Archives du mot-clé challenge ABC 2018 Policier/thriller

La femme à la mort de Samuel Sutra

Parution : 9 juillet 2018 – Éditeur : Flamant Noir – Prix broché :  19,50€ – Prix Numérique : 9,99€ – Pages : 198 – Genre : Polar

Un hôtel… Une chambre dont la porte est fermée à clef « de l’intérieur », l’unique fenêtre fermés, pas de cheminée… Une touriste russe qui se suicide… L’Ambassade Russe qui fait rapatrier le corps en quatrième vitesse… Comme pour cacher quelque chose… Mais quoi ? Le commissaire Verdier est à 6 mois de la retraite et trop de questions le hantent… Stan, ex-flic et ami vient à la rescousse.

Avec « La femme à la Mort », Samuel Sutra, fait un petit clin d’œil au « Mystère de la chambre jaune » de Gaston Leroux, qu’on ne peut qu’apprécier. Son duo d’enquêteurs atypiques va tout reprendre et décortiquer cette enquête bâclée, dès le départ…

Une équipe de choc menée par un ancien flic, aux méthodes peu orthodoxes.

Malgré une intrigue sombre, l’auteur a réussi à plusieurs reprises à me faire sourire. J’ai apprécié cette plume maîtrisée, emprunte de Légèreté, parfois burlesque. Les dialogues sont par moment jubilatoires, créant un texte unique dans son genre.

Une plume directe qui ne se perd pas en descriptions trop longues, l’auteur ferre son lecteur et l’entraine dans les tréfonds d’une enquête rondement bien menée. Des retournements de situations très bien pensés, sans tomber dans les rebondissements répétitifs qui pourraient alourdir le récit. Le tout est nourri avec une gouaille de titi qui fait penser aux vieux films où l’argot donnait du corps.

C’est le deuxième livre de l’auteur que je découvre et je dois dire que l’auteur sait manier les mots et même si dans «Coupables» sa plume est beaucoup plus sombre, il ose une écriture totalement différente, qui m’a complètement embarquée.

Publié en 2012 aux Éditions Sirius, Flamant noir a eu l’excellente idée de rééditer ce texte, permettant ainsi de redécouvrir un excellent polar avec une très bonne intrigue.

Je remercie les éditions Flamant noir et NetGalley pour cette excellente découverte.

 

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L’île des absents de Caroline Eriksson

Parution : 7 juin 2018 – Éditeur : Presses de la cité Prix broché :  19€ – Prix Numérique : 12,99€ – Pages : 240 – Genre : Thriller-psychologique

Bianca et moi avons des lectures quelques peu différentes, pour autant l’Ile des absents de Caroline Eriksson, semblait être une lecture commune parfaite et nos avis convergent vers quelques points communs… Je vous invite à découvrir l’avis de Bianca ici.

Le résumé de l’éditeur et cette couverture, laissaient présager une disparition quelque peu étrange, un genre que j’affectionne s’il est bien construit… J’ai même pensé que l’intrigue se transformerait en fantastique…

Des fois tu embarque dans un livre pensant aller dans une direction précise, pour en fin de compte te retrouver à l’opposer de ce que tu imaginais…

Au départ, je me suis sentie perdue dans les méandres de cette lecture… J’oscillais, entre déception et soupirs… L’intrigue ne correspondant pas du tout au résumé… Mais l’auteur, dès la résumé, brouille les pistes… Et j’ai finalement été happée par cette lecture, qui m’a bouleversée.

Véritable ascenseur émotionnel, pour peu que l’on soit sensible à la construction narrative de l’auteur, ce thriller psychologique nous fait passer par plusieurs sentiments. Une véritable descente aux enfers, qui va autant remuer Greta, qu’on apprend peu à peu à connaitre, que nous, pourtant simples lecteurs…

Après quelques pages, je pensais qu’elle était schizophrène et je dois dire, que même si j’aime les histoires tordues, j’étais un peu déçue de plonger dans une énième intrigue de ce genre. Mais l’auteur va peu à peu retourner la situation qui prend une ampleur complètement différente et là j’ai plongé dans les méandres de la perversité humaine…

Les relations perverses, la perversion, les relations familiales tordues…. L’impact des choix des parents sur les enfants… En si peu de page, l’auteur aborde des thèmes d’une gravité palpable et qui peuvent faire écho en chacun de nous. Ici la perversion est disséquée pour le plus grand bonheur du lecteur, mais surtout elle est abordée de plusieurs manières.

La perversion dans le couple, mais également la perversion dans le couple parent enfant et pour finir par aborder les non dits et leur impact sur la personnalité en construction d’un enfant…

Greta est malmenée, mais même si elle touche le fond de l’horreur et de la bassesse humaine, elle va peu à peu éclore et l’introspection au fil des lignes… Des pages, va lui permettre de se retrouver… Mais l’image fantasmée n’est jamais bien loin et je dois dire que l’auteur nous perd dans ses pages, puisque le lecteur se demande si c’est la réalité ou si la cerveau de Greta est complètement dérangé…. Ou si elle ne fantasme pas sa vie…

Peu à peu, la trame de l’auteur délivre ses réponses et les vérités apparaissent… Horribles… Inconcevable… Irréelle… Et pourtant… L’auteur soulève de vraies questions humaines et sociétales, avec la place de la femme et les violences…

La violence physique et psychologique est terriblement destructrice dans un couple et le dominant trouve tes failles…. on met des années à s’en remettre avant de s’apercevoir que C’est l’autre le problème…

Oui j’ai aimé même si au départ j’ai été déstabilisée car je ne voyais pas où ça menait ! Et j’imaginais lire une énième intrigue de folie meurtrière et maladie mentale. Mais l’auteur a vraiment fait un beau travail sur l’intrigue.

Pour une premier livre, Caroline Eriksson commence fort ! On est bousculé dans nos convictions… La narration est telle qu’une introspection s’opère et devient nécessaire… On termine cette lecture, qui nous prend dans ses filets pour nous recracher complètement sonné… Bouleversé… Car tout prend sens…

Peu à peu la déception a fait place à une frénésie. Je voulais comprendre… Savoir… Pourquoi ? … Comment ?… Et j’ai terminé par avoir un vrai coup de cœur pour l’histoire, la plume tordue de l’auteur et les révélations finales.

Un thriller scandinave qui change et qui déroute, car différent de ce que l’on a déjà pu découvrir.

Je remercie les éditions Presses de la cité et NetGalley, sans qui cette lecture n’aurait pu se faire dans l’immédiat…

 

 

Sauvez-moi de Jacques EXPERT

Parution : 14 juin 2018 – Sonatine EditionPrix papier : 21€ – Prix Numérique : 14,99€ – Pages : 400 – Genre : Thriller psychologique

C’est mon premier Expert… Et je ne suis vraiment pas déçue !

J’ai été assez déstabilisée au départ.  en effet, je n’arrivais pas à accrocher à l’intrigue, je trouvais qu’elle mettait du temps à s’installer et j’avais peur de m’ennuyer… Pourtant, l’auteur a réussi à me ferrer et lui et moi on a fait un petit bout de chemin ensemble… Quelques heures, particulièrement rudes.

Rudes, car avec « sauvez-moi » on est dans une intrigue quelque peu différente, puisque les personnages les plus tordues et les plus malsains ne sont pas toujours ceux que l’on pourrait imaginer l’être… Ici c’est l’envers du décor… L’envers de nos persuasions… L’auteur va chambouler vos certitudes dans un monde où d’un côté il y a les méchants et de l’autre les gentils…

Sauf que, même si on sait que la frontière est très mince… Floue… Parfois, l’humanité et la bienveillance ne se trouve pas là où on devrait l’attendre…

La corruption de l’homme… Ou de la femme ne tient pas à grand chose et certaines personnes n’ont pas besoin que le destin les force trop… Enfin… Disons que certaines personnes sont prêtes à tout pour réussir…

Les sentiments du lecteur sont malmenés par cette plume fluide et incisive portant une intrigue bien glauque qui montre toute la noirceur dont l’être humain est capable…

Des personnages qui pensent avoir tous les droits mais surtout toutes les réponses… Et qui n’hésitent jamais à foncer, malgré les doutes qui les traversent… Pourtant les détails sont visibles et surtout flagrants.

Des hommes et des femmes en mal de reconnaissance qui n’hésitent pas à flouer les droits et les devoirs les plus élémentaires… Au nom d’une pseudo justice qui n’en a plus que le terme.

Une justice en laquelle plus personne, ne croit, ou n’osent croire… Pour ne pas se différencier mais surtout pour se croire investit d’une mission.

Sauf, quand dans cette jungle du chacun pour soi, certaines personnes osent se différencier et dire « non » et c’est le grain de sable salvateur, qui va envoyer tout valdinguer mais surtout remettre les pendules à l’heure et redéfinir les limites à ne pas franchir et à ne pas accepter. Et ce quelque soit la personne qui mène la danse.

Une intrigue que l’auteur construit sur des bases simples, mais tout est étudié, millimétré pour que le récit soit d’une rare qualité. La plume décortique avec minutie, pour terminer sa course folle sur un final conforme à la moral et à la justice.

Parfois les regrets, nous font prendre conscience du chemin à suivre et permet de corriger le futur et le passé… Mais certaines personnes, ne sont pas prêtes à assumer leurs erreurs, persuadées d’avoir fait les bons choix et que leur intime conviction est la bonne

L’auteur pose à travers son intrigue la question de l’intime conviction et de sa valeur. Mais également une vraie question sous-jacente sur la justice et ceux qui doivent faire appliquer la loi. Cette justice est malmenée, mais pour pointer les failles qui existent. Sous ses aires de thriller, l’auteur pose son intrigue qui pourrait se trouver dans notre journal dans la rubrique faits divers.

Sous ses aires de thriller, l’auteur pose son intrigue qui pourrait se trouver dans notre journal dans la rubrique faits divers.

Un fait divers… Des faits divers… Dont on ne souhaiterait pas être témoin… Mais que ferions-nous si nous y étions confrontés ? Quel choix s’imposerait à nous ?

J’ose espérer que l’appel au secours serait entendu…

Malgré le flou du départ, l’auteur m’a pris dans ses filets, pour me recracher complètement sonnée. Le lecteur est poussé dans ses retranchements et ses convictions sont ébranlées au même titre que ses personnages. Chacun sortira différent, le lecteur aussi…

Je remercie les éditions Sonatine pour leur confiance et NetGalley, grâce à qui j’ai pu découvrir cette plume vers laquelle je retournerai avec plaisir.

Journaliste à Radio Caraïbes International en 1981, puis grand reporter à France Inter et France Info couvrant notamment l’affaire Grégory. En 1994, il devient rédacteur en chef de Coyote. En 1998, il devient directeur des magazines de M6 et directeur des programmes de Paris Première en 2001. En 2012, il est nommé directeur des programmes de RTL. « La Femme du monstre » (Prix des Romancières 2008), fruit d’une longue enquête, est son premier roman, paru en 2007. Suivront notamment « La théorie des six » (2008), « Ce soir je vais tuer l’assassin de mon fils » (2010) qui a été adapté à la télévision par Pierre Aknine en 2013, « Adieu » (2011), « Qui ? » (2013) ou encore « Hortense » (2016)

Le Manuscrit inachevé de Franck Thilliez

 

Parution : 3 mai 2018 – Fleuve éditionsPrix papier : 21,90€ – Prix Numérique : 17,99€ – Pages : 528 – Genre : Polar – Thriller

 

Rhoo punaise ! Rien à faire, je suis une accro à Thilliez et il me faut ma dose ! Y-a-t-il quelque chose à faire ? Pourquoi voudrais-je me désintoxiquer, puisqu’à chaque fois c’est un plaisir ? Même si je n’ai pas encore fini de lire tous les livres de l’auteur… Ça c’est une autre histoire…Revenons à nos moutons …

L’auteur a une telle capacité à se renouveler, à nous entrainer dans des intrigues toutes aussi folles les unes que les autres, que cela frôle le génie ! Quoi ? Vous n’êtes pas d’accord ? Bon en même temps c’est mon avis, je fais qu’est-ce que je veux !

Sérieusement… Franck Thilliez arrive à m’épater, presque à chaque fois… Mais là, il m’a complètement bluffé.

En même temps, il ne ment pas à ses lecteurs, puisqu’il avait annoncé que surprendre ses lecteurs,  était de plus en plus difficile mais qu’il avait essayé de les manipuler encore une fois en raisonnant différemment, en se mettant à leur place, pour que la surprise soit toujours au rendez-vous même chez les plus fidèles de ses fans. C’est chose faite !

Ce bouquin est un vrai page-Turner, sans temps mort, avec deux histoires dont on ne voit pas le lien apparent et pourtant lorsque les révélations se font, on a le cerveau complètement retourné. Tellement retourné, d’ailleurs, qu’on analyse de plus en plus, pour tenter de lire entre les lignes, tenter de démêler la trame de l’histoire. Bref on veut comprendre !

Cherchez pas, l’auteur va vous embrouiller l’esprit et c’est franchement incroyable tellement c’est bon. Les jeux de mots, le parallélisme entre les personnages, comme fait exprès pour que chacun puisse avoir son double opposé. L’amnésique en opposition au flic Hypermnésique. Deux flics V & V. Léane et son pseudo Enaël.  Deux enquêtes qui vont n’en former qu’une…

Un jeu de quille dans lequel le lecteur sera forcément le perdant.

Mais ce qui encore plus paradoxale, par rapport à ses autres livres, c’est qu’on sent que l’auteur s’éclate à nous mener en bateau et c’est communicatif, car malgré la noirceur du récit, avec des scènes durs et chers à l’auteur, le livre reste lumineux par sa construction sans jamais atteindre le fond de la noirceur. Pourtant la noirceur humaine est toujours présente, même encore plus machiavélique ! Et même si vous croyez avoir tout compris de l’auteur, il arrivera à encore à vous entrainer vers le fond.

C’est bon, très bon, ça se dévore tout seul et on en redemande !

N’ayant pas l’esprit logique, je suis certainement passée à côté d’indices très intéressants et c’est bien la première fois que j’ai envie de relire un bouquin, juste pour le décortiquer !

Avec le manuscrit inachevé, on sent comme une plume plus aboutie, une certaine sérénité dans la narration qui ne fait que donner encore plus de profondeur livrant ici son meilleur roman à ce jour.

528 pages qu’on dévore, dont on aimerait trouver tous les mystères, mais qui pourtant, malgré un final en apothéose, titille l’esprit longtemps après l’avoir refermé, tellement la construction est magistrale.

Merci à ma fille chérie, qui ne lit jamais mon blog, mais qui suit sa mère dans ses délires et qui se demande parfois je suis pas un peu folle…

Passionné de cinéma, il devient ingénieur spécialisé dans les nouvelles technologies et l’informatique. Il allie cette passion à son goût pour les thrillers pour donner naissance à son premier roman, « Train d’enfer pour Ange rouge » (La Vie du Rail, « Rail Noir », 2003), qui a été nominé au Prix SNCF du polar français 2004.  Le succès rencontré depuis « La Chambre des morts » lui a permis de cesser son travail d’informaticien pour se consacrer exclusivement à son travail d’écriture.

Dans un communiqué publié sur son site internet et relayé par Deadline, Franck Thilliez annonce que le producteur des films de Wes Anderson, Indian Paintbrush, a acquis les droits de la série de livres mettant en scène les personnages Franck Sharko et Lucie Henebelle, soit cinq ouvrages, « La Chambre des morts », « La mémoire fantôme », « Le Syndrome E », « Gataca » et « Atomka. »

Premier acte de ces adaptations à venir, celle du « Syndrome E » paru en 2010.

 

 

Sekt : L’origine du venin de Vincent Ravalec

Parution : 6 avril 2018 – Editions TohuBohuCollection : Roman – Prix papier : 22€ – Pages : 470 – Genre : Thriller ésotérique

Voilà un livre qui divise quelque peu… En effet, il s’avère difficile d’intégrer l’équipe du MIOLDS… La plume de l’auteur a ceci de particulier, qu’il faut du temps, peut-être un peu trop, pour que le lecteur arrive enfin à rentrer dans l’intrigue.

Cette difficulté, aurait pu être un réel obstacle, mais l’auteur a réussi à m’entrainer avec ses personnages, dans cette intrigue particulière, au bout de 160 pages, j’avoue que je commençais à désespérer…

Je suis contente de m’être accrochée, soit je me suis habituée à la plume particulière de l’auteur, soit l’histoire a éveillé ma curiosité… Certainement un peu des deux…

C’est une plume singulière que l’on découvre, qui va osciller entre le floue et un style parfois pompeux… Comme si l’auteur se perdait dans sa construction, pour autant, une fois qu’on s’approprie la plume, on arrive à visualiser la trame, mais cela reste quelque peu en façade. En même temps, la plume cadre bien avec cette sensation de floue diffus, puisque l’auteur nous entraine à la limite du réel et de l’irréel… Ou du fantasmé… Du coup, on se demande justement, si cette opacité, n’est pas voulue, pour que le lecteur soit perdu…

N’oublions pas que nous sommes dans les bases d’une première enquête du MIOLDS, qui vient de se constituer, pour lutter contre les dérives sectaires et que parfois notre quotidien peut se révéler parsemé de détails incompréhensibles… Cette incompréhension ne voulant pas dire que la chose n’existe pas…

Les deux personnages principaux, même s’ils sont parfois caricaturés, sont assez crédibles dans leurs interrogations, leurs sentiments… Serge, le flic se retrouve largué au MIOLDS après avoir perdu du galon… Marie-Hélène, a perdu la reconnaissance de ses pairs lorsqu’elle a fait libérer un tueur. Une possibilité pour eux de garder un pied dans leur boulot, mais surtout une possibilité de se racheter. Le MIOLDS, avant d’être une mission ministérielle est la possibilité de consécration pour un gars qui a les dents longues et qui ne veut qu’une chose, faire sa place en politique…

Même si au départ, l’enquête démarre de manière classique, les différents croisements, vont les mener que les traces d’une organisation bien particulière, qui va mettre en exergue, certaines pratiques occultes, qu’elles soient démoniques ou simplement liées à une élite qui souhaite atteindre les plus hautes sphères…

Le lecteur se projette dans cette enquête où des forces mystérieuses semblent décider à influencer le cours des choses et à décider du sort du monde…

L’intrigue est très intéressante, sensible et actuelle, puisque l’on se demande souvent, si certaines actions ne sont pas faites au détriment de l’intérêt général… Chacun tire la couverture à soi… Mais surtout les ficelles qui lui seront le plus profitable…

J’ai beaucoup aimé, les révélations qui renvoient à notre quotidien, à la politique, tout en finesse et cela sous couvert d’une enquête qui frôle le fantastique, mais qui ne relève, pour moi, que de la suggestion, permettant au lecteur de s’interroger.

Je ne dirais pas que c’est un page-turner, car la plume reste difficile à appréhender, avec une certaine lenteur. Pour autant, j’ai terminé ma lecture il y a plusieurs semaines et je dois dire que je ne pouvais dégager mon ressenti, alors que aujourd’hui, j’ai réussi à prendre du recul et surtout à voir où l’auteur voulait m’emmener… J’ai digéré les informations, je me suis appropriée le livre et l’intrigue a fait son chemin dans mon cerveau torturé…

C’est un livre qui se digère, dont l’intrigue doit se reposer pour prendre son sens.

Je remercie Charlotte de la maison d’édition Tohu-Bohu pour sa confiance et pour le plaisir que j’ai pris avec cette lecture.

Ecrivain, réalisateur, scénariste et producteur, Vincent Ravalec a choisi le train comme résidence principale. Il y travaille dans le calme à ses multiples projets. Tous genres confondus, Vincent Ravalec a publié une cinquantaine de titres depuis Un pur moment de rock’n’roll et Cantique de la racaille au début des années 1990.

Que la guerre est jolie de Christian Roux

 

Parution : 7 février 2018 – Rivages EditionsPrix papier : 19,50€ – Prix Numérique : 14,99€ – Pages : 300 – Genre : Policier

 

Bizarre ce titre ? Un peu… Intriguant ? Beaucoup…

La référence à Guillaume Apollinaire est le fil conducteur de cette intrigue ancrée dans notre présent.

« Ah Dieu ! que la guerre est jolie Avec ses chants, ses longs loisirs. »

Guillaume APOLLINAIRE (1880-1918), Calligrammes, « L’Adieu du cavalier » (1918)

Ancienne ville ouvrière, Larmon se retrouve au centre d’un imbroglio qui oscille entre le grand banditisme, les petites frappes et des politiciens véreux, en passant par les barbus qui souhaitent en faire leur terrain de jeu…

Une réalité sociale et urbaine qui déroute, que l’on connaît, mais que l’on ne souhaite pas nécessairement approfondir, histoire de ne pas avoir envie de vomir… Une intrigue bien dans son temps, sans concession et armée d’une plume vive et visuelle.

Dès le premier chapitre on sait qu’on part en guerre… Mais une guerre qui aura un sens différent pour chacun des protagonistes. Une guerre, une lutte de tout les instants pour tenter de sauver ce qui peut l’être ou détruire ce qui doit l’être…

Les tranchées sont à nos portes, sont au cœur de Larmon et pas seulement un vague rappel historique. Elles ont juste changé de visages et ceux qui les creusent ne le font pas pour les mêmes raisons…

Avec une plume âpre, l’auteur trace la route de ses personnages qui naviguent dans une réalité déconcertante. Sous couvert d’un polar, leur quotidien est décrit avec une rare sincérité, empreinte d’empathie.

On sent le vécu, la noirceur des êtres qui ne pensent qu’au profit, qui ne pensent qu’à assoir leur suprématie au détriment des gens simples qui ne demandent qu’une chose, qu’on leur foute la paix. Mais la paix n’est qu’un souhait… Que certains tuent dans l’œuf histoire de bien exploser tout le monde.

Les personnages sont très bien travaillés, permettant au lecteur de s’identifier ou d’identifier les comportements, les propos de chacun. Chacun a la parole, qui se veut crue et sans détour. Leurs combats, leurs envies, leurs idéaux sont palpables, sans aucun jugement de l’auteur qui se contente de décrire avec une certaine empathie le quotidien d’une ville en décrépitude, mais dont les habitants souhaitent faire un nid douillet pour certains, une terrain de jeu ou une zone de guerre pour d’autres…

La lecture est parsemée de souvenirs de guerres, d’Irak, de Syrie… Comparaison fort bien à propos avec Larmon. Même si le pari est osé, l’auteur en tire une intrigue très bien construite, menée avec brio.

En refermant ce livre, on a le cœur lourd, mais en même temps léger. Lourd d’avoir pris en pleine face une réalité que l’on tente de ne pas voir, léger d’avoir découvert une intrigue rondement menée et une plume empreinte d’empathie de douleurs qui démontre que la vie est belle et qu’il faut se battre pour la vivre.

Christian Roux propose une intrigue sociétale en pleine confusion, qui fait échos à la notre et c’est tellement actuel que c’est déconcertant…

Je remercie Babelio ainsi que les éditions Rivages, sans qui je serais passée à côté d’un roman percutant de réalisme.

Né en 1963. Lauréat au concours général d’éducation musicale en 1981. Tout à tour instituteur, berger, employé de librairie, caissier, magasinier, coursier, déménageur de décor, machiniste constructeur, pianiste de bar, peintre en bâtiment… Il devient intermittent du spectacle en 1997 et parvient à ne plus se consacrer qu’à la musique et à l’écriture. Christian Roux s’était fait remarquer entre autres avec son roman Braquages. Après le discret Placards, il prouve avec Les ombres mortes qu’il fait plus que tenir ses promesses, entraînant son lecteur dans un machiavélique récit où le suspense fait écho au tragique dans un jeu de perpétuels rebondissements. Il n’oublie pas pour autant ses premiers amours : la musique. Il continue dans cette voie en illustrant musicalement une pièce de théâtre. Illustration qui obtient le prix de la critique.