Les régressions de Richard Bachman, épisode 1: Kurt Cobain n’est pas mort de Frédéric Soulier

Parution : 14 octobre 2018 – Auto-édition – Prix numérique : 0,99€ – Pages : 89 – Genre : fantastique

Ce que j’aime avec certains auteurs, c’est le sentiment de plaisir qu’ils ont pris lors de l’écriture.

J’ose espérer, que Frédéric Soulier a pris son pied, en tout cas moi oui… A modeler la vie de Richard Bachman (alias Stephen King, pour ceux qui ne le savent pas).

C’est la troisième fois que je lis du Soulier et à chaque fois, je suis bluffée par la qualité de sa plume.

Trois lectures aux intrigues très différentes, au rendu très différent, mais à la qualité littéraire irréprochable.

Avec « la chambre de lactation », l’auteur explore la bête humaine et sa perversité, mais après plusieurs mois, je peux dire que l’auteur s’est bien fendu la poire en proposant une intrigue complètement barge et décalée… Comme un pied de nez… Vous voulez du crade, des vomissures ? Tenez mangez-en ! Et ça match… La plume au service de l’ironie…

Avec « Pétrichor : l’odeur de la terre mouillée », on est dans une sphère à part. Une nouvelle de 57 pages d’une qualité, que je peux qualifier de diamant brut aux reflets les plus sombres. Le talent ne se mesure pas au nombre de pages.

Avec « Les régressions de Richard Bachman », le registre est très différent, puisque nous sommes en présence de science-fiction, adaptant la vie de Stephen King.

Richard Bachman, pseudo de Stephen King, prend vie sous la plume de Frédéric Soulier, qui va utiliser les références kinguiennes les plus connues. L’auteur, modifie le continuum espace-temps, en parsemant son récit de références culturelles et d’humour. Un humour cynique et jouissif, celui qui fait grincer des dents, mais qui fait passer les instants déplaisants…

Un récit court de 89 pages, à la qualité littéraire irréprochable, mais rien d’étonnant à cela, c’est la marque de fabrique de l’auteur. Je ne sais pas si cela est dû au thème plus léger, même si Richard Bachman est atteint de la maladie de Charcot, mais j’ai trouvé la plume plus chantante. L’auteur se plaît à faire virevolter les mots avec une syntaxe irréprochable, l’utilisation d’une conjugaison soutenue et variée, loin du sempiternelle présent et passé simple… Le tout donne un ton chatoyant et chantant. Certains mots, pourraient rebuter le lecteur par leur complexité, mais ont rendu ma lecture pleine de luminosité et de plaisir.

En bref et moins bref… Je me suis éclatée ! Non seulement, je veux connaître la suite des aventures de Richard Bachman mais, j’ai aimé redécouvrir de la complexité dans un récit. Les belles-lettres et leur utilisation à bon escient, ne supplantent pas l’intrigue, bien au contraire, elles mettent en valeur un récit déjà original, qui prend encore plus de valeur.

Au prix du numérique, vous ne risquez pas grand chose, sauf celui de vous faire plaisir.

Frédéric Soulier est né à Cognac en 1976. Tombé dans un fût d’eau-de-vie quand il était petit, il n’a depuis plus besoin de boire d’alcool pour en ressentir les effets (il continue toutefois à en boire). Lecteur compulsif, il est l’auteur de cinq romans. Un polar noir, Retour à la cité des monstres ; une satire sociale mouvementée, Epilogue ; un roman se déroulant dans un univers médiéval-fantastique, Les versets du Dernier Soupir, premier tome du cycle du Ténébriarque ; Le cri sauvage de l’âme, un pamphlet mâtiné de polar ; et Des morts des vivants, un roman d’anticipation se déroulant dans un univers post-apocalyptique.

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Tous les hommes désirent naturellement savoir de Nina Bouraoui

Parution : 22 août 2018 – Édition JC Lattès : 19,00€ – Pages : 256 – Genre : autobiographie

«Tous les hommes désirent naturellement savoir.» C’est par ces célèbres mots que commence la Métaphysique d’Aristote. C’est aussi cette célèbre citation qui donne son titre au 15ème roman de Nina Bouraoui, qui à travers ces lignes, livre son enfance, son histoire familiale entre l’Algérie et la France.

L’auteur se plonge dans ses errances et nous emmène avec elle à travers sa honte, sa culpabilité d’être une femme différente. Une femme qui découvre son homosexualité. Une femme à la recherche de ses désirs et de ses amours. Mais surtout une femme qui cherche à se faire aimer.

Une quête de soi, en parallèle d’une quête identitaire, entre l’Algérie de son enfance et la France de ses années étudiantes. C’est avec la violence née en Algérie que sa honte fait surface et devient viscérale au point qu’elle cherche à s’effacer, à s’engloutir dans ses conquêtes, dans ses errances.

Des errances qui la mènent, peu à peu, à l’acceptation de ses différences.

Fille d’un couple mixte, elle grandit dans l’amour familiale mais elle se sent étrangère entre ses deux pays, mais aussi étrangère au sein de ses propres désirs.

Elle couche les mots pour raconter sa haine d’elle-même, sa haine de ses désirs homosexuels. Elle est tour à tour homosexuelle et homophobe, tiraillée entre ses désirs et son éducation. Grandir dans un pays musulmans laisse des traces, elle devient schizophrène à force de se perdre dans ses choix, ses idées et ses désirs.

Comment trouver sa place, à la fois dans son esprit et dans son quotidien ? Nina Bouraoui exprime avec brio ce tiraillement entre l’éducation et les désirs et enfin l’acceptation de soi.

Un livre qui raconte, comme une histoire, racontée à haute voix et même si cela semble parfois décousu,cette manière de se livrer fait que le lecteur s’immerge dans ses souvenirs.

J’ai grandi en Tunisie et par beaucoup d’aspects, je me suis retrouvée dans ce que raconte l’auteur. La place de le femme, ses désirs, les rejets, mais surtout dans l’opposition que l’on ressent entre éducation et aspirations profondes.

L’auteur se livre et nous parle du déracinement, de son enfance et de sa quête identitaire.

Je ne suis pas fan d’autobiographie et je dois dire que lorsque j’ai sollicité le livre sur NetGalley je n’avais pas compris que cela en serait une. Pour autant, je ne regrette pas cette lecture, qui même si elle m’a déstabilisé par sa construction, a été agréable à lire.

Ce livre a été lu grâce à NetGalley et la maison d’édition. Pour en savoir plus sur les conditions vous pouvez consulter la page Partenariats

Née d’un père algérien et d’une mère bretonne, elle passe les quatorze premières années de sa vie à Alger avec sa sœur. C’est lors d’un été en Bretagne, dans sa famille maternelle, en 1981, qu’elle apprendra la décision de ses parents de ne pas retourner en Algérie, ses parents craignant le début de violence dans le pays. Elle va vivre cette période comme un drame, car elle ne peut faire d’adieux ni récupérer de souvenirs de sa vie d’avant.
Elle vivra son adolescence successivement à Paris, Zurich et Abou Dabi, puis revient à Paris après son baccalauréat pour étudier la philosophie et le droit.
C’est grâce à l’envoi de son manuscrit par la poste, qu’est publié son premier roman « La voyeuse interdite » (Gallimard) en 1991, qui connaîtra un succès international et recevra le prix du Livre Inter.
Ses œuvres, largement autobiographiques, font régulièrement l’actualité. Dans ses romans, elle écrit sur l’amour, l’homosexualité, l’identité et ses troubles ainsi que sur son enfance algérienne dont elle conserve la nostalgie.

Un livre, un extrait… Tous les hommes désirent naturellement savoir de Nina Bouraoui

Parution : 22 août 2018 – Édition JC Lattès : 19,00€ – Pages : 256 – Genre : autobiographie

« il y aura toujours des fêtes et des lumières, il y aura toujours des larmes et des clairs-obscurs, restera l’amertume de ne pouvoir explorer le cœur de ceux que nous aimons et de ceux qui nous aiment, il y aura toujours du mystère et de l’inconnu, nous ne saurons ni les racines ni la terre, nous ne saurons ni les raisons du bonheur ni celles des chagrins ; une seule certitude demeure – nous espérons. »

« Tous les hommes désirent naturellement savoir » est l’histoire des nuits de ma jeunesse, de ses errances, de ses alliances et de ses déchirements. C’est l’histoire de mon désir qui est devenu une identité et un combat. J’avais dix-huit ans. J’étais une flèche lancée vers sa cible, que nul ne pouvait faire dévier de sa trajectoire. J’avais la fièvre.Quatre fois par semaine, je me rendais au Kat, un club réservé aux femmes, rue du Vieux-Colombier. Deux coeurs battaient alors, le mien et celui des années quatre-vingt.Je cherchais l’amour. J’y ai appris la violence et la soumission. Cette violence me reliait au pays de mon enfance et de mon adolescence, l’Algérie, ainsi qu’à sa poésie, à sa nature, sauvage, vierge, brutale.Ce livre est l’espace, sans limite, de ces deux territoires.

Tuez-les toutes de Sophie Mancel

Parution : 1er juin 2017 – Auto-éditionPrix papier : 25€ – Prix numérique : 3,99€ – Pages : 388 – Genre : Polar, thriller

Vingt ans séparent les meurtres de Limoges de ceux de Périgueux, pourtant en 1995, le meurtrier a été interné en hôpital psychiatrique. Alors que c’est-il passé ? Pourquoi les meurtres recommencent avec autant d’horreur ?

Certaines enquêtes mettent du temps à débusquer un tueur et Sophie Mancel va balader son lecteur, de Limoges en 1995 à Périgueux en 2015. Les flics vont devoir trouver le meurtrier, pour éviter que des jeunes femmes enceintes soient trucider.

On plonge rapidement dans le feu de l’action avec une construction classique à l’alternance de chapitres, de longueur variable. Le manque d’équilibre entre les chapitres m’a rendu perplexe, mais heureusement, c’est un point que l’on oublie rapidement, au regard de l’intrigue.

Sophie Mancel, arrive à tirer son épingle du jeu, grâce à une histoire bien menée et dont le travail historique sur les religions est très bien documenté, pour le rendre très crédible. Alors même que la forme est assez classique, ce polar évite les écueils d’une intrigue banale.

Le lecteur se laisse facilement entraîner par le travail des enquêteurs et par les révélations qui jalonnent le récit avec, notamment, un aspect religieux des meurtres assez différent de ce que l’on peut lire.

Les meurtres coïncident avec des pluies diluviennes, rendant l’atmosphère sombre et la météo ne fait que rendre le mysticisme de ces meurtres que plus prégnant.

On peut regretter la misogynie de certains gendarmes, mais, même si c’est une des choses qui m’a gêné, Sophie Mancel, semble rendre compte du regard d’un univers très masculin et qui ne fait que traduire la réalité du quotidien de certains flics. Donc, une fois que l’on dépasse cet aspect, on s’aperçoit que l’auteur fait évoluer les mentalités de ses protagonistes, démontrant ainsi qu’une femme est tout aussi capable.

Des personnages hauts en couleur aux caractéristiques bien travaillées, ce qui donne de la crédibilité à l’intrigue. Et même si j’ai eu des doutes sur le tueur, je dois dire que l’auteur a vraiment été jusqu’au bout d’un bon polar qui divulgue avec parcimonie les indices, afin que le lecteur ait des soupçons, mais sans jamais se dire que c’est trop facile, grâce au savant dosage entre chaque révélation.

Un livre perfectible, au style parfois maladroit, avec des fautes d’orthographe qui demeurent, par moment trop présentes, dont l’intrigue relève largement la qualité. La quatrième de couverture est beaucoup trop longue et devrait être réduite des 2/3 afin de ne pas trop en dire.

Ce livre m’a été envoyé par l’auteur en service de presse. Pour en savoir plus sur les conditions vous pouvez consulter la page Partenariats

Un livre, un extrait… Tuez-les toutes de Sophie Mancel

Parution : 1er juin 2017 – Auto-éditionPrix papier : 25€ – Prix numérique : 3,99€ – Pages : 388 – Genre : Polar, thriller

« Ils étaient comme ces gargantuas qui, à force d’excès alimentaires, se rendaient malades sans entendre les signes annonciateurs. La terre était malade. Et si peu d’hommes se portaient à son chevet qu’elle avait décidé de tirer elle-même une sonnette d’alarme avant qu’il ne soit trop tard. Tempêtes, tornades, inondations, glissements de terrain étaient des signes prophétiques de catastrophes à venir »

Voyage à travers la Dordogne sur les trace d’un tueur en série hors normes qui assassine des jeune filles enceintes…

Janvier 1995, une pluie démentielle noie la ville de Limoges et ses alentours. Les corps martyrisés de deux adolescentes sont retrouvés flottant sur la Vienne. L’inspecteur principal Barakian, assisté d’un jeune officier de police, enquête sur ce qui paraît être les crimes d’un tueur en série. Il trouve la mort au cours d’une arrestation mouvementée, mettant ainsi fin à ces meurtres sordides qui excédaient une population à bout.

Février 2015, il pleut sans discontinuer depuis plusieurs jours sur Périgueux. Deux corps suppliciés d’adolescentes sont retrouvés à quelques jours d’intervalle dans une grotte touristique et flottant sur la Vézère en furie.
Eve Milano et Philippe Tavel, officiers de police judiciaire, sont saisis — avec la gendarmerie —, pour enquêter, au grand dam du major Blainville, misogyne jusqu’au bout des ongles. Cette enquête sur les crimes de tueurs en série va prendre une autre tournure lors de l’assassinat d’une troisième jeune fille. Les trois victimes ne partagent qu’un élément commun, une grossesse précoce ; pas assez concordants, selon le psychologue engagé par la gendarmerie, pour parler de l’œuvre d’un seul psychopathe. L’abandon d’un message sur le corps de chaque victime interpelle Milano. Il pourrait s’agir d’un rendez-vous morbide pour le crime suivant. Les intempéries vont compliquer le travail des enquêteurs, rendant les routes impraticables et provoquant le déraillement d’un train et une surcharge de travail pour des médecins légistes très investis.
Plusieurs suspects vont chambouler leurs investigations. Milano finit par identifier un tableau peint au Moyen Âge qui inspirerait les meurtriers. Un tableau auparavant accroché aux murs d’une école fermée depuis longtemps.
Une quatrième adolescente disparaît. Un compte à rebours diabolique s’est enclenché pour tenter de la sauver.

Ce polar noir conjugue passé et présent avec une intrigue sur fond de scandale !

L’échange de Rebecca Fleet

Parution : 7 juin 2018 – Éditeur : Robert Laffont – Collection : La Bête noirePrix papier : 20€ – Prix numérique : 13,99€ – Pages : 336 – Genre : Thriller, thriller-psychologique.

Une 4ème de couverture qui promet du lourd avec ce couple qui décide d’échanger sont appartement londonien, contre une maison à Leeds. Cet échange, très à la mode aujourd’hui, promet des vacances à bas pris. Des vacances pour se retrouver et sortir du train-train qui empoisonne le quotidien.

Un thriller psychologique qui démarre lentement, avec une drôle d’atmosphère entre ce couple, mais également dans cette maison à la décoration minimaliste, qui va peu à peu paraître oppressante… La présence de plusieurs objets, fait basculer les réflexions de cette femme, en qui on ne voit qu’une femme meurtrie…

L’alternance des chapitres entre le passé et le présent, installe une atmosphère sombre et délétère qui ne fera qu’accentuer et accélérer les souvenirs. Et ce sont justement ces souvenirs qui sont le nœud de cette histoire manichéenne.

Toute l’histoire repose sur le machiavélisme d’une seule personne. Et même si l’auteur tarde à révéler certaines pistes, l’ambiance est posée et on a envie de savoir ce que l’auteur veut nous dire.

Ce que je regrette le plus dans cette lecture, c’est qu’il faut attendre beaucoup plus de la moitié pour enfin être mis sur la piste et apprécier le choix de cette intrigue en toile d’araignée.

L’auteur a vraiment réussi cet aspect du thriller psychologique, où c’est le lecteur qui est pris entre les toiles et c’est en fait peu à peu que l’on arrive à démêler l’intrigue.

Alors oui, c’est long à se mettre en place, mais le parti-pris de l’auteur est que le lecteur découvre l’intrigue et la dénoue, au rythme du personnage principal. Et c’est là que réside la construction différente que propose l’auteur.

Dans un thriller, le lecteur a souvent de l’avance sur les personnages, alors que là, tout réside dans la simultanéité des découvertes par le personnage principal et le lecteur. Et c’est certainement cela qui m’a déstabilisé.

C’est donc un thriller machiavélique, humain, construit comme une toile d’araignée, dont le lecteur appréciera la complexité, malgré le manque de rythme. Mais après tout, l’araignée met du temps à construire avant de révéler toute la beauté de sa construction.

Ce livre a été lu dans le cadre d’un partenariat avec la maison d’édition. Pour en savoir plus sur les conditions vous pouvez consulter la page Partenariats

 

Rebecca Fleet a fait ses études à Oxford et travaille dans le marketing à Londres. L’Échange est son premier roman.