Parution : 18 janvier 2018 – Éditeur : Taurnada – Prix papier : 9,90€ – Prix Numérique : 5,99€ – Pages : 260 – Genre : Thriller- historique

J’ai déjà eu le plaisir de découvrir la plume d’Estelle Tharreau avec l’impasse et j’ai été très heureuse de pouvoir me plonger dans son thriller-historique. Une plume toujours aussi sombre qui porte une intrigue avec en toile de fond une vérité historique dont on parle peu.

Même si nous sommes dans une fiction, le fait d’ancrer ses personnages dans ces évènements historiques, apporte un nouveau regard sur ce qu’un pan de notre passé peu glorieux, tente de cacher.

Estelle Tharreau met sa plume au service de ces oubliées de la seconde guerre mondiale, car rien n’est soit blanc ou noir, plusieurs nuances de gris sont toujours là pour apporter un éclairage différent et enfin mettre en exergue certains points que beaucoup souhaiteraient occulter…

Les personnages servent une intrigue très bien ficelée, dans un petit village théâtre des drames humains. L’amour, la haine, la peur, la trahison, sont des sentiments encore prégnants plus de quarante ans après les évènements, car personne n’a oublié et les souvenirs vivaces ne vont faire que raviver ces sentiments au service de faits historiques.

Pourtant, les non-dits trouvent toujours le chemin de nos cœurs.

Estelle Tharreau créée des personnages de fiction avec une résonance sensible et profonde où l’humanité prend tout son sens. Car c’est bien de cela dont elle nous parle ! L’humanité dans tout ce qu’elle peut avoir de cruelle mais surtout de beauté, de bonté et le futur est nécessairement imprégné par les empreintes profondes de notre passé.

Mais ses personnages ne sont pas seulement des êtres humains, en effet les lieux sont profondément visuels campant un rôle à part entière. Le Mont-Eloi ressemble à tout ces villages où chaque habitant participe à la vie de l’autre. Tout se sait, mais rien ne se divulgue… Rien ne doit transpirer des horreurs faites. Un peu comme dans une famille où chacun fait semblant de ne pas savoir…

Tout un village connaissait les faits, tout un village a participé aux horreurs, mais surtout chaque habitant à choisi de se taire afin d’enfouir ce secret… Un secret honteux… Mais qui va meurtrir les concernés une fois divulgué.

Un roman sur les choix de vie, sur les non-dits mais surtout un roman qui montre que malgré les horreurs de la guerre, l’être humain reste un humain et ne peut échapper à ses sentiments. Des sentiments exploités avec brio et portés par une plume d’une grande humanité malgré la noirceur qui les imprègnent.

Les années n’effacent pas les faits et le temps qui passe ne fait peut-être que mettre en évidence une réalité encore présente…

« Tous, hommes, femmes et enfants présents avaient péri. Elsa se perdait dans cette vision d’horreur. Elle gravait dans sa mémoire ces quelques ares de forêt qui, des années après, respiraient encore la souffrance et la mort. »

Merci à Joël pour cette lecture et pour la confiance qu’il m’accorde.

Passionnée de littérature depuis l’adolescence, Estelle Tharreau parcourt les genres, les époques et les pays au fil des auteurs qu’elle rencontre. De cet amour de la littérature est née l’envie d’écrire. Ayant travaillé dans le secteur public et privé, elle vit actuellement en Franche-Comté où elle partage son temps entre sa famille et l’écriture.

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317PrzfRzVLAuteur : Odehia Nadaco
Date de parution : 06/2016
Pages  : 414
Prix : 15,72€

Deux amis d’enfance unis par un pacte de vérité. Un drame qui va chambouler leurs vies. La difficulté de concilier recherche de la vérité et nécessité d’oublier. Michael Stark et Hilton HdB sont liés par un pacte d’amitié : aucun mensonge, ne rien se cacher. Quand un drame survient qui remet tout en question. Comment continuer à vivre, rechercher la vérité et protéger l’autre de sa propre incapacité à accepter ? La relation complexe entre Hilton et Knysna viendra rapidement troubler la recherche d’une réponse, ramenant de vieux démons, mettant en péril un équilibre difficilement construit.

 ********   Avis   ********

Un premier roman qui n’a rien à envier aux grands noms du polar!

L’auteur nous plonge directement dans son récit, sans fioriture ni langue de bois, l’horreur dès le départ et je me suis dis ok ! ça démarre fort et je n’ai pas été déçue.

Deux histoires s’entrecroisent. Celle de cet évènement majeur qui sera le fil conducteur tout au long de son roman et la relation de Hil avec Knysna…

Je me suis beaucoup plus attachée à la première, même si par moment l’auteur laisse entrevoir une relation entre les deux, ce n’est qu’à la toute fin que l’on comprend la relation…. ou non relation…

« comme si le ciel pleurait les larmes que personne ne versait »

Des moments très forts, une descente aux enfers d’un des personnages et le rôle plus observateur de son ami, même si celui-ci tente à plusieurs reprises de prendre une place plus importante. Sa place d’ami en retrait, mais observateur, qui sait se manifester au bon moment, car le seul qui en fin de compte aime ce personnage torturé et tente de le ramener vers la lumière, vers la vie…

La douleur liée au drame est vraiment palpable et devient de plus lourde et on sent que le final sera à la hauteur. Je me suis perdue dans plusieurs suppositions, preuve que l’auteur sait amener son sujet et le manie avec art.

Les relations que le personnage principal entretien avec sa famille est jouissif d’horreur et cette famille riche dominée par une mère hautaine et haïssable ne peut que devenir antipathique et nous rendre sympathique cet être meurtri par l’absence d’amour et d’attention…

« Les larmes montaient aux yeux de l’embourgeoisée. Difficile de se faire rejeter dans un moment où tout son être est à vif. Et il ne connaissait que trop bien ce sentiment : elle avait toujours très bien su le lui faire ressentir. L’espace d’un instant, il faillit se sentir minable de lui faire ça. Pourquoi reproduire le mal quand on sait ce qu’est la douleur ? Mais pour elle… Il fallait couper court à cette conversation au plus vite, et pour toujours. Il allait lui en donner pour son déplacement. »

Knysna, qui donne son prénom à ce roman est mystérieuse et se laisse désirer au point de la haïr par moment, pour enfin devenir sympathique lorsque l’on comprend la manipulation dont elle a fait l’objet….

De très bons points positifs, malgré quelques répétitions et un titre que je n’ai pas trouvé approprié, j’aurais plus pensé à « une lente descente aux enfers… » ce roman n’a rien à envier aux bons polars qui jalonnent les rayons.

Une dégustation pour une première et une plume qui ne pourra que s’améliorer et nous pondre de bons futurs polars.

 

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41W+pMrELfLAuteur : Joseph Kessel
Éditeur : Pocket
Date de parution : 1943
Pages  : 253
Prix : 5,40€

C’est à Londres, en 1943, que joseph Kessel, conteur inégalable et premier chroniqueur de notre temps, a écrit « L’armée des ombres », qui n’est pas seulement l’un de ses chefs-d’oeuvre mais le roman-symbole de la Résistance que l’auteur présente ainsi : « La France n’a plus de pain, de vin, de feu. Mais surtout elle n’a plus de lois. La désobéissance civique, la rébellion individuelle ou organisée sont devenues devoirs envers la patrie […]  Jamais la France n’a fait guerre plus haute et plus belle que celles des caves où s’impriment ses journaux libres, des terrains nocturnes et des criques secrètes où elle reçoit ses amis libres et d’où partent ses enfants libres, des cellules de torture où malgré les tenailles, les épingles rougies au feu et les os broyés, des Français meurent en hommes libres. Tout ce qu’on va lire ici a été vécu par des gens de France. »

 ********   Avis   ********

Pas fioritures, on entre directement dans le vif du sujet avec ce livre écrit en 1943, dont l’auteur a modifié les faits (les lieux, les noms) afin que personne ne soit reconnu par les allemands, la France étant toujours occupée.

Avec émotion et authenticité, il retrace, en partie, les années noires de la France sous l’occupation allemande, où des hommes et des femmes choisissent la résistance, une liberté dans l’ombre plutôt qu’une vie d’esclave, on imagine très bien la vie terrifiante des protagonistes, qui dans les premières heures furent considérés comme des terroristes par beaucoup de français…

Des hommes et des femmes ordinaires dans des circonstances extraordinaires, nous donnent des leçons de bravoure, d’abnégation, de don de soi.

 » Dernière invention des questionneurs de la Gestapo.
On fait tourner une fraise de dentiste dans la gencive jusqu’à ce que la molette attaque l’os de la mâchoire. »

5 hommes sur 300. C’est le nombre de survivants dans le groupe de résistants suivi par Kessel au bout de quelques mois d’activité. 3 mois. L’espérance de vie d’un nouvel engagé.

Un livre qui colle à l’âme, impossible à oublier, chargé d’espoir.

« Je préfère, Monsieur, une France rouge à une France qui rougisse »

Aurais-je été meilleure ou pire que ces gens si…. ?

 » Nous sommes portés par des milliers et sans doute par des millions d’hommes. […] Personne ici n’a d’orgueil ni même le sentiment de la puissance. Nous savons que nos soldats changent cent fois de nom et qu’ils ne possèdent ni abri ni visage. Ils vont en secret dans des chaussures informes sur des chemins sans soleil et sans gloire. Nous savons que notre armée est famélique et pure. Qu’elle est une armée d’ombres. L’armée miraculeuse de l’amour et du malheur. Et j’ai pris conscience ici que nous étions seulement les ombres de ces ombres et le reflet de cet amour et de ce malheur. « 

Adapté au cinéma en 1969, par Jean-Pierre Melville, qui mêle ses souvenirs d’ancien résistant à ceux de Kessel, le film joue sur les silences et les regards, la scène de l’exécution du traître est aussi impressionnante que chez Kessel, voir peut-être même plus.

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 ******** Bio de l’auteur ********

Fils de Samuel Kessel, médecin juif d’origine lithuanienne qui vint passer son doctorat à Montpellier, puis partit exercer en Amérique du Sud, Joseph Kessel vécut en Argentine ses toutes premières années, pour être emmené ensuite de l’autre côté de la planète, à Orenbourg, sur l’Oural, où ses parents résidèrent de 1905 à 1908, avant de revenir s’installer en France.
Il fit ses études secondaires au lycée Masséna, à Nice, puis au lycée Louis-le-Grand, à Paris.
Infirmier brancardier durant quelques mois en 1914, il obtint en 1915 sa licence de lettres et se trouva engagé, à dix-sept ans, au Journal des Débats, dans le service de politique étrangère.
Ainsi, quand le conflit s’acheva et que Kessel, dès qu’il eut atteint sa majorité, demanda la nationalité française, il portait la croix de guerre, la médaille militaire, et il avait déjà fait deux fois le tour du monde.
Son premier ouvrage, La Steppe rouge était un recueil de nouvelles sur la révolution bolchevique. Après L’Équipage (1923), qui faisait entrer l’aviation dans la littérature, il publia Mary de Cork, Les Captifs (grand prix du roman de l’Académie française en 1926), Nuits de princes, Les Cœurs purs, Belle de jour, Le Coup de grâce, Fortune carrée (qui était la version romanesque de son reportage Marché d’esclaves), Les Enfants de la chance, La passante du Sans-souci, ainsi qu’une très belle biographie de Mermoz, l’aviateur héroïque qui avait été son ami. Tous ces titres connurent, en leur temps, la célébrité.
Correspondant de guerre en 1939-40, il rejoignit après la défaite la Résistance (réseau Carte), avec son neveu Maurice Druon. En mai 1943, les deux hommes composaient les paroles du « Chant des Partisans », voué à devenir le chant de ralliement de la Résistance.
Entre-temps, il avait publié un long roman en trois volumes, Le Tour du malheur, ainsi que Les Amants du Tage, La Vallée des Rubis, Le Lion, Tous n’étaient pas des anges, et il ferait revivre, sous le titre Témoin parmi les hommes, les heures marquantes de son existence de journaliste.