Archives mensuelles : juin 2016

Un Monde meilleur – Les Brillants Tome 2 – de Marcus Sakey

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Titre : les Brillants (Brilliance 2013)
Auteur : Marcus Sakey
Traduction : Sébastien RAIZER
Éditeur : Gallimard
Collection : série noire
Pages : 432
Dépôt légal : février 2016
Prix : 20€

Les Brillants ont tout changé. Depuis l’année 1980, 1 % de la population naît avec des dons hors du commun, comme la capacité à lire les secrets les plus noirs d’un inconnu, à prédire l’évolution des marchés financiers, ou encore à se déplacer sans être vu. Trente années durant, le monde a tenté de les contrôler et de les éduquer. Et n’a pas hésité à les éliminer quand ils se montraient dangereux. Aujourd’hui, un réseau terroriste dirigé par des Brillants a paralysé trois grandes villes. Les rayons des supermarchés sont désespérément vides. Les appels au 911 restent sans réponse. L’agitation croît. Et des fanatiques brûlent des gens vifs. Nick Cooper s’est toujours battu pour ce qu’il croit juste – et ses croyances ont été mises à rude épreuve. Brillant lui-même, désormais conseiller du président des Etats-Unis pour faire face à cette crise sans précédent, il est fondamentalement opposé aux terroristes. Mais alors que l’Amérique glisse vers une guerre civile dévastatrice, Cooper est engagé dans une partie qu’il n’ose imaginer perdre, car ses adversaires ont une vision très inquiétante de ce que devrait être  » un monde meilleur « . Et pour y parvenir, ils sont déterminés à détruire celui que nous connaissons.

Avis

2ème volet d’une trilogie qui commence à prendre forme et devient addictive. Cette suite nous permet de mieux comprendre les personnages et autant dire que le machiavélisme de certain est épatant !
J’ai largement préféré ce second tome qui pour moi est en tout point meilleur, l’aspect SF est toujours présent en toile de fonds, mais là où le 1er tome aborde la critique politique et le fonctionnement de notre société, ce 2 ème opus est encore plus poussée avec un rythme plus haletant !
Les personnages, malgré leur côté « brillants » sont simplement humains avec les mêmes attentes et les mêmes peurs et dans ce tome l’auteur s’attarde beaucoup plus sur ce côté humain.

Une nouvelle quête de la vérité et de nouveaux combats pour éviter la guerre entre Brillants et Normaux.

Pour le lecteur qui entame le tome 2 dans la foulée, la mise en route est un peu longue et le rappel de l’épisode précédent est assez envahissant !

On passe d’un thriller fantastique à un thriller catastrophe, ce qui pour certains peut rendre l’histoire moins interessante et peut expliquer l’absence d’adhésion. Etant férue de films ou livres catastrophe j’ai totalement adhérer.

Je lirai le troisième tome avec plaisir, en espérant que l’intensité ira crescendo.

Bio de l’auteur :

Né à Flint, il passe sa jeunesse dans plusieurs banlieues autour de Détroit. De 1992 à 1996, il entreprend et complète ses études supérieures en communications et en sciences politiques à l’Université du Michigan. Il travaille ensuite dans une entreprise de conception graphique à Atlanta, puis, pendant une dizaine d’années, dans le milieu de la publicité et du marketing.

Après son mariage, il s’installe à Chicago et s’inscrit pendant près d’un an dans un programme de maîtrise avec une spécialisation en création littéraire.

En 2008, il publie Désaxé (The Blade Itself), son premier roman, qui se déroule, comme la plupart de ses œuvres ultérieures, dans le milieu populaire des travailleurs de la construction et de la voirie au sud de Chicago.

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La Bête et la Belle de Thierry Jonquet

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Auteur : Thierry Jonquet
Éditeur : Folio policier
Date de parution Pages :1985
Pages  : 156
Prix : 6,50€

A écouter Léon, qui prend la vie comme elle vient, la mort frappe à tout va dans la banlieue. Il suffit de passer la tête dans l’appartement du Coupable pour se retrouver dans l’autre monde. Il faut dire qu’il s’y passe des choses étranges : les poubelles s’accumulent derrière les volets clos… De quoi éveiller les soupçons des habitants de la cité des Lilas Bleus et du commissaire Gabelou ! Mais les apparences sont faites pour être trompeuses…

Mon avis

Ainsi se termine l’histoire.

Personne ne se maria, personne n’eut beaucoup d’enfants.

Le crapaud resta crapaud, aucune jeune fille ne s’étant proposée pour lui donner un baiser, en dépit des nombreuses annonces parues dans les revues spécialises.

Le Petit Poucet, perdu dans la jungle des villes, devint contremaître chez Citroën.
Les sept nains terminèrent leur vie dans un centre de gériatrie.

Le petit canard ne devint jamais cygne : il retourna au pays avec le million pour les immigrés.

Le Chat Botté fut capturé par les rabatteurs d’un laboratoire pharmaceutique où l’on pratique la vivisection…

Tout fout le camp.

Je m’attendais à une adaptation de « La belle et la bête », je me suis retrouvée à lire un polar !

Je ne suis pas entrée très facilement dans ce livre, les personnages ne sont pas clairement identifiés et les faits ne se suivent pas pas nécessairement.

J’ai donc reconstruit cette histoire, morceau par morceau, ou du moins j’ai tenté !

Tout semble bizarre :

  • Un type qui accumule chez lui les sacs poubelles, qui pisse dans des bouteilles, son appartement devenant une décharge qui va éveiller l’attention des voisins…
  • Le commissaire qui cherche midi à quatorze heures alors qu’il a les confessions du Coupable?
  • Le vieux Léon qui s’entête à ne rien dire..

hein, pourquoi ? Pourquoi ?

« Le dimanche, je la voyais, du balcon, partir pour la messe, avec son petit chapeau couvert de raisins en bois et de feuilles d’églantine en tissu, son livre de prières sous le bras, sa démarche rapide, les fesses bien serrées, des fois qu’on allait lui mordre l’arrière-train ! »

En général, lorsque je lis un roman policier, je me laisse porter par l’histoire, les rebondissements… Je ne me pose pas trop de questions !

« Je suis là, tassé dans mon coin, assis dans un fauteuil à côté du bureau de Gabelou qui est parti en vadrouille je ne sais où. Je moisis ici depuis cinq jours… »

Je me laisse souvent embobiner, mais alors là j’ai été bluffée, scotchée, les bras m’en sont tombés !

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J’ai été bluffée par cette construction minutieuse de l’auteur ! J’ai relu deux fois ce livre, car certains passages prennent sens lorsqu’on arrive à la fin…

« Ils sont là, les flics, tout autour de moi; à me lancer des regards vachards, comme dans les films, avec la lampe braquée dans la gueule, leurs gros bras poilus, et de temps en temps, en prime, ils se foutent de moi. «Vieux Léon, qu’ils braillent, dis-nous tout, t’es le seul à avoir tout vu…» Et ça les fait rire. Je collaborerai pas. Je me le suis juré sur ce qu’il me reste de dignité. Et ça les étonne, ça, la dignité. Eux. S’imaginent du haut de leurs certitudes que tout leur est dû, eh bien, non, moi, Vieux Léon, je les envoie sur les roses. »

Un humour noir d’une grande qualité, une construction totalement détournée, tout tient dans les deux dernières pages où le lecteur se retrouve comme un idiot.

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J’ai adoré !

« Alors on a fait un gueuleton avec tout ce qu’il avait acheté, on s’en est collé plein la panse, on a roté, pété comme deux larrons en foire »

Bio de l’auteur

Thierry Jonquet est un écrivain français, né le 19 janvier 1954 dans le 14e arrondissement de Paris et mort à l’hôpital de la Salpétrière à Paris le 9 août 2009. Auteur de polar contemporain, il a écrit des romans noirs où se mêlent les faits divers et la satire politique et sociale. Il a également publié sous les pseudonymes de Martin Eden et Ramón Mercader.

Il a une enfance marquée par le cinéma, fait ses études secondaires au lycée Charlemagne à Paris, puis étudie la philosophie à l’université de Créteil et plus tard l’ergothérapie. Il travaille ainsi en gériatrie.

Devant le spectacle de la mort omniprésente, il commence à écrire pour raconter l’horreur et pour rendre hommage à un pensionnaire avec qui il s’était lié d’amitié. Lassé de l’environnement hospitalier, il brigue un poste d’instituteur. Il se voit affecté à un centre de neuropsychiatrie infantile. Puis il est nommé par l’Éducation nationale dans les cités de banlieue nord-parisienne où il a en charge une classe de section d’éducation spécialisée.

Tous ces métiers l’ont mis en contact avec les « éclopés de la vie ». Lorsque Thierry Jonquet découvre assez tardivement les romans de la Série noire, il peut faire le lien entre la violence du réel et la violence littéraire. Il publie son premier roman, Mémoire en cage, en 1982. Si les romans sont de pures fictions où il réinvente la réalité, il puise dans les faits divers, en revendiquant une totale liberté. Son roman Moloch lui a ainsi valu un procès. Bien que ses romans mettent en scène une société malade qui engendre la violence, la haine, le désir de vengeance, Thierry Jonquet refuse de porter l’étiquette d’auteur engagé. Même s’il ne cache pas qu’il est un homme de gauche, ses convictions ne s’expriment que très discrètement dans son œuvre. Thierry Jonquet mène de front deux activités distinctes — celle de scénariste et celle de romancier. Les personnages de son roman Les Orpailleurs ont donné naissance à une série télévisée, Boulevard du Palais. Il est aujourd’hui reconnu comme l’un des grands auteurs de romans noirs et ses livres sont autant de merveilles de construction, d’angoisse et d’intelligence narrative.

Son livre Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte a été adapté par Emmanuel Carrère pour la télévision sous le nom de Fracture en 2010, et a été réalisé par Alain Tasma.

Son roman Mygale a été adapté en 2011 au cinéma par le réalisateur espagnol Pedro Almodóvar, sous le titre La piel que habito.

Il a raconté son engagement militant à Lutte ouvrière, puis à la Ligue communiste révolutionnaire et Ras l’Front dans Rouge c’est la vie, où il disait de lui : « J’écris des romans noirs. Des intrigues où la haine, le désespoir se taillent la part du lion et n’en finissent plus de broyer de pauvres personnages auxquels je n’accorde aucune chance de salut. Chacun s’amuse comme il peut. ». Lors de ses obsèques, un certain nombre d’anciens militants de la LC/LCR étaient présents dont Romain Goupil.

Marche ou crève de Stephen King

imageAuteur : Stephen King
Éditeur : Livre de Poche
Date de parution Pages :1979
Pages  : 379
Prix : 7,10€

Mieux que le marathon… la Longue Marche. Cent concurrents au départ, un seul à l’arrivée. Pour les autres, une balle dans la tête. Marche ou crève. Telle est la morale de cette compétition… sur laquelle une Amérique obscène et fière de ses combattants mise chaque année deux milliards de dollars. Sur la route, le pire, ce n’est pas la fatigue, la soif, ou même le bruit des half-tracks et l’aboiement des fusils. Le pire c’est cette créature sans tête, sans corps et sans esprit qu’il faut affronter : la foule, qui harangue les concurrents dans un délire paroxystique de plus en plus violent. L’aventure est formidablement inhumaine. Les participants continuent de courir en piétinant des corps morts, continuent de respirer malgré l’odeur des cadavres, continuent de vouloir gagner en dépit de tout., Mais pour quelle victoire ?

Mon avis

Une dystopie d’anticipation, comme on peut les aimer, classé parmi les 100 meilleurs livres pour ado entre 1966 et 2000.

Stephen King a écrit ce roman en 1966-1967 alors qu’il était étudiant. L’idée lui est venu en faisant de l’auto-stop. C’est le premier roman que l’écrivain a réussi à terminer. Il l’a présenté à un concours du premier roman organisé par Random House, qui l’a rejeté. Finalement le roman est publié en 1979 sous le pseudonyme de Richard Bachman.

C’est grâce au club de lecture auquel je participe sur Facebook, que j’ai eu l’occasion de découvrir ce roman de Stephen King, qu’il a écrit sous le pseudo de Richard Bachman. J’ai pourtant lu certains King, mais celui-ci était passé à la trappe, ce qui en fin de compte n’est pas plus mal, car cette lecture se fait avec un regard neuf et plus mature 😉

Un titre qui colle parfaitement à la trame du bouquin, ce qui assez rare pour le souligner !

Garraty, fait partie des 100 participants à la « La Longue Marche », qui se déroule dans un futur indéterminé, une fois par an, le 1er mai, dont le fonctionnement est très simple : marcher sans interruption, à un rythme imposé de 6,5km/h. C’est un événement très attendu, retransmis à la télévision et suivi par des milliers de personnes. La marche ne s’arrête que lorsqu’il ne reste qu’une personne, le vainqueur, qui aura tenu plus que tous les autres.

Cette Marche repose sur un principe simple : à chaque infraction, marcher sous la vitesse minimale, enfreindre une des règles de la marche, le marcheur  reçoit un avertissement. Une heure sans infraction permet d’effacer un avertissement.

L’élimination est définitive puisque le groupe est suivi par un half-track dans lequel se trouvent des soldats armés. Après trois avertissements, le marcheur est éliminé : « il reçoit son ticket »

« C’était dans le règlement. On vous donnait trois avertissements. La quatrième fois qu’on passait au-dessous des 6,5 à l’heure on était… Eh bien, on était éliminé de la Marche. »

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L’élimination c’est l’exécution ! Une balle dans la tête, Marche ou crève !

« Cent concurrents au départ, un seul à l’arrivée. Pour les autres, une balle dans la tête »

L’auteur commence lentement son récit, pour arriver à son paroxysme dans l’horreur et la descente en enfer.

« Quand il fait froid, tu peux marcher plus vite et te réchauffer. Quand t’as trop chaud, tu peux marcher plus lentement…et t’es refroidi. »

Ray Garraty « de plus en plus détaché de la réalité » est poussé dans ses retranchements, ses sentiments sont de plus en plus aiguisés et il prend de plus en plus conscience de lui-même et du monde qui l’entoure.

« Ses pieds avaient la migraine, le sang s’y coagulait, les gonflait et transformait les veines en spaghettis al dente. »

La peur, la solitude, la terreur, l’épuisement, nous sommes tous au bord de ce gouffre de folie avec ce compte à rebours qui devient obsessionnel.

« Quelle profondeur a t’il atteinte, à l’intérieur de lui-même ? Des brasses ? Des kilomètres ? Des années-lumière ? Quelle profondeur et qu’elle obscurité ? Et la réponse lui vint : trop profond pour voir dehors. Il se cache là dans le fond, dans les ténèbres et c’est trop profond pour voir dehors. »

Cette Amérique futuriste, avec sa foule en délire qui harangue les marcheurs. Cette foule assoiffée de sang, qui en fin de compte fait penser aux jeux de téléréalité qui inondent notre société.

« Peu m’importe si vous gagnez ou vous perdez, du moment que vous gagnez. »

J’ai vraiment aimé ce bouquin, la survie et la mort au rythme de cette marche lente et étouffante à la fois. J’ai trouvé tout cela tellement fou, irréaliste et tellement proche de ce que l’on voit parfois à la télé de nos jours ! Cette perversion, cette soif de voir l’autre vivre, cette soif de reconnaissance, cette connexion aux réseaux sociaux, qui laisse croire que la gloire arrive juste parce qu’on vous voit, ce livre offre de sacré similitudes avec notre époque !

« La Foule ne les avait pas perçues mais elle devait comprendre, elle comprenait sûrement que la boucle de l’adoration de la mort et du désir de mort était bouclée pour une autre année et la Foule devenait complètement démente, se convulsait dans un paroxysme de plus en plus violent. »

J’ai beaucoup pensé à « Hunger Games » en le lisant !

« Les seigneurs et les dames français, ils baisaient après avoir vu guillotiner des gens. les romains se gavaient pendant les combats de gladiateurs. C’est une distraction, Garraty. »

« Ils ne regardent pas la foule, aucun des deux qui restaient.
C’était comme s’ils ne savaient même pas que la foule était là.
Ils ne regardaient que la route, ils boitaient, tous les deux, ils se traînaient.
A croire qu’ils avaient été crucifiés et descendus de la croix
et qu’ils étaient forcés de marcher avec les clous encore dans les pieds »

Bio de l’auteur

Universellement reconnu comme le grand maître de l’épouvante (Simetierre, Shining, Ça), de la S-F et de la fantasy (Les Tommyknockers, La Tour Sombre), il sait aussi se faire le critique virulent de la société libérale américaine (Marche ou crève), évoquer les affres de l’adolescence (Carne) ou relever le défi du feuilleton (La ligne verte).

Serenitas de Philippe Nicholson

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Titre : Serenitas
Auteur : Philippe Nicholson
Éditeur : CARNETS NORD
Collection : Littérature
Pages : 420
Date de parution : 07/05/2012
Prix : 20€

Paris, dans quelques décennies. La ville est tentaculaire, en proie à l’insécurité et à l’insalubrité. Alors qu’émergent, à sa périphérie, des îlots de luxe pour privilégiés, les quartiers pauvres sont sous la coupe des réseaux mafieux ; les services publics ont disparu, laminés par les intérêts privés.
Un soir d’hiver, alors que Fjord Keeling, journaliste au National, a rendez-vous à Pigalle avec un contact qui n’arrive pas, une bombe explose dans la pizzeria d’en face. Douze morts. Fjord était là. Un détail l’a frappé : aucun policier ne circulait dans cette zone habituellement sous haute surveillance. Très vite, le gouvernement, relayé par la presse, accuse les narcogangs qui gangrènent la capitale et y déversent une nouvelle drogue, la D23. Fjord n’y croit pas. Il est le seul…

« Partout en Europe, les entreprises ont pris le pouvoir face à des gouvernements embourbés dans leurs problèmes de dettes, de sécurité, d’emploi. Des villes privées voient le jour alors que le centre des capitales se transforment en no man’s land où cohabitent narco-gangs et les exclus du système privé. »

 

Paris, dans une future décennie, sert de décor à ce brillant livre d’anticipation, haletant qu’il est impossible de ne pas dévorer, tant le rythme est efficace et prenant  ! Cet univers est une extension de notre monde actuel et c’est là que réside la grande force de ce roman.

Les pays émergeants d’aujourd’hui sont devenus les puissances économiques dominantes, une Europe en totale déshérence, minée par la pauvreté, les conflits divers et le poids des dettes nationales.

J’en ai eu des frissons, tellement cette société est bien pensée, tellement réaliste qu’on s’y promène aisément ! Surtout que l’on voit poindre certains aspects abordés par l’auteur comme une prophétie…

Un état en faillite financière et morale, qui a perdu le sens du service public, à cause de multinationales qui ont pris le pouvoir.

« L’Europe est malade, l’Europe est vieille. Les états ne sont plus adaptés à la nouvelle situation. Ils sont trop petits, trop mal organisés et livrés à l’incurie des hommes politiques. Il n’y a plus de sécurité, plus d’emplois, plus d’enseignement, plus de soins. »

Un centre de Paris, zone de non droits, dont les mafias locales, se partagent, le marché de la drogue, le trafic d’armes et autres activités criminelles.

Les multinationales fortes de leur assise financière, dictent à l’Etat leur volonté, en quête de prise de contrôle du territoire national.

La place des individus, dans l’organigramme de l’entreprise, définit son possible accès aux « zones d’affaire », qui regroupent le logement confortable et lieu de travail, où l’on obtient soins, éducations pour ses enfants, privilèges et conforts sous conditions : être dociles et servir les intérêts de multinationales qui ont supplanté les services publics d’un État à la dérive.

L’individu doit ainsi jouer sa vie, s’il entend conserver ses avantages sociaux.

« Commençons par fabriquer des villes. C’est la première étape. Exit les pouvoirs publics, exit les maires, les conseils généraux, exit les régions et leur cortège de dettes mal gérées, d’investissements hasardeux, de décisions prises par des amateurs. Les habitants veulent de la sécurité ? Nous allons leur proposer des milices sud-américaines, les meilleures. Ils veulent des soins ? Nous allons leur fournir des médecins triés sur le volet. Ils veulent des écoles ? Nos professeurs viendront du monde entier. Ensemble, nous allons commencer par construire de nouvelles villes : les villes protégées »

Première ville ainsi créée, Serenitas.

« La ville la plus célèbre d’Europe. La première ville protégée construite dans le monde, à moins de vingt kilomètres de Paris ».

L’émergence de ces villes,  îlots de luxe sécuritaires, où le droit étatique laisse la place à une réglementation d’ordre privé, se traduit par la naissance d’une nouvelle géographie humaine, politique et financière.

Pour les exclus, la vie est dure, très dure, la misère est plus que palpable, ils sont noyés par cette misère! Perpétuelle recherche de nourriture, d’un abri, d’un peu d’humanité.

 » Quand sa société a fermé ses portes, il a cherché du travail pendant un an. Puis sa femme l’a quitté. Il a perdu son appartement. Et maintenant il dort dehors. Il a cinquante ans. Statistiquement, il devrait déjà être mort. L’espérance de vie d’un homme dans la rue est de quarante-six ans, contre quatre-vingt-cinq ans pour un salarié vivant en zone d’affaires »

A cela s’ajoute les enfants, analphabètes pour plus d’un tiers, vivant en bande ou alors, récupérés par des gangs, pour protéger leur trafic, prêts à tuer.

Les deux mondes vivent en parallèle et se croisent de temps à autre, sous la surveillance permanente des services de sécurité des entreprises.

Tout est entre les mains de ces groupes d’intérêts privés et rien ne compte plus que leur profit.

Un roman glaçant, qui nous pousse à la réflexion, bouleversant par son actualité car nous en lisons les prémices tous les jours dans nos journaux.


J’ai eu un vrai coup de cœur pour ce livre et me suis commandée Extramuros qui semble être une potentielle suite 🙂

Bio de l’auteur :

Philippe Nicholson, auteur français, a trois romans à son actif, et un parcours qui l’a ouvert très jeune aux littératures du monde, particulièrement des pays anglo-saxons. De mère écossaise, il a vécu à Londres et au Canada avant de s’installer à Paris. Il a goûté à l’univers de la finance, écrit des papiers économiques, travaillé comme équipier sur des voiliers en Atlantique, fait du conseil en communication et en finance. C’est un peu toutes ces voix qu’il laisse parler dans ses écrits : le financier dans Krach Party (Carnets Nord, 2009), le journaliste dans Serenitas (Carnets Nord, 2012). Son dernier ouvrage, Extramuros, est paru en 2015 aux éditions Kero.

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Dans la nuit – tome 3 : Profondeurs

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Scénario :  Joël Callède
Dessin : Denys Cowan
Couleurs : Hubert Védrine
Editeur : Delcourt
Planches : 48
Collection : Insomnie

Un ponte de la mafia se donne la mort après avoir tué sa famille. Il laisse sa maîtresse, Sarah, sous le choc. Celle-ci trouve vite du réconfort dans les bras de Straz, l’inspecteur chargé de l’enquête, pour qui la vie de couple se résume alors à des post-it laissés sur la table. Ange du bonheur pour lui, trop énigmatique pour Haynes, son collègue, Sarah ne fait pas l’unanimité, malgré ses yeux bleus océan…

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Les personnages sont intéressants et leur caractère particulièrement bien construit. Un flic marié mais paumé, un autre seul, submergé de regrets, et Sarah, aussi belle qu’énigmatique, le casting est plutôt réussi.

Le début de l’histoire est prometteur et assez captivant.

On se demande qui est cette jeune fille et où veulent nous emmener les auteurs…

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L’histoire est classique mais efficace et accrocheuse.

On passe un bon moment de lecture avec une ambiance bien posée, on est immergé dans l’histoire qui reste bien maîtrisée, même si le dénouement peut décevoir, par une fin amenée trop rapidement.

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Dans la nuit – tome 2 : 3ème sous-sol

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Scénario :  Joël Callède
Dessin : Denys Cowan
Couleurs : Hubert Védrine
Editeur : Delcourt
Planches : 48
Collection : Insomnie

Nuit du 4 juillet, jour de la fête de l’indépendance. Le Bon Samaritain est fidèle au poste, prêt à écouter, à réconforter… Et c’est Arnie qui le contacte. Cette nuit-là, le jeune homme travaille comme gardien dans un parking. Or, c’est cette nuit que des souvenirs remontent du 3e sous-sol… Des souvenirs qui réclament vengeance… Des souvenirs qui tuent…

 

Après le premier tome, Joël Callede et Denys Quistrebert poursuivent donc leur série de one-shots d’horreur.

Le scénario de ce polar fantastique n’est pas très original, mais diablement efficace !

A part les passages avec le « Bon Samaritain », toute l’histoire de ce huis clos se déroule dans un parking à l’atmosphère oppressante, rendant ce huis clos très oppressant.

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Comme un bon film d’horreur, Joël Callède prend le temps d’installer les éléments d’angoisse et de peur qui viennent apporter de la crédibilité à son macabre récit.

Les dessins de Denys viennent sans conteste renforcer l’ambiance glauque des lieux.

Les cadrages choisis, la manière dont les inquiétudes et délires des personnages sont portés constituent les vrais points forts de cette BD.

Le concept du bon samaritain radiophonique, à qui les noctambules confient leurs histoires, permet un fil conducteur efficace pour des thrillers complets.

Le rythme imposé par les auteur est très prenant, les encrages de Denys superbes et Hubert adapte parfaitement sa palette de couleurs aux atmosphères sinistres.

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Tous les ingrédients sont réunis pour que les personnages sachent que la mort les attend !