Vous ne rentrez pas dans le moule ? Ils sauront vous broyer. Inexorables, les conséquences des mauvais choix d’un père. Inexorable, le combat d’une mère pour protéger son fils. Inexorable, le soupçon qui vous désigne comme l’éternel coupable.
Inexorable, la volonté de briser enfin l’engrenage… Ils graissent les rouages de la société avec les larmes de nos enfants. 

Parution : 11 octobre 2018 – Éditeur : Robert Laffont – Collection : La bête noirePrix papier : 20€ – Prix poche : 7,50€ – Prix numérique : 8,99€ – Pages : 384 – Genre : thriller-psychologique, thriller

Je n’ai lu que Miettes de sang et j’avais apprécié. J’étais donc très content de pouvoir découvrir son dernier opus qui, était attendu comme LE livre à découvrir au moment de sa sortie.

Je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé, je m’attendais à lire un bon thriller, or l’auteure nous livre un roman plus sociétal. Ce qui n’est pas pour me déplaire, puisque je suis férue de ce genre.

Avec inexorable, l’auteure aborde le poids de la société, le regard de l’autre, ces foutues cases dans lesquelles nous sommes catalogués. En tant qu’adulte, on s’en défend, pourtant notre société est imprégnée de différents catalogues : tu es gros, donc tu manges trop, tu es maigre donc tu es anorexique… Tu n’es pas efficace au boulot, tu es un fainéant… Tu es bordélique, c’est le reflet de ta vie chaotique… Tu es mauvais à l’école, tu es un cancre… Tu laisses ton gamin hurler dans les rayons du supermarché, tu es un mauvais parent et on te regarde de travers… Tu claques ton fils sur la fesse, parce que tu n’en peux plus de ses caprices, alors que tu lui as déjà demandé mille fois d’arrêter… Tu es un parent maltraitant et ton enfant est battu…. Tu portes une mini-jupe, tu es une pute… Tu vas en boite, entre filles, tu cherches à te faire baiser… Tu dis non, mais lui a décidé que oui… Tu l’as cherché… Tu es seule avec deux gosses avec un SMIC, il ne fallait pas divorcer…

Je pourrais continuer longtemps à égrener les exemples.

Quoi que l’on fasse nous sommes jugés…

Claire Favan aborde cette thématique à travers l’école et le corps enseignant. Même si je reconnais que cela existe et va impacter la vie, non seulement scolaire, mais aussi l’image de soi. Je regrette que cela n’ait été qu’un dossier à charge. Tout me laisse croire que cette histoire est beaucoup plus personnelle qu’un simple thriller.

Et même si je suis en partie d’accord sur le fond, la forme n’a pas trouvée en moi cette empathie dont le sujet aurait pu se prévaloir.

Je pense sincèrement que l’auteure y a mis ses tripes, mais malheureusement elle n’a pas réussie à prendre le recul nécessaire dans la construction de ses personnages. Pourtant, elle arrive à décrire cette Inexorable spirale de l’enfer.

Une biographie déguisée avec le préambule, qui surprend et qui donne le ton. Un livre qui ne m’a pas convaincu et dont je regrette le parti-pris. La société peut nous broyer, c’est certain, mais je suis persuadée de la bonne volonté de beaucoup. Ce que l’auteure n’arrive malheureusement pas à mettre en exergue.

Ce livre a été lu en partenariat avec la maison d’édition. Pour en savoir plus sur les conditions vous pouvez consulter la page Partenariats

Née à Paris en 1976, Claire Favan travaille dans la finance et écrit sur son temps libre. Son premier thriller, Le Tueur intime, a reçu le Prix VSD du Polar 2010, le Prix Sang pour Sang Polar en 2011 et la Plume d’or 2014 catégorie nouvelle plume sur le site Plume Libre. Son second volet, Le Tueur de l’ombre, clôt ce diptyque désormais culte centré sur le tueur en série Will Edwards. Après les succès remarqués d’Apnée noire et de Miettes de sang, Claire Favan a durablement marqué les esprits avec Serre-moi fort, Prix Griffe noire du meilleur polar français 2016, et Dompteur d’anges. Son dernier roman, Inexorable, marque un tournant plus intimiste, en mettant en scène un enfant broyé par la société.

Lu dans le cadre du challenge Polar et Thriller 2019-2020

Une jeune femme met fin à ses jours à Paris, dans le XVIII° arrondissement.
Un homme est retrouvé noyé sur une plage, à Saint-Jean Cap Ferrat, sans que personne soit en mesure de l’identifier : le séjour en mer l’a défiguré, et l’extrémité de chacun de ses doigts a été brûlée.
Quel lien unit ces deux affaires ? Qui a pris tant de soin à préserver l’anonymat du noyé, et pour quelles raisons ? Qu’est-ce qui peut pousser un homme ou une femme à vouloir disparaître ?

Parution : 8 janvier 2019 – Éditeur : Grasset – Prix papier : 18€ – Prix numérique : 12,99€ – Pages : 216 – Genre : thriller-psychologique, thriller

Certains livres nous interpellent dès le titre… Disparaître… Qui n’a jamais eu cette envie soudaine de tout quitter, de se perdre loin de ce qui pourrit notre vie…

Une construction traditionnelle, aurait voulu que Mathieu Menegaux parte des faits pour en arriver aux conséquences, or, il aborde les choses de manière peu conventionnelle. D’une intrigue classique, à la construction en entonnoir, l’auteur inverse la tendance. Dès le départ, on a les cadavres, dont on ne sait pas grand-chose, mais dont l’auteur détricote les écheveaux au fil des pages, pour peu à peu, mener le lecteur à leur rencontre.

On a cette sensation de deux histoires que rien ne relie, mais on comprend vite que tout va se télescoper.

Avec une plume concise, travaillée, sans être compliquée, l’auteur aborde les sujets importants, ancrés dans la réalité.

Une histoire assez banale dont nous pouvons tous être les témoins. Mais la banalité n’en demeure par moins effrayante. Effrayante de réalisme. La fragilité de l’être humain peut en faire la victime favorite d’un destin peu clément… Le choc de la chute brutale sur l’asphalte de la vie aura le même écho que le choc de ce corps que l’on découvre dès les premières pages.

L’auteur aborde en filigrane les thèmes de la reconnaissance dont chaque être humain quémande des miettes… Le matin, nous sommes au firmament et le soir, on côtoie l’enfer… Même si le burn-out est abordé, je n’ai pas trouvé que c’était la trame principale, c’est une conséquence qui va mener à la chute, mais non le catalyseur. On y décèle aussi les bribes du désastre de la routine dans la vie quotidienne, mais aussi dans le couple, qui peut être fragilisé, malgré l’amour, ce ciment censé nous unir jusqu’à la mort.

Oui la mort… Cette mort lente qui nous mène à notre destruction, parfois irréversible. L’importance du regard des autres, à travers la préservation des apparences.

Je me pose de plus en plus la question de savoir, si en voulant préserver les apparences, nous ne cherchons pas à nous fondre dans la masse, au détriment de nos valeurs et désirs les plus profonds.

Un livre rapide à lire, une lecture intéressante, si on sait lire entre les lignes.

Ce livre a été lu en partenariat avec la maison d’édition et grâce à NetGalley. Pour en savoir plus sur les conditions vous pouvez consulter la page Partenariats

Né en 1967 à Paris. Il travaille aujourd’hui dans un cabinet de conseil en management. Son premier roman, « Je me suis tue », est paru en avril 2015 chez Grasset. Il a été récompensé aux Journées du Livre de Sablet, et a reçu 5 autres prix littéraires. « Un fils parfait », publié en 2017, a reçu le Prix Claude Chabrol du roman noir, et a été porté à l’écran sous le titre « Un homme parfait », diffusé sur France 2 en mars 2019. « Est-ce ainsi que les hommes jugent ? », son troisième roman, est sorti chez Grasset en mai 2018, et a reçu le prix Yourcenar.

Lu dans le cadre du challenge Polar et Thriller 2019-2020

Quand l’enfance nous est arrachée, quel humain cela fait-il de nous ? Garder ce qui disparaît, c’est l’œuvre d’une vie. C’est notre enfance. 
Benjaminquejetaime et Julienquejetaime, c’est ainsi que leur mère les appelle. Tous les trois forment une famille tournesol aux visages orientés vers le bonheur. Le destin en décide autrement quand un inconnu pose les yeux sur les jumeaux, se demandant lequel il va choisir. 
Quarante ans plus tard s’ouvre le procès du ravisseur, il n’est pas sur le banc des accusés, et c’est sa victime que l’on juge. Quand l’enfance nous est arrachée, quel humain cela fait-il de nous ?  
De l’Italie – Bari et Venise – au Yucatán et ses rites maya ancestraux se déploie ici l’histoire d’un être dont on ne saura jusqu’au bout s’il a commis l’impardonnable. 
À sa manière frontale et poétique, Isabelle Desesquelles joue avec la frontière mouvante entre la fiction et le réel, et éclaire l’indicible. 
Roman de l’inavouable, UnPur bouscule, envoûte et tire le fil de ce que l’on redoute le plus. 

Parution : 22 août 2019 – Editeur : Belfond – Collection : Pointillés – Prix grand format :  18€ – Prix numérique : 12,99€ – Pages : 224 – Genre : thriller-psychologique, roman noir,

Un roman sombre, mais lumineux à la fois…

Sombre par le sujet qu’il traite, l’enlèvement, la séquestration et le viol d’un gamin… Lumineux, par le message d’espoir, par la lutte que ce petit bout d’homme va mener contre « le gargouilleur » et contre lui-même…

Unpur renvoie à impur, mauvais, immoral, mais il renvoie aussi à pur, qui n’est pas souillé… Et c’est surtout ce sens-là qui se dégage. La souillure de l’homme, peut-elle contaminer cet enfant ? Peut-elle modifier sa pureté ? Plusieurs questions sont posées : comment peut-on survivre en subissant l’horreur ? Quel impact, notre éducation et notre enfance, peuvent avoir sur notre capacité à faire face aux pires horreurs ? L’amour, peut-il nous sauver ?

Chaque être humain a une capacité à encaisser les aléas de la vie. Le malheur n’est pas une destinée.
C’est ce qu’on nomme résilience… Cette capacité qu’ont certains enfants à triompher des différents traumatismes subis.

Avec gravité, mélancolie et détachement, l’auteure expose les faits, mais prête sa voix à Benjamin, Benjamin qui ne cessera de penser aux jours heureux, pour adoucir ses journées et subir. Il subit, se détache, se déconnecte, pour rejoindre Julienquejetaime et sa mère…

Le temps du bonheur est terminé, le temps de l’amour est fini, l’insouciance a laissé place à la peur, la honte…

En quelques pages, Isabelle Desquelles, use d’une plume concise, grave, mais sublime, pour décrire l’horreur. Une plume poétique, tout en sensibilité, pour dépeindre le tragique. Elle est d’une pudeur, qui rend hommage aux enfants, aux familles qui s’interrogent et ne font qu’attendre, avec le fol espoir d’un possible retour… Mais le retour n’est parfois pas possible…

C’est un témoignage rarement livré sur l’innocence perdue, sur la culpabilité d’avoir accepté de subir l’horreur ! Mais comment peut-il en être autrement, petit bout d’homme, du haut de ses 8 ans, ne peut que se résigner à subir… Pourtant, 50 ans plus tard, la honte est toujours présente, elle dévore, au point d’avoir détruit le peu d’innocence qu’il restait…

Comment accepter de vivre après l’horreur, comment accepter de voir du beau, alors que l’horreur colle à la peau…

Disons-le, clairement, peut-on vraiment garder son innocence, quand on a perdu cette petite flamme qui maintient notre innocence au creux de nos entrailles…

Benjaminquejetaime écorché vif, a pour seule compagnie la culpabilité, qui parfois fait plus de dégâts… Pourtant, il refuse son rôle de victime passive, et transforme sa souffrance en rage de vivre… Mais le passé le rattrape…

Le tragique côtoie la beauté avec une fulgurance déconcertante !

C’est le premier livre d’Isabelle Desquelle que je lis et ce ne sera certainement pas le dernier, tellement j’ai été bouleversée !

Ce livre a été lu en partenariat avec la maison d’édition et grâce à NetGalley. Pour en savoir plus sur les conditions vous pouvez consulter la page Partenariats

Isabelle Desesquelles a commencé sa carrière dans le cinéma et la télévision (communication – production) avant d’ouvrir  une librairie à Paris dans le 6e arrondissement, puis de diriger une grande enseigne de la librairie toulousaine dans les années 2000. Elle publie son premier roman Je me souviens  chez Julliard en 2004. Suivent ensuite des romans, notamment La mer l’emportera chez Flammarion et Un homme perdu chez Naïve, qui creusent l’univers des relations familiales complexes, de la place des disparus, et la question des origines. Un récit, Fahrenheit 2010 interroge le monde de la librairie indépendante et des chaînes de distribution. Son roman, Je voudrais que la nuit me prenne est sélectionnée pour le prix Femina 2018 et remporte finalement le prix Femina des lycéens.

Lu dans le cadre du challenge Polar et Thriller 2019-2020

La vie d’Émilienne, c’est le Paradis. Cette ferme isolée, au bout d’un chemin sinueux. C’est là qu’elle élève seule, avec pour uniques ressources son courage et sa terre, ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel. Les saisons se suivent, ils grandissent. Jusqu’à ce que l’adolescence arrive et, avec elle, le premier amour de Blanche, celui qui dévaste tout sur son passage. Il s’appelle Alexandre. Leur couple se forge. Mais la passion que Blanche voue au Paradis la domine tout entière, quand Alexandre, dévoré par son ambition, veut partir en ville, réussir. Alors leurs mondes se déchirent. Et vient la vengeance. Une bête au Paradis est le roman d’une lignée de femmes possédées par leur terre. Un huis clos fiévreux hanté par la folie, le désir et la liberté.

Parution : 21 août 2019 – Éditeur : L’Iconoclaste – Prix grand format :  18€ – Prix numérique : 13,99€ – Pages : 352 – Genre : thriller-psychologique

C’est en découvrant des avis mitigés que j’ai eu envie de découvrir la plume de Cécile Coulon, et j’ai été agréablement surprise.

Une intrigue sombre dans laquelle l’auteure, à travers ses personnages, elle livre un récit d’une rare intensité, malgré une langueur qui peut nous saisir au fil des pages. Mais pas de celle qui est ennuyeuse, non, bien au contraire.

Toute l’intrigue repose sur le postulat que les êtres humains ne sont pas ce qu’ils représentent et autant vous dire qu’elle n’y va pas avec le dos de la cuillère…

Nous avons tous une part sombre en nous…

Le fait de planter le décor dans le milieu rural, lui donne plus de poids. Tout le livre aurait été bien différent en ville…

C’est rugueux, âpre sans fioritures, comme la plume de l’auteure, qui dépeint avec talent et une certaine poésie, la fatalité, le renoncement, mais surtout la passion et la trahison..

Les personnages sont taillés à la serpe à l’image de la dureté de leur vie. C’est beau, c’est humain et intense. De l’amour à la haine, il n’y a qu’un pas et Cécile Coulon l’a franchi pour servir sur un plateau l’humanité dans toute son intensité.

C’est cynique, émouvant et effrayant à la fois !

Ce livre a été a été sorti de mon énorme PAL…

Née en 1990, Cécile Coulon consacre sa thèse de Lettres Modernes au « Sport et à la littérature ». « Le Roi n’a pas sommeil » a obtenu le Prix Mauvais Genres France Culture / Le Nouvel Observateur 2012, et s’est vendu à près de 20 000 exemplaires. Avec « Le Rire du grand blessé », en 2013, elle nous a offert une fable d’anticipation sur la place de la littérature dans notre société. Elle est considérée comme l’une des voix les plus prometteuses de sa génération.

Lu dans le cadre du challenge Polar et Thriller 2019-2020

Devant la chute drastique de la fécondité, la récente dictature théocratique militaire à la tête de la république de Gilead, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d’autres à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire et de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté. Le quotidien glaçant décrit dans ce classique de la littérature anglophone vendu à des millions d’exemplaires à travers le monde nous rappelle combien fragiles sont nos libertés.

 

Parution : 1985 – Editeur : Robert Laffont – Prix grand format :  23,40€ – Prix numérique : 10,99€ – Prix Poche : 11,50€ – Pages : 560 – Genre : dystopie, thriller-psychologique – Traducteur : Sylviane Rué  

Au détour de politiques de plus en plus conservatrices, les femmes sont souvent les premières à subir une réduction de leurs droits les plus élémentaires.

Lorsque ce roman est adapté en série, il devient l’emblème de toute une génération de femmes qui luttent, un emblème politique reconnaissable et qui a certainement mis en exergue, à travers la cape, ce qui avait tendance à être occulté dans le livre.

Les causes ont besoin de symboles et la cape de « la servante écarlate » est devenue celui de la lutte pour les droits des femmes, dans un contexte politique où ces mêmes droits  tendent de plus en plus à être réduits dans certains pays.

La citation de Simone de Beauvoir « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. », n’a jamais été autant d’actualité.

L’auteure imagine une théocratie totalitaire où les femmes sont réduites au simple rôle d’utérus, privées de leur identité, de savoir. Trente ans plus tard, son intrigue aux allures de mise en garde est plus moderne que jamais.

En commençant ma lecture, j’ai eu du mal à me détacher de la Defred de la série, tellement l’actrice est habitée par son rôle, mais je me suis attachée à la Defred de Margaret Atwood, brune, 1,68m, 33 ans…

Servante, entièrement vêtue de rouge à l’exception de ses ailes blanches, symbole de pureté, qui lui encadrent le visage, elle a pour obligation de procréer, pour la République de Gilead.

Le choix du nom de la République : Gilead ou Galaad, n’est pas un choix innocent, de la part de Margaret Atwood. Gilead désigne aussi bien, une communauté, un mont (Le mont Gilead en Caroline du Nord) qu’un canton aux État-Unis. Mais c’est aussi le nom d’un quartier d’une banlieue de Sydney.

Lors d’une interview, l’auteure évoque l’Australie et ces enfants aborigènes volés à leurs parents, pour être placés dans des familles blanches. Il n’y a qu’un pas pour y déceler un parallélisme avec Defred et le fait que sa fille lui a été enlevée.

Dans les textes bibliques, la ville de Gilead est la représentation d’un médicament curatif. Ainsi, nous ne sommes pas loin de l’idéologie du Gilead de la servante écarlate : avoir trouvé « la solution » pour sauver un monde souffrant d’infertilité !

Defred, une femme dont l’identité a été effacée, au point que l’auteure l’occulte complètement. Elle est devenue, la servante de l’homme à qui elle appartient. Defred, détachée de son enveloppe charnelle, n’est plus qu’un ventre. C’est perturbant, pour nous, lecteurs, qui souhaiterions la voir se révolter, réagir au minimum… Pourtant, j’ai trouvé que l’auteure, à travers Defred, dépeignait cette déconnexion psychologique qui se fait lorsque l’on n’accepte pas l’inconcevable. Ce détachement, perturbant pour nous, est révélateur de la qualité de la construction de ce personnage. Le cerveau se met en mode sauvegarde, en mode automatique et même si parfois il y a des soubresauts de retour à la réalité, la réalité est tellement glauque que Defred préfère survivre à côté de ses pompes. Alors, oui elle accepte sa condition… Mais a-t-elle réellement le choix dans cette société où chaque femme a un rôle bien précis, codifié à outrance, avec les Marthas, qui sont chargées de l’entretien du domicile des élites, les Econofemmes et les femmes de commandants. Aucune n’a le choix.

Les vêtements et les couleurs sont le reflet de la hiérarchie sociale. Une tenue ainsi qu’une couleur assignée aux femmes, est d’ailleurs un symbolisme que l’on trouve fréquemment dans l’Histoire. Il n’y pas si longtemps, l’origine sociale était reconnaissable aux vêtements que les gens portaient. L’étoile jaune, en est l’exemple le plus récent…

Une des symboliques les plus fines et qui peuvent passer à la trappe, car pas explicitée, est bien celle des vêtements portés par les femmes de Gilead,  large dérivés de l’iconographie religieuse…

  • Les épouses avec le bleu, symbole de la pureté de la Vierge Marie.
  • Les Servantes avec ce rouge, qui peut avoir plusieurs symboliques, mais celle qui m’a le plus sauté aux yeux est celle des peintures de Marie-Madeleine sur certains tableaux. La romancière a d’ailleurs évoqué cet aspect : « le rouge est la croix … Le rouge est le sang », référence à la théocratie d’un côté et l’accouchement de l’autre…
  • Les épouses des hommes pauvres, les « éconofemmes« , portent des vêtements à rayures.

Ce livre qualifié de féministe, que ce soit par les lecteurs, les mouvements féministes et disons-le clairement les community manager, n’a rien de féministe ! Les mouvements féministes ont tendance à montrer la femme comme un être fragile, qu’il faut protéger, qui doit se battre, qui est victime… Je ne suis pas une victime ! Les femmes sont avant tout des êtres humains avec des défauts, des qualités. Chacune des femmes de Margaret Atwood, a un caractère propre avec le comportement qui va avec. Chacune vient enrichir le récit.

Les hommes ne sont pas tous représentés comme étant des monstres. Chaque homme est tributaire du groupe et de l’organisation. Ils sont aussi victimes de cette théocratie, un homme n’en fait pas partie de l’élite, il ne pourra avoir une femme, il doit démontrer, par ses actes qu’il en est digne. L’élite décide… Donc la position sociale a une importance capitale dans la conception de ce bouquin ! Je n’ai rien vu de féministe dans le fait qu’un homme, soit écarté de la possibilité d’avoir une femme s’il n’est pas jugé digne… La seule différence dans le traitement, homme-femme, est que la femme est, de par sa condition, discriminée, alors que l’homme, l’est par sa condition sociale. Et c’est là où réside la nuance…

Le roman de Margaret Atwood est un condensé des symbolismes divers. Elle arrive à en produire un savant mélange, parfois déroutant, comme si elle avait mis des petits papiers dans un bocal et tiré au sort au fur et à mesure ce dont elle voulait parler.  Je ne m’imaginais pas retrouver dans ces pages autant de références historiques. J’aime beaucoup ce genre de procédé, qui démontre le talent de l’auteure.

C’est une lecture qui se mérite, la densité du propos, des symboles et la construction, en font un chef d’œuvre littéraire intemporelle. Si vous cherchez de la légèreté, passez votre chemin…

Je m’interroge… Quel est le plus déshonorant, considérer les femmes comme de simples reproductrices, ou les considérer comme objets sexuels…

Ce livre a été a été sorti de mon énorme PAL…

Atwood-Margaret-crédits-Jean-Malek-2014-224x300Margaret Atwood est l’une des romancières et poétesses les plus importantes du Canada. Née à Ottawa en 1939, elle a écrit une quinzaine de romans, autant de recueils de poésie et une dizaine de nouvelles, d’essais et de livres pour enfants. Déjà connue dans les années 1970, elle est revenue sur le devant de la scène en 2017 grâce à la série La Servante écarlate (The Handmaid’s Tale), adaptée de son roman homonyme de 1985.

Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois  et du challenge Polar et Thriller 2019-2020

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Parution : 3 octobre 2019 – Editeur : Robert Laffont – Collection : La bête noirePrix papier :  21€ – Prix numérique : 14,99€ – Pages : 448 – Genre : polar, thriller-psychologique, suspense

J’ai été ravie de retrouver le dernier opus de Daniel Cole, dont le titre en anglais est révélateur de la direction que souhaite prendre l’auteur : « Endgame »… « Fin de jeu »

Un titre à double sens, qui permet à la fois de clore la trilogie, mais surtout de voir le grand retour de Wolf, inspecteur emblématique, que l’on découvrait dans Ragdoll…

Ragdoll, ce sont des bouts de chiffons assemblés, pour former une tête et un corps de poupée. Des petites poupées bien mignonnes qui font rêver les petites filles… Mais là, c’était du sordide, de l’horreur à l’état brut… ! Ragdoll, poupée de chair et de sang, une poupée composée de six personnes différentes… Un corps, six victimes… Wolf, inspecteur borderline, que nous allions perdre de vu, puisque l’intrigue se terminait par sa fuite…

L’appât faisait la part belle à Baxter, qui prenait du galon en devenant inspectrice principale, et dont le personnage allait prendre son envol, en s’étoffant et devenir la charismatique inspectrice, manquant de confiance en elle, en tout le monde, mais têtue comme une mule et surtout, essayant de s’affranchir de l’ombre de Wolf…

Daniel Cole, prend la mesure de chacun de ses personnages pour les faire enfin bosser ensemble, chacun selon son envergure, avec ses défauts et ses failles… Baxter en veut à Wolfe… Elle lui en veut à la fois de lui avoir menti, mais surtout pour avoir disparu sans jamais donner de nouvelles. Un collègue en qui elle avait entière confiance…

Sans le suicide de son ami et mentor Finlay Shaw, Wolfe ne se serait certainement pas manifesté, il lui est impossible d’y croire et il décide de mener l’enquête avec son ancienne équipe…

Daniel Cole a toujours cette plume visuelle, cinématographique, qui entre directement dans le vif de l’intrigue, sans perdre de temps. Pour autant, on sent qu’il a envie de poser les dernières cartes qu’il a en main. Il a envie d’une fin pour ses personnages, qu’il ne souhaite plus maltraiter… Comme s’il avait fait le tour avec eux, ou qu’il avait décidé de les épargner…

L’enquête est beaucoup plus personnelle, feutrée, une lenteur qui donne de la douceur dans un monde de brutes, puisque nous connaissons rapidement le coupable…

Tout le jeu consiste à prouver la culpabilité de celui-ci…

La construction est présentée de telle manière, avec l’alternance de certains chapitres entre le passé et le présent, que l’on comprend vite le pourquoi, reste le comment… Qui, sans être une révélation, nous révolte quelque peu…

Daniel Cole, nous prend par la main et nous présente ses deux personnages fétiches de manière plus intimes.

J’ai été déconcertée par la tournure que prenait l’intrigue, mais en fin de compte, je l’ai appréciée et le final, vient la clore d’une belle manière.

Ce livre a été lu en partenariat avec la maison d’édition. Pour en savoir plus sur les conditions vous pouvez consulter la page Partenariats

Né en 1984, a été ambulancier dans une vie antérieure. Guidé par un besoin irrépressible de sauver les êtres, il a également été membre actif de la Royal Society for the Prevention of Cruelty to Animals, l’équivalent anglais de notre SPA. Plus récemment il a travaillé pour la Royal National Lifeboat Institution, une association dédiée au sauvetage en mer le long des côtes britanniques. Cet altruisme est-il la manifestation de sa mauvaise conscience quant au nombre de personnes qu’il assassine dans ses écrits ? Il vit sous le soleil de Bournemouth, au Royaume-Uni, et on le rencontre souvent sur la plage.