Archives mensuelles : septembre 2016

« Dans l’ombre de Charonne » de Alain et Désirée Frappier : pour ne pas oublier …

Maryse Douek-Tripier en a « marre d’être une rescapée », elle a gardé le silence sur le moment le plus douloureux de sa vie. Elle se confie à Désirée Frappier sur le massacre à la station de métro Charonne, le 8 février 1962.

La première bande dessinée des éditions Mauconduit est un document historique qui revient sur cet épisode tragique et peu connu.

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Un véritable travail d’historien de Désirée Frappier, qui a mené une enquête auprès de plusieurs personnes, présentes et témoins au moment du drame. Depuis la préface de Benjamin Stora :  « Le respect des faits historiquies et de l’émotion est un exercice toujours délicat », écrit-il « Mais tout cela est mis en scène finement, avec une sobriété bienvenue, un sens aigu des situations et ce goût du détail qui installe une atmosphère », jusqu’au témoignage de l’héroïne.

On vit aux côtés de Maryse au fil de pages, d’autres sujets sont abordées, comme l’exode des juifs égyptiens au moment de la guerre israélo-arabe, l’attente des papiers en France…, même le quotidien des lycéens français des années 60 est évoqué.

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Une leçon d’histoire sur chaque planche dessinée sans que l’on ne s’en rende compte.

charonne2Une très belle reconstitution de l’époque et des événements qui ont conduit aux 9 morts du métro Charonne.dans-ombre-charonne-magnifique-eclairage-sur-fevrier-1962_4_6388881

Férue d’histoire, je dois dire que cette BD m’a beaucoup apporté ! Elle a contribué à m’éclairer sur la guerre d’Algérie, la réaction en France de la population et des politiques… La France presque coupée en deux, les associations, les débats à l’école, dans les cafés…

Quand j’entendais parler de Charonne, cela faisait juste référence à un évènement de l’histoire de France, puisque ce que je l’avais appris lors de mes cours…

D’autres dates ont été évoquées lors du procès de Papon fin des années 90, notamment son implication lors de la manifestations des travailleurs algériens du 17 octobre 1961 contre le couvre-feu qu’il avait imposé en tant que préfet.

Mais je ne savais pas (honte à moi) que le 8 février 1962, des gens étaient morts écrasés dans les escaliers du métro. Que les policiers avaient jeté sur eux les grilles en fonte qui bordent les arbres.

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Pourtant je connais bien cet endroit, cette station… sans savoir … ces escaliers …. le 8 février 1962…

Une BD qui décrit, comme si on y était, l’appel à la dispersion de la manifestation dans le calme, la charge de la police, la furie, la panique, les corps piétinés et en panique qui cherchent à se réfugier dans la seule voie de secours qui s’offre à eux  : la bouche du métro Charonne…

Une manifestation sauvagement réprimée, qui fut un vrai choque à l’époque, ce qui a amené à s’interroger sur les pratiques de maintien de l’ordre en France…

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Une reconstitution historique très précise et documentée de manière sérieuse, sans être pesante.

Une belle initiative de devoir de mémoire dans le domaine de la BD.

 

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Alain Frappier est peintre, graphiste et illustrateur. Il s’allie avec Désirée Frappier et le duo signe « Dans l’ombre de Charonne » en 2012, « La vie sans mode d’emploi… » (2014) et « Le choix » en 2015 qui aborde la question de l’avortement.
site : http://www.alainfrappier.com/

Je comprends beaucoup mieux cette chanson de Renaud, après avoir lu cette BD.

Renaud « Hexagone » :

« Ils sont pas lourds, en février,

À se souvenir de Charonne,

Des matraqueurs assermentés

Qui fignolèrent leur besogne,

La France est un pays de flics,

À tous les coins d’rue y’en a 100,

Pour faire régner l’ordre public

Ils assassinent impunément. »

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Scénario :  Désirée Frappier – Dessin : Alain Frappier – Edition : Mauconduit – Planches : 136

Maryse, une jeune lycéenne de 17 ans, décide de participer avec ses copains de lycée à une manifestation contre le fascisme et pour la paix en Algérie. Nous sommes à Paris, en 1962.

Après 8 ans de guerre, l’indépendance de l’Algérie devient inéluctable. L’OAS, regroupant dans ses rangs les fervents défenseurs du dernier bastion d’un empire colonial agonisant, multiplie les attentats à la bombe sur la capitale. Le 8 février, après 14 attentats, dont un blessant grièvement une petite fille de quatre ans, des manifestants se regroupent dans Paris aux cris de «OAS assassins», «Paix en Algérie». La manifestation organisée par les syndicats est interdite par le préfet Maurice Papon. La répression est terrible. La police charge avec une violence extrême. Prise de panique, Maryse se retrouve projetée dans les marches du métro Charonne, ensevelie sous un magma humain, tandis que des policiers enragés frappent et jettent des grilles de fonte sur cet amoncellement de corps réduits à l’impuissance. Bilan de la manifestation : 9 morts, dont un jeune apprenti, et 250 blessés.
50 ans plus tard, Maryse Douek-Tripier, devenue sociologue, profondément marquée par ce drame dont elle est sortie miraculeusement indemne, livre son témoignage à Désirée Frappier. C’est une véritable histoire dans l’Histoire à laquelle nous invite l’auteur, restituant ce témoignage intime dans son contexte historique et tragique, tout en nous immergeant dans l’ambiance des années soixante : flippers, pick-ups, surboums, Nouvelle Vague, irruption de la société de consommation.

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L’Empoisonneuse de Barbara Yelin et Peter Meter

Le regard de cette femme sur la couverture m’a attiré, regard que je n’arrivais pas à déchiffrer… Triste ou malsain rien ne transparaît vraiment !

Donc il me fallait plonger dans ces planches,  dessinées au fusain et au crayon, ce qui donne un aspect encore plus sombre à l’histoire qui s’inspire de faits réels, du coup j’ai lu cette BD avec un autre regard et surtout plus d’attention.l-empoisonneuse-122739Comme l’héroïne, j’ai cherché à comprendre ce qui avait pu pousser Gesche Margarethe Gottfried, « L’ange de Brème », qui a tué pas moins de 15 personnes, à donner du “beurre à souris” (saindoux à l’arsenic) tartiné sur du pain à ses enfants, ses compagnons, ses amis, ses parents, ses voisins… tout en soignant certains, pour alléger leurs souffrances.planchea_109459Une telle contradiction dans le comportement est un tel mystère que cette femme ne pouvait être complètement saine d’esprit. Cette envie de comprendre et de donner une justification médicale est certainement liée à notre regard plus moderne et plus « psychologue » qu’à l’époque des faits, influencée par les préjugés, la bien séance et la religion.

Plusieurs personnages (le pasteur, l’avocat…) apparaissent plus ou moins fourbes, dans cette société brèmoise taxée d’être une société beaucoup plus « évoluée » à l’époque. Les habitants voient notre héroïne d’un mauvais œil, pour eux cette étrangère vient fouiner et veut ruiner la réputation de la ville.

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La ville est rongée par cette histoire d’empoisonnement trop longtemps dissimulée, l’ambiance en devient suffocante et son aspect paisible est bien loin de la réalité du moment. Les regards sont fuyants, furtifs, les chuchotements et les confidences, donnent, en fin de compte un aspect noire à cette ville et je me suis attachée à cette accusée, qui n’aura été entendu qu’à cause de ses meurtres…

Cette BD est à la fois fascinante et grave, l’atmosphère est sombre avec une tension palpable.

Une histoire qui mérite d’être plus connue et surtout, qui donne envie d’en savoir plus.

Suite à ses aveux et sa condamnation à mort, elle aura la tête tranchée sur la voie publique. Elle sera la dernière personne à être exécutée ainsi.

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Barbara YELIN

Née à Munich en 1977, Barbara Yelin a étudié l’illustration et la bande dessinée à Hambourg et vit désormais à Berlin.Ses deux premiers livres ont été publiés à l’An 2 : Le Visiteur en 2004 et Le Retard en 2006. Elle a participé en 2008 à deux albums collectifs : Les Bonnes Manières (Actes Sud – l’An 2) et Pommes d’amour (Delcourt). Elle fait partie du collectif de dessinatrices qui publie la revue Spring. Elle est ici pour la première fois associée à un scénariste.

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Peer METER

Le scénariste, Peer Meter, est né à Brème en 1956. En 1976, il fonde une petite revue de BD, Com-Mix. Depuis 1986, il est rédacteur et écrivain indépendant, entre autres pour la revue littéraire Stint. Proche du milieu théâtral, il a travaillé sur des oeuvres de Fassbinder, Beckett, Büchner. En 1988, il commence à s’intéresser au cas Gesche Gottfried, et en tire une pièce de théâtre, créée en 1995, à Flensbourg. Il publie la même année le livre-enquête Gesche Gottfried. Ein langes Warten auf den Tod, premier bilan de ses recherches sur ce fait criminel. Il écrit d’autres scénarios de bande dessinée à propos de meurtriers célèbres, notamment pour la dessinatrice Isabel Kreitz.

 

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Scénario :  Meter Peer – Dessin : Yelin Barbara – Couleurs : N&B

Traduction : Paul Derouet – EditeurActes Sud – L’An 2 – Planches : 190

Une jeune femme, qui fait profession d’écrire, arrive à Brème, dans le Nord de l’Allemagne, par bateau. Nous sommes au début du XIXe siècle. Venue pour rédiger une description touristique, elle ignore que toute la ville est en proie à une étrange fièvre, parce que l’on se prépare à exécuter en place publique une femme accusée d une quinzaine d’assassinats par empoisonnement. Son propre destin va se trouver mêlé à l’histoire de cette meurtrière. Ce drame historique est basé sur une histoire vraie, celle de Gesche Margarethe Gottfried (1785-1831), surnommée «l’Ange de Brème». En mars 1828, la ville de Brème fut secouée par la découverte d’une affaire criminelle sans précédent. Il avait fallu quinze ans pour que fût démasquée Gesche Gottfried, tueuse en série qui confessa avoir empoisonné, depuis 1813, quelque quinze personnes : ses parents, ses deux maris, son fiancé, ses enfants, sa propriétaire et quelques amis ! Elle fut la dernière personne à être exécutée publiquement dans la ville de Brème.

 

La Maison et autres histoires de Nicolas Jaillet

La MaisonEn robe blanche, son bouquet à la main, Martine sait qu’elle n’aimera jamais Jean, l’homme triste et violent qu’elle vient d’épouser. Mais en elle, une graine est en train de germer. Pendant des années, elle survit à son quotidien et élève leur enfant. En silence, avec une audace et une obstination extraordinaires, elle prépare son évasion.

La Robe : Entre eux, c’est devenu un rituel : pour leur anniversaire, elle remet sa robe de mariée. Leurs amis les envient. Samuel et Sandra vivent un conte de fées…

La BagueUne femme caresse une bague à son doigt. Dans le train, un homme observe le visage de cette grande amoureuse changer…

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Editions : Milady Thriller Parution : 23 septembre 2016

Pages : 288  Prix : 5,90€

Merci à Lilas des éditions Bragelonne/Milady de m’avoir permis de découvrir cet auteur

 La maison :

Parue pour la première fois en 2013 aux éditions Rue du départ, est réédité cette année dans la collection Milady Thriller, agrémenté de deux autres nouvelles.

« Les femmes plus âgées, celles qui ont la bague au doigt, ont gardé leurs distances. Elles ne gémissent pas, elles. Elles savent. »

Tout tourne autour de Martine, infirmière, Jean, professeur de gymnastique et leur fils, qui raconte ce dont il se souvient et ce qu’il imagine. Notamment le mariage de sa mère, jeune fille enceinte de deux mois, avec cet homme qui devient querelleur et violent quand il a bu :

« Elle s’en rend compte à cet instant précis. Elle ne s’était pas encore posé la question, mais la réponse s’impose d’elle-même. Le bouquet, la robe, le mariage et l’enfant n’y changeront rien. Elle ne l’aimera jamais. C’est un soulagement. »

Martine réalise très vite qu’elle fait une erreur qu’elle va payer cher, des êtres qui se trompe de chemin de vie…

Martine est une battante qui ne veut pas se contenter d’une vie médiocre, malgré une atmosphère familiale lourde. Le narrateur, enfant vit le quotidien de ce couple tellement mal assorti.

Ce père « un homme normal qui, quand on le mettait en colère… » et une mère  victime résignée…

Même le père et le fils n’arrivent pas à communiquer, tout est fait pour éviter le pire.

« ici on ne crie pas. Tout se fait à mi-voix.« 

« Mon père avait cette façon paradoxale de nous faire comprendre que nous étions un boulet pour lui, alors que Martine se taisait. Et moi aussi je me taisais. »

Le père tellement insatisfait, irritable devient violent.

« Quand elle a un contretemps, Martine rentre du travail dans un état de nerfs fébrile. Elle sait que ça va tomber. Elle ne sait ni quand, ni sous quelle forme, mais la colère de Jean couve, dissimulée sous un voile d’attentions et de tendresse excessives. »

L’enfant va peu à peu se mettre à épier ses parents à guetter les signes qui précèdent la crise.

La mère passe pour une drôle de personne, elle stock tout ce qu’elle peut récupérer dans « sa pièce » dont elle est la seule à détenir la clé.

« Martine avait entreposé les objets que les autres jugeaient inutiles dans une sorte de cagibi… Cette pièce était rangée avec soin. Martine était la seule à y entrer. Elle n’y restait jamais longtemps. Elle rangeait. Mon père disait qu’elle trifouillait. Quand une assiette était ébréchée, ma mère refusait de la jeter. Elle l’emmenait dans son cagibi. »

C’est cette pièce qui aide la mère à ne pas sombrer dans une folie douce, elle accepte tout sans jamais se rebeller… Avec indifférence … Je me suis demandée si c’était pour se protéger ou protéger son fils. Cette pièce résonne comme le coeur de cette maison. La joie de cette femme.

Finalement on ne laisse voir que ce que l’on a envie de laisser voir ! On est jamais réellement ce que l’on est.

La mère ne déroge pas à cette règle, jusqu’au 16ème anniversaire de son fils…

« Non. La peur, on ne s’y habitue pas. »

Tout est sous-jacent dans ce livre, la tension est palpable ainsi que les blessures intériorisées, la peur est très présente une bonne partie de cette histoire terrible. Tous est suggéré avec distance.

A chaque instant tout peut exploser et nous avec et pourtant on ne sombre pas, rien ne sombre…

Les détails sont tellement bien construits, que le lecteur se trouve enfermé, piégé dans cette maison, dans chaque pièce, derrière chaque fenêtre, nous sommes logés à la même enseigne que ces personnages !

La Robe :

Une construction magistrale de la déchéance d’une vie de couple qui se vit à travers une robe. La flamme dans un couple doit s’entretenir et quoi de mieux pour le faire que de mettre tous les ans cette magnifique robe de mariée portée le plus beau jour de sa vie ? 

« Au début, c’était un jeu. Une suite d’événements qui se passait de commentaire et qui les avait séduit par son évidence. Les années suivantes ils avaient reproduit à peu près les mêmes gestes. D’anniversaire en anniversaire, le jeu était devenu un rite. Un rendez-vous d’amoureux. Un test. Un bilan. »

Comment réagirais – je face à l’homme que je pense être celui de ma vie, si je constatais peu à peu la perte de son amour ? 

Je ferais tout pour le reconquérir… Cette robe dans laquelle je suis toujours aussi belle est un symbole de notre amour… Elle est un symbole d’union à la vie à la mort… 

Nicolas Jaillet manie avec art les sentiments les plus nobles comme les plus vils ! L’être humain est magistralement beau dans sa haine, sa cruauté, son amour qui peut devenir possessif donc destructeur. 

Il explore les tréfonds de l’être humain dans ce qu’il a de plus vil et de plus manipulateur. L’homme est une machine aux sentiments complexes et parfois tordus et Nicolas Jaillet le prouve avec des mots simples directs et sans fioritures.

La Bague :

Parfois au gré de nos balades notre esprit divague et se plaît à se créer une histoire. Notre esprit en pleine digression se penche sur ce que pourrait être une vie, une personne. Comment cette personne vit ce qu’elle aime, qui elle aime ? Mais soyons réalistes sauf si nous avons un don de divination on passe à côté de la vérité qui est souvent tout autre…

Sobres, bouleversantes, ces 3 histoires ont en commun l’être humain et ses faiblesses, l’être humain et sa force, mais surtout nous démontre que Nicolas Jaillet est un sublime auteur qui sait manier avec art et grand savoir l’homme dans tout ce qu’il a de merveilleux.

Gros coup de coeur !

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Né en 1971, Nicolas Jaillet a toujours préféré les chemins de traverse. C’est sur les routes, au sein d’une troupe de théâtre forain, qu’il apprend le métier d’écrire. Plus tard, il compose des chansons pour son ami Alexis HK. 96935065_o

Ses romans explorent la littérature de genre : aventures, western, roman noir, science-fiction. Le présent recueil, inspiré d’histoires vécues, s’écarte de cette première tendance.

Mon ami Dahmer de Derf Backderf

Derf Backderf a passé son enfance à Richfield, petite ville de l’Ohio située non loin de Cleveland. En 1972, il entre au collège, où il fait la connaissance de Jeffrey Dahmer, un enfant solitaire au comportement un peu étrange. Les deux ados se lient d’amitié et font leur scolarité ensemble jusqu’à la fin du lycée. Jeffrey Dahmer deviendra par la suite l’un des pires serial killers de l’histoire des États-Unis. Son premier crime a lieu à l’été 1978, tout juste deux mois après la fin de leur année de terminale. Il sera suivi d’une série de seize meurtres commis entre 1987 et 1991. Arrêté en 1991, puis condamné à 957 ans de prison, Dahmer finira assassiné dans sa cellule en 1994. Mon Ami Dahmer est donc l’histoire de la jeunesse de ce tueur, à travers les yeux de l’un de ses camarades de classe. Précis et très documenté, le récit de Derf Backderf (journaliste de formation) décrit la personnalité décalée de Dahmer qui amuse les autres ados de cette banlieue déshumanisée typique de l’Amérique des années 1970. Dahmer enfant vit dans un monde à part, ses parent le délaissent, il est submergé par des pulsions morbides, fasciné par les animaux morts et mortifié par son attirance pour les hommes. Personnage fascinant, voire attachant car presque victime de son environnement, Dahmer vit une implacable descente aux enfers vers une folie irréversible.

Scénario :  Backderf, Derf – Dessin : Backderf, Derf – Couleurs : N&B

Lettrage : Duhamel Hélène – Traduction :  Soubiran, Fanny

Editeur : çà et là – Planches : 177

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Une BD sur l’un des pires tueur en série  des Etats-Unis le « cannibale de Milwaukee ». Il a commis 17 meurtres entre 1978 et 1991, dont seize entre 1987 et son arrestation en 1991.

Battu à mort en 1994, par un codétenu suite à sa condamnation à perpétuité. Il a été un des rares tueurs en série à exprimer des remords par rapport à ses actes. En effet les meurtres commis pas Dahmer sont d’une rare cruauté, viols, démembrements, nécrophilie et cannibalisme.

La BD n’évoque pas ces meurtres, sauf celui commis à l’été 1978, deux mois après la fin de la scolarité de Dahmer, qui est l’aboutissement de la transformation d’un ado à l’esprit dérangé en un véritable psychopathe.

Derf Backderf nous raconte les prémices de Dahmer, à travers le récit de son adolescence dans un lycée plus que banal de l’Ohio, un coin perdu des Etats-Unis.En effet il a passé une partie de ses années de lycée dans la même classe que Jeffrey Dahmer ! Il était d’ailleurs un de ses rares camarades, même s’il le trouvait suffisamment bizarre et effrayant pour ne jamais oser l’inviter à la maison.

Backderf a eu l’idée de consacrer cette BD avoir appris l’arrestation de Dahmer, mais ce projet mettra vingt ans à aboutir, car il voulait faire « quelque chose d’irréprochable ».

Ce roman graphique ne se base pas seulement sur ses souvenirs, mais aussi sur une importante documentation, comme le prouvent les multiples pages de notes à la fin du livre.

En lisant « Mon ami Dahmer », j’ai ressenti un grand malaise, car  les signes indiquant que  Dahmer était en grande souffrance sont très nombreux :

– Il disséquait des animaux morts pour les dissoudre dans de l’acide,

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– Il imitait régulièrement les crises d’épilepsie de sa mère (ce qui faisait beaucoup rire ses camarades)

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– Il buvait de grandes quantités d’alcool dès 8 heures du matin,

– Surtout, il manquait très souvent les cours.

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Malgré ces nombreux signes, personne n’a jamais tiré la sonnette d’alarme face à ces comportements. Ni les enseignants, ni ses propres parents (bien trop occupés par leur disputes et leur divorce pour se rendre compte que leur fils était en train de devenir un véritable monstre).

Si on ajoute à ça ses pulsions morbides couplées à un refoulement de son homosexualité, on aboutit à la création du « monstre » Dahmer.

Dahmer n’a souvent pas de regard sous les traits de Backderf, les yeux effacés derrière son imposante paire de lunettes, sûrement une manière de prendre du recul et de déshumaniser ce copain de lycée !

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On assiste ici à la naissance de l’un des plus grands tueurs en série du XXème siècle.

« Jeffrey Dahmer aime ses victimes et désire les garder auprès de lui, car il se sent très seul. »

Sans trouver des excuses aux actes de Dahmer, l’auteur nous permet de mieux comprendre ses actes et sa descente aux enfers. Son récit est très dur, tout comme ses dessins noir et blanc, mais son témoignage est fascinant et  sans jugement.

Une vie sinistre dès la naissance…

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challenge polar et thriller 2016-2017

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John « Derf » Backderf est né en 1959 à Richfield, une petite ville de l’Ohio où il passera toute son enfance. Après un bref passage dans une école d’art, il retourne chez lui et travaille un an comme éboueur, avant de recevoir une bourse pour l’université de l’Ohio où il suivra un cursus en journalisme tout en réalisant des illustrations pour le journal local. Une fois diplômé, Derf Backderf devient journaliste pour un quotidien de Floride, puis abandonne cette carrière pour se lancer dans la réalisation d’un strip, « The City », qui durera vingt-deux ans et sera publiés dans plus de 50 hebdomadaires américains.
Le premier roman graphique de Derf Backderf, « Punk Rock & Mobile Homes » (publié en 2014 chez çà et là), a été consacré comme l’un des meilleurs romans graphiques de 2010 par le magazine Booklist. En 1994, Derf Backderf avait commencé à travailler sur la réalisation de « Mon ami Dahmer » ; le livre sera finalement publié en 2012 aux États-Unis, puis en 2013 en France. « Mon Ami Dahmer » a reçu le Prix Polar SNCF 2014, le Prix Révélation du Festival d’Angoulême 2014 et le Prix littéraire des lycéens de la région PACA 2015. Le troisième roman graphique de Derf Backderf, « Trashed », a été publié en 2015 en France et aux États-Unis. Le livre a reçu le Prix Tournesol 2016 de la bd écolo de l’année et a été sélectionné pour le Prix BD Fnac 2016.
Derf Backderf a été nominé pour deux Eisner Awards et a reçu de très nombreuses récompenses pour son travail de dessinateur de presse, dont le prestigieux Robert F. Kennedy Journalism Award du dessin politique en 2006. Il vit à Cleveland (Ohio) avec sa femme Sheryl Harris (journaliste lauréate du Prix Pulitzer) et leurs deux enfants.

Je l’ai fait pour toi de Laurent SCALESE

Lu dans le cadre du challenge polar et thriller 2016-2017

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Bienvenue à Lazillac-sur-Mer, dans l’univers du commandant Samuel Moss dont les armes sont le charme, la séduction et l’art du détail : rien ne lui échappe, que ce soit sur une scène de
crime ou au quotidien. Cette histoire débute quand la romancière à succès Jade Grivier est retrouvée morte chez elle, dans son bureau, suicidée. Après avoir inspecté les lieux, à sa façon, Samuel Moss conclut qu’il ne s’agit pas d’un suicide mais d’un homicide, dont il identifie immédiatement le coupable. Le plus compliqué, maintenant, pour Samuel Moss, est de comprendre comment le meurtrier a procédé et de prouver sa culpabilité, avec élégance bien sûr, et surtout sans salir ses nouvelles chaussures sur la plage de Lazillac…

Editions : Belfond  Parution : 22 septembre 2016 Pages : 352 Prix : 19€

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Première loi : le crime parfait existe.
Deuxième loi : le criminel parfait n’existe pas.
Troisième loi : l’enquêteur doit donc concentrer ses efforts non pas sur le crime, mais sur le criminel.

Le huitième roman de Laurent Scalese, Je l’ai fait pour toi, sort en librairie dans deux jours et j’ai eu la chance de pouvoir le lire grâce à netGalley. J’ai pu ainsi découvrir cet auteur dont je ne connaissais pas la plume. Je suis donc toute « vierge » d’idées  préconçues. Je vois d’ici certains me dire « comment tu ne connaissais pas l’auteur ? » Eh bien non !

Apparemment avec ce livre, l’auteur crée un nouveau héros, le Commandant de Police Samuel Moss.

« Il ne se sentait pas à l’aise avec ces jeunes femmes qui cherchaient à lui plaire, souvent pour de mauvaises raisons, parce qu’elles étaient en admiration devant le professeur ou le policier, parce qu’elles étaient en quête d’un père ou d’un pygmalion, ou parce que la discrétion qu’il observait sur sa vie privée lui conférait une aura mystérieuse et romantique. »

Moss pose une question lors de son cours de criminologie : le crime parfait existe-t-il ? Pour lui, non il n’y a pas de crime parfait… Mais il va apprendre au fil de son enquête qu’un meurtre peut frôler la perfection et qu’en fin de compte c’est le criminel qui est faillible…

« Primo, identifier le coupable grâce à son intuition et aux détails qui échappent au commun des mortels, des détails en apparence insignifiants.
Secundo, le fréquenter pour apprendre à le connaître et repérer ses points faibles.

Tertio, le pousser à l’erreur afin d’obtenir la preuve incriminante »

Eh bien j’ai beaucoup aimé Samuel Moss ! Ses manies, ses tics… Le rendent attachant ou attachiant c’est selon ! Car il faut le dire ce commandant a de sacrées névroses, mais bon quand on sait à quoi elle sont dues, il devient très sympathique.

Son psy pense qu’il faudrait qu’il en parle … Mais lui est persuadé que ses névroses l’aident à être un bon flic ! Et je dois dire que je pense un peu comme lui ! J’ai bien eu peur qu’elle y arrive (sa psy) à le faire changer et donc que je perde ce flic meurtri par la vie, ce flic tout en finesse, glamour, romantique et galant à souhait ! Bon ok, je suis légèrement tombée amoureuse de lui et j’espère le retrouver dans d’autres aventures. Après tout marié 3 fois, Samuel Moss est un bon parti et les femmes tombent sous son charme, ou pas !

« Les détails pavent le chemin menant à la vérité, pour peu qu’on sache les repérer. Je n’en néglige jamais aucun. Neuf fois sur dix, là où mes collègues voient des vétilles, je vois des indices. Et neuf fois sur dix, mon intuition me donne raison. Ma dernière épouse croyait que j’avais une sorte de sixième sens. »

De toute façon soit on l’aime soit on le déteste !! Vous l’aurez compris de toute façon, Samuel Moss provoquera une réaction chez vous …

Je pourrais vous parler encore de ce héros anticonformiste, mais le sujet du livre est quand même un meurtre, somme toute très bien pensé et très bien construit.

Le Commandant de police, démonte toutes les ficelles du meurtrier, une par une ! De toute les façons il sait dès le départ qui a tué ! Il lui faut juste trouver le mobile et le modus operandi. Et c’est là que l’auteur amène les choses avec brio ! C’est là que l’auteur rend les choses compliquées et tellement simples à la fois ! Il brouille les pistes, mais le lecteur n’est pas dupe, fort des sentiments de notre policier hors paire au feeling infaillible !

Sa nouvelle coéquipière arrive le jour de ce fameux meurtre et elle doit faire ses preuves et on aurait tendance à penser que Moss est misogyne, mais non non du tout ! Il aime les femmes, il aime la femme Sans pour autant être lourd… et ça fait du bien ! Il va peu à peu lui faire confiance et ils vont travailler de concert pour découvrir le fameux mot de ce crime, si parfait !

 » Un sourire de circonstance aux lèvres, Cheyenne s’avança pour saluer son futur équipier. Contre toute attente, ce dernier ignora sa main tendue. D’un air dégagé, il tira le smartphone de la poche intérieure de son blazer. Après avoir ouvert une application d’une pression du doigt sur l’écran tactile, il remit le téléphone au capitaine. — Vous pouvez nous prendre en photo devant la cascade, Elvire et moi ?
Cheyenne en fut abasourdie. »

Le meurtrier a bien tenté de manipuler notre homme, mais c’était peine perdue d’avance ! Car malgré les changements de personnalité que l’on peut constater parfois chez Moss, il ne se détourne pas de sa ligne de conduite et reste campé sur ses positions ! Et son instinct est bon, même très bon ! De toute façon il a confiance en lui, en son jugement et son feelling ! Donc pas la peine de tenter le bonhomme…

Un livre très bien rythmé, une belle écriture, sans trop de blabla (dixit ma chronique d’hier) directe et concise. J’ai aimé cette construction à contre courant ! Pour une fois on sait que le flic sait et on sait qui il soupçonne mais on va vivre l’enquête à son rythme et au rythme de ses découvertes ! Même sa coéquipière découvre parfois en même temps que le lecteur …

Malgré tout le commandant Moss reste galant dans toutes les circonstances le rendant sympathique à bien des égards, ses étudiants en sont fans, surtout ses étudiantes et on l’imagine très charismatique.

Merci à l’auteur de démontrer qu’un crime peut être parfait, mais qu’en fin de compte un être humain reste faillible, donc humain même dans les pires moments de sa vie.

Passages sur le métier d’auteur, que j’ai trouvé très intéressants :

« La plupart des aspirants auteurs confondent passion et métier. Ils s’imaginent qu’écrire est une partie de plaisir alors que c’est un parcours semé d’obstacles. Il ne s’agit pas juste d’aligner des phrases sur l’écran de son ordinateur. Il y a des règles à respecter, une manière de procéder. Quatre-vingt-seize pour cent des manuscrits que je reçois sont impubliables. Ils présentent des problèmes de construction, de narration, de syntaxe, d’orthographe, de grammaire, de concordance des temps. Sans oublier les répétitions. Et comme si ce n’était pas assez, les intrigues développées sont le plus souvent d’un banal affligeant. »

« Dans la majorité des cas, ces auteurs autoproclamés n’ont pas d’univers propre, ils n’arrivent pas à insuffler une âme au récit ni à camper de vrais personnages. Entre ceux qui écrivent à la première personne pour raconter leur vie – captivante, selon eux – et ceux qui copient les maîtres du thriller ou de la comédie romantique, parce qu’ils croient bien faire ou parce qu’ils sont incapables d’inventer, les éditeurs croulent sous la médiocrité. J’ai envie de crier à ces gens : « Stop ! Arrêtez d’emprunter à tel ou tel auteur de best-sellers, soyez vous-même ! » Ces dernières années, le niveau a tant baissé que nous n’avons plus le choix  qu’entre publier des textes moyens ou en publier des mauvais. La correctrice de Janus passe un temps fou sur chaque manuscrit. S’il y a trop de boulot, on refile le bébé à un rewriter. »

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Né à Avignon, Laurent Scalese est auteur de romans policiers et scénariste pour la télévision et le cinéma. Attiré très vite par la lecture, il dévore Agatha Christie, Conan Doyle, Isaac Asimov ou encore Stephen King, fasciné par le côté effrayant des intrigues. Après quelques tentatives d’écriture tirant

Subject: SCALESE Laurent - Copyright: John FOLEY/Opale - Date: 20090201

 

 

vers le fantastique, il entame une carrière professionnelle dans le prêt-à-porter mais la plume le démange toujours… En trois ans, il rédige quatre romans de SF ainsi qu’un recueil de nouvelles d’anticipation. Heureux d’être classé parmi les dix premiers d’un concours de nouvelles policières organisé par LE SEUIL,il décide d’approfondir et se lance dans la rédaction d’un polar: son premier roman, « Le Samouraï qui Pleure », paraît en 2000, puis dans la foulée « L’ombre de Janus », une histoire du tueur en série, qui le rapproche un peu plus des éditeurs et élargit son public.  Son quatrième roman policier, « Le Baiser de Jason » (Belfond, 2005), a reçu le prix Sang d’Encre des lycéens. Il est aujourd’hui un scénariste reconnu pour la télévision. Il est le co-créateur de la série Chérif tournée à Lyon et diffusée sur France 2.

Depuis sa création en 2008, il appartient à la très honorable Ligue de l’imaginaire. Ce collectif d’écrivains a pour étendard l’imaginaire et parmi ses membres, on trouve Maxime Chattam, Eric Giacometti, Franck Thilliez, Bernard Werber…

 

Ce que cache ton nom de Clara Sanchez

Lu dans le cadre des challenges 1 pavé par mois et le challenge polar et thriller 2016-2017

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Sandra, jeune femme d’une trentaine d’années, sans véritables attaches, enceinte d’un homme qu’elle vient de quitter, s’installe dans un village isolé de la côte est espagnole. Sur la plage où elle passe ses journées, elle fait la connaissance d’un couple d’octogénaires norvégiens, les Christensen. Rapidement, ils la prennent sous leur aile et la traitent comme la petite-fille qu’ils n’ont jamais eue. Mais un vieil homme tout juste débarqué d’Argentine va venir perturber cette belle entente : Julián, survivant du camp de Mathausen, révèle à Sandra le véritable visage des Christensen. D’abord méfiante, elle finit tout de même par se rendre à l’évidence. Le couple ne semble-t-il pas l’attirer chaque jour davantage dans ses filets ? Mais elle ne se rend pas encore compte que la connaissance de la vérité met sa vie en danger. À moins qu’elle ne lui donne un but, et lui permette de grandir…

éditions : Livre de poche  Traduit de l’espagnol par : Louise Adenis Parution : janvier 2014 Pages : 480 Prix : 7,60€

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« Ne pas dire la vérité maintenant, c’est laisser demain une trace floue de passage sur terre. Comme si tu n’avais pas été vraiment réel. »

Parfois le mal se cache sous de beaux atours … Mais l’homme peut-il réellement se repentir?

Le hasard fait-il bien les choses ? Avec « ce que cache ton nom » la question se pose d’emblée !

Un livre qui m’a laissé un sentiment de vide, de manque de je ne sais quoi ! Pourtant tout était, en principe, réuni pour me plaire. En effet, tout ce qui est lié aux camps de concentration et à la seconde guerre mondiale me passionne, et les livres évoquant le devenir des anciens criminels nazis sont plutôt rares et abordé de cette façon l’intrigue semblait particulièrement intéressante.

Sandra, une nana un peu perdue, n’aspire qu’à trouver des réponses, penser à son enfant à venir et à son envie ou non d’avoir le papa dans sa vie, se lie d’amitié avec un couple d’octogénaires « norvégiens », au point de devenir inséparables.

Julian, un vieil homme enfermé au camp de Mauthausen pendant la seconde guerre mondiale, renoue avec la haine et le désir de vengeance. Il a fait partie du centre Mémoire et Action, engagé dans la chasse aux nazis. Arrivé tout droit d’Argentine, il dévoile le secret du couple

 « C’était terrifiant de les voir faire le bien. Ils se comportaient comme s’ils n’avaient jamais vraiment eu conscience d’avoir fait le mal. En général, dans la vie, le bien et le mal peuvent être difficiles à discerner mais, à Mauthausen, le mal était le mal. Jamais, de ma vie, je n’ai rencontré le bien absolu, en revanche, j’ai connu le MAL en lettres capitales, le mal et sa puissance de destruction, et il n’y avait en lui pas une once de bien »

Le lecteur, au fil des pages, reconstitue le puzzle de  l’histoire. Peu à peu Sandra découvre la vérité et en tant que lecteur on devient plus attentif au moindre indice, à chaque piège potentiel.

L’environnement accueillant et tranquille se fait hostile et menaçant. Le doute et la suspicion s’installent, les motivations de chacun des personnages restent flouent, tout comme Sandra, le lecteur est projeté dans toutes ces interrogations.

 » La haine pesait beaucoup dans ma balance, l’amour aussi, heureusement, mais la haine hélas, lui avait ôté beaucoup de place. »

En toile de fond, l’auteur ponctue son intrigue de détails historiques nécessaires pour la compréhension du lecteur. J’ai trouvé dommage que le volet historique ne soit pas plus explicite et détaillé. Après les premiers chapitres, elle se concentre sur les sentiments des personnages à leurs dilemmes, ce qui donne au roman une dimension psychologique  plus que thriller, en effet le lecteur se trouve face à la complexité des sentiments humains.

L’entretien entre Julian et Sebastian est une tentative de justification, l’un garde son idéologie et l’autre sa haine.

 » Je luttais pour un monde meilleur. Le monde progresse toujours grâce à un petit groupe d’hommes qui prend les rênes et guide les autres. Le peuple est incapable de savoir ce qu’il veut de lui-même. »

Ce que cache ton nom est un thriller psychologique avec une bonne intrigue. Les changements de point de vue sont intéressants, mais avec trop de répétitions, notamment lors des états d’âme de Julian, avec parfois une impression de manque de je ne sais quoi, comme si l’auteur avait du mal à enchaîner…. Certains passages n’ont rien apporté, que de la lourdeur et sont inutiles à l’ensemble du récit. Les considérations peu importantes sur la grossesse, le tricot, les faiblesses qu’apportent le fait de vieillir, tout cela n’est pas inintéressant, mais répété plusieurs fois, devient lassant.

« La pire, quand on est vieux, est de se retrouver isolé peu à peu et devenir un étranger sur une planète où tout le monde est jeune. »

Pourquoi 480 pages, là où maximum 250 auraient largement suffit et dynamisé  l’intrigue en lui donnant un rythme soutenu, empêchant  le lecteur de s’ennuyer et surtout (une lectrice comme moi) de sauter des passages…

Vu le milieu hostile dans lequel Sandra et Julian baignent et la promesse d’un « thriller aux accents hitchcockiens » annoncée dans le résumé, je m’attendais à un vrai thriller plus dense et plus rythmé… dont l’originalité ressort à la fin somme toute assez déroutante…

« Ma fille pensait que j’étais un vieux fou, un cas désespéré obsédé par un passé qui n’intéressait plus personne et dont il n’oubliait ni un jour, ni un détail, ni un visage, ni un nom, même si c’était un nom allemand long et compliqué, alors qu’il devait souvent faire un gros effort pour se rappeler le titre d’un film. »

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Née à Guadalajara en 1955, elle a passé une partie de son enfance à Valencia, avant de s’établir à Madrid. Diplômée de philologie hispanique, elle a longtemps été enseignante, en même temps qu’elle collaborait à de nombreux média, notamment une émission de télévision consacrée au cinéma, et qu’elle écrivait des préfaces aux œuvres d auteurs étrangers comme Mishima. Elle publie en 1989 son premier roman. Ce que cache ton nom obtient le prix Nadal, l’un des plus prestigieux prix littéraire espagnol.