la maison d’édition. Pour en savoir plus sur les conditions vous pouvez consulter la page Partenariats

Lara Dearman a grandi à Guernesey avant de s’installer au Royaume-Uni pour étudier à l’université les relations internationales et le français. Après une brève carrière dans la finance et trois ans passés à Singapour, elle se consacre à l’écriture. Son premier roman, La Griffe du diable, combine son amour pour Guernesey, et ses nombreux mythes, et sa passion pour le polar et les serial killers.