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Le club des veuves qui aimaient la littérature érotique de Balli Kaur JASWAL

Parution : 3 mai 2018 –  Editions Belfond – Collection : Le cercle – Prix broché : 21€ – Prix Numérique : 14,99€ – Pages : 352 – Genre : Littérature contemporaine – Culture – Traditions – Liberté – Thriller-psychologique – Femmes –

Même si le titre prête à sourire, j’avoue que j’étais intriguée ! Et puis j’avais envie de sortir de ma zone de confort et surtout j’aime les livres qui parlent des femmes à travers le monde, donc je n’ai pas hésité une seconde et il a rejoint ma PAL… Même si j’ai mis quelques mois avant de l’en sortir…

Sous couvert d’une histoire banale, l’auteur aborde des sujets forts et engagés. Même si le féminisme est très présent, la communauté visée est assez méconnue pour que cela soit une révélation et une découverte de mœurs différentes de celles que nous connaissons en Europe.

Une communauté indienne, à Londres, qui oscille donc entre modernisme et tradition… Quelle place ont ces femmes qui vivent dans une communauté traditionnelle et rétrograde où elles n’ont que très peu d’espace d’expression ? Pour peu que l’on s’intéresse aux différentes cultures, on s’aperçoit vite que le schéma reste identique sur beaucoup d’aspects et cela quel que soit le coin du globe.

L’auteur, aborde non seulement la place de la femme, mais surtout la place de celle-ci une fois qu’elle est veuve et j’ai trouvé ce parti pris très intéressant. En effet, les femmes ne sont que fille de… Femme de… Mère de… Et cela trouve son pendant dans beaucoup de communauté.

Plusieurs points de vue sont abordés à travers plusieurs personnages, tous aussi bien construits les uns que les autres. On s’attache facilement à ces femmes et on fait également un parallèle avec certaines histoires glanées au gré de nos lectures ou de nos pérégrinations.

L’opposition entre modernisme, avec Nikki, née en Angleterre et ces femmes veuves qui vivent avec leurs traditions est savamment abordée sans jamais tomber dans le voyeurisme, malgré la gravité du sujet, l’humour  est palpable tout en finesse et surtout empreint de réserve.

On se prête à sourire et on se dit qu’en fin de compte, qu’aux quatre coins du monde, les femmes ont le même genre d’humour… Le côté cérébrale n’est jamais loin, alors même que ces femmes, certaines du moins, ne savent ni lire ni écrire… La transmission orale se fait très bien et l’imaginaire fait le reste…

Ces veuves exclues, de la vie, de par leur statut, n’en demeurent pas moins des femmes dont les désirs sont identiques à ceux des femmes « modernes ». Les fantasmes ne sont pas différents, peut-être plus exacerbés de par la frustration à laquelle elles sont imposées…

L’auteur leur accorde une place prépondérante, mais n’en exclue pas pour autant les hommes… Qui pour beaucoup sont dépeints d’une manière lucide avec cette volonté de maintenir les traditions, leur permettant d’avoir toujours la main mise sur une communauté qu’ils ne souhaitent pas voir évoluer…

L’accent est mis sur les injustices faites aux femmes, mais aussi à certains hommes, qui tentent de trouver leur place entre modernisme et tradition. Une histoire qui bouleverse tant elle est criante de vérité.

Une histoire qui va bien au-delà d’un simple club d’écriture, d’alphabétisation…

J’ai retrouvé ces instants de complicité, que j’ai connu enfant, dans un monde de femmes où l’homme n’avait que peu de place. Ces instants où les langues se délient et s’expriment pour parler de ses désirs les plus enfouis… Ces instants qui m’ont fait grandir et m’ont marqué de par la joie qui s’en dégageait. J’ai grandi en Tunisie (même si on ne peut pas comparer la place de la femme) et j’ai souvent vécu des soirées entre femmes et je me suis souvenues de la liberté d’expression de certaines et de ces moments de fous rires, que moi petite fille je ne comprenais pas… Mais qui m’ont construite en partie et m’ont surtout guidé dans certains choix de vie…

Le choix… La femme a-t-elle la possibilité de choisir ? Ou doit-elle provoquer les choses pour choisir sa vie ? On a souvent l’impression que c’est une lutte entre homme et femme… Alors même que cela doit-être un désir de vivre ensemble dans un respect mutuel… Peut-on s’affranchir du  conditionnement de notre éducation ?

Un livre qui semble drôle, qui fait sourire, puisqu’il y a bien quelques passages érotiques, qui aborde des sujets graves, mais surtout des sujets qui nous poussent à réfléchir… Comme quoi les choses passent beaucoup mieux avec l’humour…

Un message fort, sous couvert de légèreté  et d’histoires érotiques, qui met en exergue la place de ces femmes qui deviennent complètement transparentes, une fois que le mari a disparu. Une lecture tout en profondeur, avec un vrai sujet de société que j’ai beaucoup aimé !

A travers les voix de ces femmes fières, qui assument leur statut et leurs désirs, Nikki trouvera son équilibre entre tradition et modernisme pour enfin suivre sa route.

Balli Kaur Jaswal signe ici son troisième – les deux premiers non publiés en France – qui oscille entre gravité et légèreté, avec une sincérité déconcertante elle dépeint les femmes tiraillées entre traditions et désirs.

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Née à Singapour, Balli Kaur Jaswal a passé sa vie entre le Japon, la Russie, les États-Unis et l’Europe. Diplômée de plusieurs ateliers de creative writing, ses deux premiers romans – non publiés en France – ont remporté un joli succès critique lors de leur publication en Australie et à Singapour.

 

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Toutes blessent le dernière tue de Karine Giebel

Parution : 29 mars 2018 – Editions BelfondPrix broché : 21,90€ – Prix Numérique : 14,99€ – Pages : 744 – Genre : Thriller-psychologique

Plonger dans un pavé est un vrai plaisir pour moi ! Oui je suis fana de ces pavés qui font peur… Plus le truc est gros (je vous vois venir ! Rien de sexuel…) plus je m’éclate ! Bref, ce n’est donc pas le nombre de page qui me freine… Mais qui dit gros pavé, dit que je suis plus exigeante dans la lecture. Il faut que l’auteur arrive à m’accrocher et surtout ne pas me perdre en route. J’ai déjà eu le plaisir de découvrir la plume de l’auteur, avec « Juste une ombre » et sur quelques nouvelles, j’attendais donc beaucoup de cette lecture… Pour autant, c’est en demi-teinte que je termine ce livre.Une lecture qui a mis du temps à se digérer… Une lecture dont le sujet touche, mais une lecture aux parties inégales.

Karine Giebel, nous embarque dans une intrigue touchante, avec sujet principal l’esclavage moderne. Et même si cela semble tout droit sorti de l’imagination de l’auteur, on sait malheureusement que l’horreur existe.

La première partie campe l’intrigue et Tama, personnage principal est décrite avec empathie. Sa vie est un calvaire et ce qu’elle vit est le summum de la noirceur dont l’être humain est capable. Le sujet est grave et touche à la corde sensible du lecteur.

Je me suis même demandée, si ce n’était pas le parti pris de l’auteur… A la sortie du livre, j’ai eu la sensation que plusieurs livres traitaient du sujet… Je venais de lire « dans la cave » de Minette Walters… Peut-être un trop plein d’émotions… Je ne sais pas, mais toujours est-il que dans l’ensemble, je suis passée à côté !

J’ai survolé des passages entiers, car même si les descriptions sont importantes et parfois riches de surprises, j’ai trouvé ici que certaines étaient superflues et l’ennui m’a guetté à plusieurs reprises !

Dans la première partie, l’auteur arrive à jouer avec nos nerfs et quelques passages font repartir l’intrigue, mais entre temps, j’ai réussi à perdre le fil, sans surprise, l’auteur dévoilant trop ses cartes…

Je ne me suis pas sentie embarquée… Plus je tournais les pages et plus je me sentais perdue… Je sais que le sujet est grave, mais pourquoi l’auteur a-t-elle pris le parti de trop en faire ? Pourquoi autant de violence… Une violence gratuite, dans la seconde partie… Avec Gabriel… Même si on sait qu’une victime a du mal à sortir de ce cercle infernal… Mais pourquoi ne pas dénoncer l’esclavage d’une manière plus subtile.

Pourquoi retourner la situation et faire de Tama un personnage aussi naïf ? Je n’ai pas compris, j’ai longtemps cherché la réponse… Et j’ai arrêté de chercher… La romance qui a pointé son nez va supplanter l’intrigue et me vriller les neurones ! Encore une fois, l’auteur m’a perdu… Même si le parallèle entre les deux parties a une raisonnance entre esclavage et amour toxique, cela ne l’a pas fait et l’auteur s’est fourvoyée…

Je n’ai eu aucune surprise avec ce final prévisible…

Une déception et j’en suis la première navrée… J’attendais beaucoup de ce livre, qui pourtant est très dur, sans concession et d’une rare cruauté, mais le tout est balayé par cette déception et cette sensation d’avoir tourné en rond sur plus de 700 pages…

En bref, une lecture que je vais vite oublier…

Je remercie les éditions Belfond pour leur confiance réitérée

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Iboga de Christian Blanchard

Parution : 25 janvier 2018 –  Editions Belfond Prix broché :  19€ – Prix Numérique : 12,99€ – Pages :304 – Genre : Polar-Thriller

Dix-sept ans ! Suffisamment grand pour tuer donc assez vieux pour mourir…

Avec cette intrigue qui tourne autour de Jefferson Petitbois, dernier homme condamné à mort, gracié quelques mois après et dont la peine est commuée en réclusion à perpétuité…

Tout au long des pages, le lecteur est invité à suivre Jefferson, mais peu à peu il va se retrouver enfermé entre les murs glauques, froid et sans humanité… Attention, on ne va pas lui trouver d’excuses, il est là pour une bonne raison et il paie pour les crimes qu’il a commis.

Le monde carcéral est présenté dans ce qu’il a de plus rude et de plus dur sur quelques décennies avec les matons, leurs points de vus et ils ne sont pas tendres… Enfin il ne sont pas là pour ça ! Certains sont abjects, d’autres sont humains mais gardent une distance salvatrice… Mais parfois certains voient autre chose qu’un meurtrier derrière un numéro… Tentent de percevoir l’être humain et de comprendre…

En lui tendant la main, un des surveillants va le ramener vers l’humanité, vers l’espoir non pas de sortie, mais une sorte de rédemption… Une psy va tenter de le faire parler, pour qu’il prenne conscience de ses actes et pourquoi pas avoir l’espoir de sortir… Même si la sortie, il n’y croit pas trop, Jefferson se laisse guider et va peu à peu redécouvrir son humanité et tenter de comprendre ce qui a pu se passer… Ce qui l’a poussé au crime…

La vie te donne parfois un jeu de cartes avec des dés pipés dès le départ… Et pourtant il suffirait de tomber sur une seule personne qui tende la main, pour que les choses soient différentes….

Jefferson n’a pas eu la chance de tomber sur la bonne… Sa rencontre avec Max, qui va être comme un père pour lui, va le faire basculer en lui donnant goût à l’iboga, une drogue puissante, qu’il utilise dans le rituel Bwiti , mais il va mais surtout, lui apprendre à tuer…

L’auteur opère un savant dosage entre une alternance de passages sur la vie, les réflexions de Jefferson, la vie qui s’écoule lentement et un retour en arrière, avant son arrestation et là on prend une grande bouffée d’air histoire de ne pas terminer laminé par les révélations…

On oscille entre empathie et dégoût pour cette homme enfermé entre ces murs, mais on découvre aussi un homme enfermé dans les murs de sa vie… Les crimes sont peu à peu dévoilés, au rythme de l’introspection de Jefferson, les descriptions sont horribles et diablement réalistes. Une violence omniprésente, que ce soit des gardiens ou dans les souvenirs de cette vie jalonnée de rejets, de haine…

La description du milieu carcéral est tellement bien décrite que tout est visuel et palpable, aussi bien les sensations de froid d’humidité que la douleur…

L’évolution du personnage au fil des années est saisissante, l’introspection, l’analyse qu’il accepte de faire, vont le faire évoluer en lui permettant d’accepter certaines choses. L’auteur lui permet tout autant de prendre son envol que de se faire pardonner, une manière aussi de se pardonner à lui-même et de prendre conscience de ses actes…

Auteur de thrillers et romans noirs. Il a été inspecteur, conseiller en formation, proviseur adjoint d’un lycée professionnel. En 2004, il démissionne de l’Éducation nationale pour crée une petite maison d’édition : Les éditions du Barbu, fermée en décembre 2011.  Désormais il se consacre à temps plein à l’écriture. Il est l’auteur de « Parasite » (2012, sélectionné pour le prix intramuros), « Les loups gris » (2013), « Curriculum Vitae » (finaliste du prix du polar francophone de Cognac 2014), « Pulsions salines » (finaliste du prix du polar francophone de Cognac 2015) et « L’Immortelle qui pleurait les morts », parus aux éditions du Palémon. « La salamandre de Kerpape » (2014) est paru aux Éditions Chemin Faisant.

 

D’ombre et de silence de Karine GIEBEL

Parution : 19 octobre 2017-  Editions Belfond – Prix papier :  16€ – Prix Numérique : 10,99€ – Pages : 288 – Genre : Thriller

Le dernier opus de Karine Giebel, réunit huit textes, aussi sombres les uns que les autres. Si vous cherchez une lecture gaie, passez votre chemin, ce n’est pas du tout le genre de l’auteur. Ses personnages sont torturés, sombres, meurtris

  • Aleyna : nouvelle parue dans 13 à table 2016. Quand les traditions s’invitent dans la vie d’une jeune fille qui décide de s’enfuir pour éviter un mariage forcé, malheureusement tout ne se passe pas comme prévue… La fin est bouleversante, prévisible, mais j’ai apprécié la plume de l’auteur, simple, fluide avec des changements de point de vu selon les protagonistes, très intéressant.

  • Aurore : lors de la réédition de son 1er roman Terminus Elicius, fin 2016, cette nouvelle inédite est également publiée. Une sœur et un frère, les relations compliquées à l’adolescence. Les insultes, les moqueries, ce drame… Cette nouvelle nous entraine dans l’esprit d’un adolescent tourmenté. Le sujet a déjà été traité à plusieurs reprises, mais l’émotion que l’auteur arrive à faire dégager en quelques pages est très intense et reflète ce que traverse beaucoup d’ados. Les secrets, les non dits peuvent parfois conduire à l’irréparable…

  • Ce que les blessures laissent au fond des yeux : nouvelle inédite. Delphine vit avec son fils dans un immeuble dont le propriétaire est un marchand de sommeil qui se fait de l’argent sur le dos des locataires qui ne peuvent que payer le prix fort pour un logement vétuste. Quasiment tous les locataires sont en situation irrégulière…
    Delphine, a beau avoir un deux pièces, elle en paye une partie en espèce et l’autre en nature une fois par semaine… Quand son amie Kilia perd son travail et risque de se retrouver à la rue, Delphine décide de payer aussi le loyer de son amie mais à quel prix?
    Une histoire d’amitié, de malheurs, glauque, triste, avec des personnages tellement réels qu’on se demande si l’auteur n’a pas retracé un fait divers… Une histoire très touchante sur l’amitié et ce que l’on est prêt à faire pour protéger ceux que l’on aime…

  • J’ai appris le silence : nouvelle parue dans 13 à table 2017. Un homme kidnappe une femme, l’emmène dans un lieu isolé, pour l’enfermer, avec neuf autres personnes à l’intérieur d’une cage. Le lendemain, le ravisseur leur explique le pourquoi de leur présence. Il y a vingt-cinq ans, jour pour jour, toutes ces personnes l’avaient condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre d’une jeune fille, alors qu’il clamait son innocence. Aujourd’hui, il a décidé de leur faire payer. L’auteur pousse à son paroxysme l’horreur et entraine son lecteur dans une nouvelle intense.

  • L’ été se meurt : nouvelle inédite. Une histoire d’obsession qui tourne mal…

  • L’homme en noir : nouvelle parue dans l’anthologie Irradié « Les auteurs du noir », 2014. Une nouvelle que j’ai beaucoup apprécié. La mémoire nous joue parfois des tours… Et surtout notre cerveau occulte parfois ce que nous percevons comme un choc… Un choc qui fait bugguer le cerveau, pour nous permettre d’avancer et de vivre… Mais parfois l’horreur n’est pas loin…

  • L’intérieur : nouvelle parue dans l’anthologie Crimes au musée en juin 2017. Virginie assistante de direction dans un musée, se fait violer par son patron. Depuis le début de son CDD le harcèlement est présent et l’auteur nous entraine dans la descente en enfers de Virginie suite aux viols répétés. Virginie est confronté à des choix qu’elle ne peut pas faire, perdre son emploi serait catastrophique pour sa famille… L’auteur décrit avec talent le lien mère-fils… Avec des sentiments très profonds

  • Le printemps de Juliette : nouvelle inédite. L’amour d’un homme pour la femme avec qui il vit depuis 40 ans et qui est sur le point de mourir… La peur de vivre sans l’autre. Une histoire touchante et tellement réelle.

Les nouvelles sont très bien construites et démontrent le talent de l’auteur pour les histoires sombres et les personnages torturés.

Sur les 8 nouvelles, 5 sont déjà parues et 3 sont inédites. Pour moi les 8 sont des découvertes, mais pour les lecteurs fans de l’auteur, je pense que cela risque de les décevoir…

Merci aux éditions Belfond pour ce service-presse avec lequel j’ai passé un excellent moment, malgré des nouvelles de différente construction.

Karine Giebel est née en 1971, dans le Var. Après des études de droit et l’obtention d’une licence, elle cumule de nombreux emplois dont celui de surveillante d’externat, pigiste et photographe pour un petit journal local, saisonnière pour un Parc National ou encore équipier chez McDonald. Elle est actuellement juriste dans la fonction publique territoriale et s’occupe des marchés publics au sein d’une communauté d’agglomération. Elle publie ses deux premiers romans dans la collection « Rail noir » aux éditions La Vie du Rail en 2004 et 2006. Elle poursuit son aventure éditoriale chez Fleuve noir et chez Pocket.

Challenge polar 2017-2018          –          ABC 2017 _ Policier / Thriller

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