Archives du mot-clé Un pavé par mois 2017

Sauvage de Jane Harper

Parution : 4 avril 2018 – Edition Calmann-LevyCollection : suspense crime – Prix papier : 21,90€ – Prix Numérique : 15,99€ – Pages : 432 – Genre : Thriller

  

Après avoir eu le plaisir de découvrir la plume de l’auteur avec Canicule, j’avais hâte de la retrouver dans une intrigue prenant sa source dans les paysages australiens qu’elle décrit de manière très visuelle.

Sauvage, est dans la même veine que Canicule et l’auteur confirme son talent pour les intrigues bien construites avec des personnages aux personnalités bien travaillées. En arrière-plan, il y a toujours ces fabuleux paysages qu’elle affectionne  et décrit de manière sublime. C’est tellement visuel, que l’on ne peut s’empêcher d’aller zieuter sur le net pour voir de belles photos…

L’environnement, toujours aussi « Sauvage » va servir de toile de fond à une intrigue bien très bien ficelée avec des personnages diablement construits. Une construction narrative en entonnoir, comme on peut les apprécier, permettant au suspense de monter crescendo.

Une alternance de deux intrigues en une, avec une autre en toile de fond, qui est là pour mettre en lumière l’hostilité de la région où tout se déroule.

La rivalité entre les personnages ne fait qu’accentuer le conflit sous-jacent et surtout fait émerger les jalousies qui vont indéniablement conduire à la violence latente. Une violence palpable, mais toujours maîtrisée. Cette violence qui trouve son écho dans les profondeurs de cette nature de plus en plus hostiles…

Plus les conflits et les jalousies sont exprimés, plus les paysages deviennent dangereux. Comme dans son premier livre, Jane Harper offre un parallèle saisissant entre ses personnages et la nature dans laquelle ils se trouvent. C’est un des points fort de l’auteur, qui dans chaque recoin de nature, trouve un point d’ancrage humain. Plus la colère monte plus les sons se font présents, la nature parle et gronde, hurle son mécontentement, comme ces femmes qui vont peu à peu exprimer leur haine…

La psychologie de ces femmes est extrêmement bien construite, les rendant difficiles à cerner par un lecteur qui sera à la fois touché et agacé par les comportements de chacune.

Une descente en enfer dans tous les sens du terme, puisqu’elles sont confrontés à la fois à la faim, la peur, à ces paysages magnifiques qui les enveloppent pour ne plus laisser respirer… mais surtout à cette peur de l’autre, à cette découverte de l’autre qui devient plus hostile que la nature…

La nature  en opposition avec la nature humaine… Pas tant que cela, puisqu’elles sont en osmose et vivent chacune au rythme de l’autre…

Malgré beaucoup de points positifs, j’ai trouvé que « Sauvage » était un cran en dessous de « Canicule » l’intrigue étant plus classique avec quelques passages plus lents, certainement dû au fait que l’alternance entre l’enquête et les jours qui précédent n’est pas toujours respectée, puisque certains chapitres nous permettent de mieux connaitre l’enquêteur emblématique de Jane Harper, mais « cassent » un peu le rythme de l’intrigue.

L’atmosphère est beaucoup moins oppressante que dans « Canicule » alors que l’auteur avait toutes les cartes en main. Elle a préféré se recentrer sur Aaron Falk que le lecteur apprend à mieux connaitre.

Malgré tout, j’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir cette intrigue policière pourtant plus classique. J’espère que l’auteur, dans son prochain livre retrouvera cette puissance narrative dont elle le secret.

Je serais de toutes les façons au rendez-vous pour le prochain, Jane Harper étant un auteur dont j’apprécie la plume, la puissance de ses descriptions et surtout le parallèle qu’elle imagine entre l’Homme et la nature…

Je remercie les éditions Calmann-Lévy et NetGalley pour cette lecture

 Jane Harper étudie l’anglais et l’histoire à l’université du Kent à Canterbury. Elle travaille ensuite comme journaliste au Royaume-Uni et en Australie. En 2014, suite à la publication de l’une de ses nouvelles, elle décide de se consacrer à l’écriture romanesque. En 2015, son premier roman, The Dry (Canicule) est publié avec succès en Australie. Il est ensuite édité au Royaume-Uni et aux États-Unis, puis traduit en français et en allemand. Les droits de ce roman ont été achetés par la productrice américaine Reese Witherspoon.

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Le meurtre était écrit de David Guidat

 Parution : 4 octobre 2017- EditeurEvidence Edition – Prix papier :  20,00€ – Prix Numérique : 7,99€ – Pages : 480 – Genre : Policier

Le meurtre du favori à la présidentielle, lance le début d’un thriller à l’intrigue originale. Une descente dans les bas-fonds les plus sordides où l’éthique n’a pas sa place… Ou si peu…  Le système judiciaire américain est décortiqué à souhait. Des hommes politiques en constante représentation, mais qui demeurent des hommes, une fois que la caméra est coupée…

Plusieurs meurtres aussi sordides les uns que les autres, une enquête rondement menée qui mettra l’accent sur le caractère bestial, en les orientant vers l’élément déclencheur…  Qui va aussi bien horrifier les enquêteurs que les lecteurs…

L’auteur construit une intrigue digne d’intérêt avec des personnages tous aussi différents les uns que les autres… Même si je n’ai pas réussi à m’attacher à eux… En même temps, ils sont assez nombreux pour garder un recul nécessaire et ne pas avoir d’empathie… Sauf peut-être…. A vous de le découvrir…. Il y a bien un personnage et ce n’est pas celui que l’on pourrait imaginer pour lequel l’empathie s’insinue peu à peu dans le cerveau du lecteur… Des personnages tourmentés, malmenés par l’auteur qui ne leur épargne rien… Même le plus sordide…

Une intrigue qui fait ressortir le côté sombre de l’être humain, sa capacité à faire le mal… Juste pour le plaisir…

L’auteur a fait des recherches et cela se sent pour cadrer avec l’implantation de son récit.

Malgré une intrigue très intéressante, la construction narrative aurait pu être quelque peu élaguée d’une centaine de pages. Trop de longueurs perdurent, ce qui gâche le rythme de lecture… Je ne parle pas de descriptions, mais bien de longueurs dans certains dont l’auteur aurait pu s’affranchir… Cela aurait donné plus de fluidité au récit.

C’est le 3ème livre que je lis de cette maison d’édition et je dois dire que c’est la troisième fois que je pointe les mêmes défauts, qui ne sont donc pas inhérents à l’auteur. En effet, une ME doit pouvoir accompagner son auteur et cela en mettant toutes les chances de son côté, surtout quand la qualité de l’intrigue est au rendez-vous.

Il y a encore pas mal de coquilles, de répétitions et de tournures de phrases maladroites, qu’une relecture beaucoup plus poussée aurait pu éviter, pour apporter une fluidité, inhérente à un bon roman. Des répétitions qui gâchent le plaisir, cassant ainsi un rythme de lecture qui aurait pu être à l’image de l’intrigue produite par l’auteur.

Encore une fois, être auteur avec une ME c’est aussi faire confiance à sa ME et là ça m’énerve que les ME ne fassent pas un minimum de boulot!

David Guidat, interpelle le lecteur avec une intrigue différente et très intéressante, je lui souhaite de pouvoir corriger les différentes coquilles et élaguer quelque peu les passages qui pourraient l’être, car sans cela ce serait un sans-faute…

Il est parfois à se demander, si l’auteur n’a pas intérêt à s’auto-éditer, en se faisant aider de bêta lecteurs…

Marié et père de deux enfants, David Guidat travaille comme technicien help desk et vit près de Strasbourg. Titulaire d’un BTS en tant que technicien support aux utilisateurs, il est en prestation pour Econocom à la Société Générale-Transactis depuis 2014. « Le meurtre était écrit » (2017) est son premier roman.

Block 46 de Johana Gustawsson

Parution : 21 octobre 2016 – Edition BragelonneCollection : Thriller – Prix papier : 7,90€ – Prix Numérique : 5,99€ – Pages : 480 – Genre : Polar/Thriller

  

Il fallait oser superposer les scènes de crimes aux scènes du camp de concentration de Buchenwald. J’ai été épatée par le défi de l’auteur ! Même si en lisant la quatrième de couverture on se demande comment elle va construire son intrigue, elle réussi le pari audacieux de mélanger les genres et sa match du tonnerre !

Avec une rare dextérité, elle nous colle un uppercut en nous entrainant dans l’inconcevable, dans ce que l’homme a de plus sombre et de plus horrible.

Elle mène la danse d’une main de maître, sans jamais tomber dans la facilité. Ses recherches sont très bien documentées et autant le dire tout de suite, petite fille de déportés elle apporte à son intrigue une part de légitimité dans l’horreur et aborde un sujet bien réel tout en étant tabou…

Même si au départ, j’ai trouvé que les personnages de la profileuse Emily Roy et de l’écrivain Alexis Castells, dont le crédo est les tueurs en série, étaient assez clichés, l’auteur a réussi à en faire un duo qui match bien et qui va devenir peu à peu attachant.

Les crimes sont aussi sordides et horribles, le parallèle fait avec le camp de concentration avec ce qu’il s’y passe accentue l’atrocité des meurtres… C’est ce qui rend le récit encore plus percutant lui donnant une réalité insoutenable.

L’écriture est fluide, sans fioritures, l’intrigue est dense et bien rythmée au point de ne pouvoir arrêter la lecture !

L’auteur accroche son lecteur avec l’alternance des époques et des récits… Deux intrigues en une, qui semblent n’avoir aucun point commun mais c’est sans compter sur le talent de l’auteur, qui ne l’oublions pas mène la danse et ne perd pas son fil directeur…

Johana Gustawsson livre les indices avec parcimonie jusqu’au point final, elle a joué avec mes nerfs, m’a manipulé pour enfin me recracher complètement lessivée, laminée par ses révélations.

Rien n’est laissé au hasard et tout s’emboite à merveille, jusqu’à la toute fin qui m’a complètement bluffé et que je n’ai ni vu venir ni même envisagée…

Elle participe à l’écriture d’une biographie de la comédienne Laetitia Milot, avec qui elle co-écrit le thriller On se retrouvera. Elle publie chez l’éditrice Lilas Seewald en 2015 Block 46, son premier roman policier qui mélange les genres policier et historique et a pour héroïnes Emily Roy et Alexis Castells, deux enquêtrices. Elle est invitée en 2016 au 8e Festival international des littératures policières de Toulouse, et présente à la Foire du Livre de Bruxelles en mars 2017 et à la 21e édition de Polar Lens. Elle anime également la même année un café littéraire à l’occasion de la 3e édition du salon du livre d'(‘H)ivers à Louvigné-du-Désert. Le deuxième titre des enquêtes de Emily Roy et Alexis Castells, Mör est publié en mars 2017.

 

Sous son toit de Nicole Neubauer

Parution : 19 octobre 2017 – Editeur : Robert Laffont Collection : La Bête noirePrix broché :  20€ – Prix Numérique : 13,99€ – Pages : 432 – Genre : Polar


Une intrigue assez classique qui n’arrive pas à se démarquer, avec des flics et un coupable à trouver, une victime… Rose Benninghoff, retrouvée morte dans son appartement à Munich, la gorge tranchée, Oliver Baptiste Junior, quatorze ans retrouvé dans le sous-sol de l’immeuble, les mains couvertes de sang. Le père, un homme que la victime a fréquenté, Oliver prétend n’avoir aucun souvenir de la soirée qui a précédé le crime.

Oliver, gamin perturbé, un père antipathique, ont une relation étrange que je n’ai pas réussi à trouver intéressante, que je n’ai pas compris et pour cause, l’auteur n’arrive pas à trouver les bons mots pour l’expliquer, ça tourne en rond et même à la fin on reste sans réponse… Dommage que cette histoire conflictuelle entre le père et le fils n’ait pas été plus exploitée. Quand à la victime, Rose Benninghoff, elle était lisse de son vivant, sans amis… Et sa mort, n’arrive pas à la rendre plus sympathique que ça, même quand on en apprend plus sur elle et son passé…

L’enquête tourne en rond et lente… Lente et sans rebondissements ni suspense et n’arrive donc pas à décoller. L’auteur n’approfondit pas l’intrigue pour l’étoffer pour lui donner du piment et n’arrive pas à la faire décoller, même lorsque le passé ressurgit…

Malgré ces défauts, l’auteur a travaillé de manière très intéressante l’équipe qui mène l’enquête : le commissaire Waechter, le Taiseux, Hannes et Elli… Même si parfois on s’embrouille un peu quand l’auteur parle d’eux… Elle a réussi à construire des personnages avec du caractère et une personnalité propre. Ils sont humains avec leurs failles et leurs travers et c’est en ça qu’ils sont intéressants, car le lecteur arrive à s’identifier facilement à l’un ou l’autre.

Chacun est confronté à sa réalité, tout en faisant son boulot… Chacun doit trouver son équilibre, que ce soit en fuyant face ses responsabilités, en refusant un passé douloureux ou en prenant à la dérision les aspects qui gênent.

Elli, qui choisi de tourner en dérision sa ligne, loin d’être svelte mais qu’elle met en avant, malgré les situations, du coup devient sympathique et le lecteur arrive très bien à visualiser les scènes de cet humour noir…

Le commissaire Waechter, certainement le personnage le plus fragile et le plus intéressant avec son passé qu’il a du mal à porter et qui continu à le hanter…

Hannes est celui qui a une vie bien rangée, avec femme et enfants… Du moins, il a une nouvelle famille, dans laquelle sa fille de 15 ans, débarque. Mais il ne veut pas d’elle sa vie… Elle le dérange. C’est le personnage le plus travaillé avec une conscience qui le bouscule et que l’auteur livre brut, sans fioriture, lorsqu’il refuse cet enfant qu’il n’arrive pas à aimer… Ou qu’il refuse d’aimer… Un sujet rarement abordé et que l’auteur nous livre comme une confidence que Hannes livre au lecteur.

Le Taiseux, porte bien son pseudo et même si rien n’est divulgué sur sa vie prive, sa manière d’être, son comportement prêtent à sourire et lui donne du caractère.

Même si je sors de cette lecture assez mitigée… Ce best-seller outre-Rhin n’a pas réussi totalement à m’embarquer… Néanmoins, pour un premier livre, il a des qualités indéniables que l’auteur arrivera certainement à corriger dans un prochain opus que je lirais avec plaisir.

Nicole Neubauer est née en 1972 à Ingolstadt et a étudié la philologie anglaise et le droit à Munich et à Londres. Elle travaille comme avocate dans un cabinet juridique. Sous son toit a été sélectionné par l’association littéraire Sœurs meurtrières, qui a pour ambition de faire connaître les jeunes talents féminins au public allemand.

 

 

 

10 chroniques de livre

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L’arbre Halloween de Ray Bradbury

Parution : 1er octobre 2016 – Éditeur : FolioCollection : Folio SF – Prix Poche : 6,60€ – Prix Numérique : 6,49€ – Pages : 172 – Genre : fantastique

Certains livres ont le pouvoir de vous transporter au delà de vous-même, par delà vos rêves.

Un soir d’Halloween, Tom et ses copains font la tournée des maisons pour récolter des bonbons. Déguisés en fantôme, squelette ou sorcière, ils partent heureux et excités à la moisson. Mais, le soir Halloween n’est pas un soir comme les autres, c’est un soir où la magie peut se trouver sur votre route, sans prévenir…

Joe Pipkin leur donne rendez-vous devant la « maison près du ravin » où s’élance un arbre majestueux sur lequel sont suspendues des citrouilles de toutes les tailles ! Son propriétaire, Mr Montsuaire leur annonce que Pipkin a disparu dans les ténèbres et leur propose un voyage merveilleux dans le temps et l’espace pour tenter de le sauver.

Ils vont découvrir l’origine de cette fête. Ils vont enfin connaître l’origine de la fête des morts…

Nos petites têtes blondes, vont voyager dans le temps et apprendre comment cette fête, la fête des morts est appréhendée par d’autres civilisations, à d’autres époques…

Avec les Égyptiens et leur manière d’honorer leurs morts, le christianisme qui s’est inspiré des rites païens, la chasse aux sorcières…
La vie et la mort sont intrinsèquement liées et en honorant les morts, on célèbre la vie.

L’auteur décrit avec minutie, le cycle de la vie et son éternellement recommencement.

Un conte fantastique emprunt de poésie, de magie qui transporte le lecteur dans un univers de connaissance et de savoirs. Le tout savamment dosé.

Un roman bourré de références mythologiques, historiques ou littéraires, qui peut faire peur, mais qui se lit pourtant très facilement et cela grâce au talent de conteur de l’auteur. Les personnages sont attachants et la fin est poétique, emprunte de tristesse. Un livre qu’on déguste, qu’on lit lentement, pour faire durer le plaisir.

Challenge de l’épouvante 2017-2018

Entre deux mondes de Olivier Norek

 Parution : 5 octobre  2017- Editeur : Michel Lafon – Prix papier : 19,95€ – Prix Numérique : 12,99€ – Pages : 413 – Genre : Thriller Policier

Waouhhh… Ce livre est bluffant de sincérité, de vérité et l’auteur m’a complètement embarqué dans son intrigue… Une intrigue qui colle à la réalité et à l’actualité…

Entre deux mondes vous transporte dans un univers à part, dans un monde à part… Et pourtant, c’est un monde que nous avons contribué, peut-être en partie, à créer…

Je dois dire, qu’en me lançant dans cette lecture, j’y allais à reculons, pas trop fan de l’auteur, dont je n’ai lu que « code 93″… Mais qui n’avait pas réussi à me convaincre, malgré une intrigue intéressante. Pour autant, quelques conseils de blogueurs plus tard… Et surtout un retour à faire à Yvan 😉 qui a adoré ce livre, je me suis laissée guider et franchement ce fut un pur bonheur…

Le choix du titre est particulièrement révélateur de l’intrigue, puisque la Jungle de Calais, sépare les migrants encore en France, de l’Angleterre…

Pourquoi l’Angleterre ? Peut-être que les réfugiés pensent que leur insertion se fera plus facilement, beaucoup ont plus de notions en anglais qu’en français, le taux de chômage serait plus faible… Je reconnais ne pas savoir… Ne pas comprendre… Pourtant, malgré l’ouverture de ses frontières avec l’Italie, la France, par laquelle transitent une majorité de ces réfugiés, doit bloquer leur passage et leur interdire l’accès au ferry Calais-Douvres.

Calais devient une tranchée, une frontière, une plaie béante qui sépare les migrants, des pays qu’ils fuient et l’Angleterre représentant le paradis sur terre. Le plus grand bidonville d’Europe… Une zone de non-droit, où il est impossible d’intervenir, les règles sont différentes. La police laisse faire…

« Logique, si on refuse de les intégrer à la France, ce n’est pas pour les faire rentrer dans le système judiciaire. »

Je sais que je vais mettre du temps à me remettre de cette lecture… L’humain est placé tout en haut de la pyramide, malgré l’horreur qui l’entoure, malgré cette vie dans cette « Jungle calaisienne »

Les sentiments sont palpables, l’horreur se vit en directe, comme un reportage en immersion dans l’antre du Diable… L’antre de la Jungle te prend dans ses filets et ne te recrache pas indemne… Elle te recrache avec les stigmates, marque de fabrique de l’horreur… L’horreur dans laquelle, l’auteur a plongé… Nous a plongé…

L’auteur, plus humain ici, moins flic… Mais tout en le restant… Qui n’oublie pas qu’être flic c’est faire une promesse, une promesse de cœur et la parole donnée est sacrée… Sacrée, comme le serment que fait un flic de défendre certaines valeurs…

Calais, dont on sent l’exaspération… Mais que l’auteur a préféré aborder en filigrane, pour faire ressortir la détresse… Une détresse qui s’imagine, mais qu’ici, se vit…

Avec une plume plus travaillée, moins brutale, plus fine tout en étant concise, l’auteur nous entraine dans la folie, dans un monde barbare… Où, tout est bon pour se faire du fric… Tout est monnayable… Au prix du sang…

Mais, on ne peut rester insensible à la vue cette jungle macabre… Ce sont avant tout des hommes, des femmes, des enfants… Des flics, épuisés de voir leur incapacité à venir en aide… Leur incapacité à comprendre les ordres… Ordres de non intervention…

Comment accepter l’inacceptable ? Comment ne pas péter un câble et ne pas devenir barge ? Comment croire encore en la bonté humaine, alors que certains ne te montrent que noirceur, calculs et indifférence ?

L’Homme dans tout ce qu’il a de plus malsain, de plus vil, dans tout ce qu’il comporte comme horreur, mais aussi, l’Homme dans ce qu’il a de meilleur, l’amour de l’autre…

Une étude sociétale, en même temps qu’un excellent thriller. Le démantèlement de la Jungle n’a fait que pointé le désintérêt de la France, face à ses responsabilités… Il est tellement plus simple de cacher la misère en l’éparpillant… En la masquant au monde… Mais pourtant, elle est toujours là…

C’est tellement simple de pointer du doigt cette arrivée massive qui gêne…En surfant sur la vague de la haine et du rejet… Tout est tellement plus simple quand on ferme les yeux…

On ne devient pas migrant par choix… On devient migrant par nécessité ! Aider un migrant est aujourd’hui un délit de solidarité… Mais aider dans la détresse n’est-il pas le propre de ce en quoi on devrait tous croire ? Tous pouvoir faire ? Sans se sentir écrabouillé… Jugé… Détesté…

Entre deux mondes est d’une telle profondeur, dans les sentiments, dans la justesse des mots posés avec humilité, avec amour, espoir… Tout transpire du positif… Malgré le sujet grave… L’espoir est là, il est présent, palpable à quelques pas… A quelques mots…

« Les migrants fuient un pays en guerre vers lequel on ne peut décemment pas les renvoyer, mais de l’autre côté, on les empêche d’aller là où ils veulent. C’est une situation de blocage. »

« Comme bloqués entre deux mondes. »

Un livre qui se lit en apnée.. Qui te recrache complètement écrabouillé par cette horreur… Une lecture qui te colle un uppercut et qui te colle à la peau… Un auteur, dont je n’étais pas fana, mais qui a réussi à m’émouvoir, à me coller la frousse de ce qui pourrait arriver à ses personnages. Ses personnages extrêmement bien travaillés, même les secondaires, arrivent à émouvoir et étonner…

Une construction narrative prenante au point de te laisser sur le carreau…

Une  frontière très mince entre ce que l’on peut et ce que l’on nous oblige à accepter…Entre le bien et le mal… Suspendus… Entre deux mondes…

Écrivain et scénariste français. Il est lieutenant de police à la section Enquête et Recherche de la Sous-Direction de la Police Judiciaire (SDPJ) en Seine Saint-Denis (93). Il travaille d’abord en tant que bénévole chez Pharmaciens sans frontières durant trois années, lors desquelles il participe à la réhabilitation d’un hôpital à Saint-Laurent-du-Maroni en Guyane, ainsi que de l’approvisionnement en matériel médical des hôpitaux et camps de réfugiés des territoires en guerre de l’ex-Yougoslavie (1994-1995).
Il devient gardien de la paix à Aubervilliers, puis rejoint la PJ au service financier, puis au groupe de nuit chargé des braquages, homicides et agressions. Après avoir réussi le concours de lieutenant, il choisit Bobigny au sein du SDPJ 93, à la section enquêtes et recherches (agressions sexuelles, enlèvement avec demande de rançon, cambriolage impliquant un coffre-fort…).  Il écrit quelques textes et participe en 2011 à un concours de nouvelles. et décide de se mettre en disponibilité pour écrire son premier roman « Code 93 » (2013), un polar réaliste qui nous plonge dans le quotidien des policiers en Seine-Saint-Denis.
« Territoires » (2014), présenté en exclusivité à l’occasion du 6ème Festival International des Littératures Policières de Toulouse Polars du Sud, est la suite de « Code 93 ».  Son 3ème livre, qui met en scène le capitaine Coste, « Surtensions », paraît en 2016. Il obtient le prix du polar européen du magazine Le Point. Les droits de ses romans sont déjà acquis en vue d’être portés à la télévision pour y être déclinés en série.

 

 

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