Archives du mot-clé Un pavé par mois 2018

Apocryphe de René Manzor

 

 

Parution : 3 octobre 2018 – Edition Calmann-LevyCollection : suspense crime – Prix papier : 19,90€ – Prix Numérique : 9,99€ – Pages : 400 – Genre : Thriller-historico-biblique.

Quand on apprend que « Apocryphe », a bien failli ne jamais voir le jour, la lecture prend une dimension différente et sa saveur n’en est que meilleure.

Le Destin était en marche… Peut-être un brin de divin dans cette publication… Mais attention, nous sommes bien dans un roman noir, même si l’auteur s’est inspiré d’une réalité que beaucoup pensent vraie. Une intrigue qui prend sa source dans ce qui aujourd’hui divise encore et surtout par-delà les divisons opposent des millions de personne.

La force de cette intrigue est de se servir d’une trame « historique » qui donne une réalité au récit, au point d’oublier que nous sommes bien dans un récit fictif.

La plume est d’une fluidité saisissante, concise et ciselée. Un vrai travail d’orfèvre dans les mots que l’auteur pose avec justesse, sans jamais perdre son lecteur dans des descriptions futiles.

« Apocryphe » porte bien son nom, puisque l’auteur suggère une réalité possible. Et si… Et si…

Une image peu conventionnelle de Jésus, puisqu’il est beaucoup plus un être humain qu’un être divin. Mais elle ne sert, que pour donner corps à l’histoire de David de Nazareth, fils caché de Jésus.

On se demande pourquoi l’auteur s’est lancé ce défi et comme un devin qui vient éclairer notre chemin, il nous livre une réponse que j’ai trouvé très belle « C’est l’enquête apocryphe d’un croyant de naissance qui fait appel au petit-fils du charpentier pour retrouver la foi ; et ce dans ce qu’il a de plus humain, de plus organique. C’est la perquisition littéraire d’un baptisé qui cherche désespérément à retrouver l’odeur du Jourdain. Ce sont les aveux d’un homme qui doute. Mais… Le doute, n’est-il pas le principe de la foi ? Quand on dit « je crois », c’est bien qu’on n’est pas sûr. »

A elle seule, cette phrase montre toute l’humanité que l’auteur a voulu mettre dans son thriller-historico-biblique où des personnages fictifs côtoient ceux bien réels et connus qui jalonnent nos livres d’Histoire avec un grand « H »

Cela peut soit dérouter le lecteur, soit complètement l’embarquer et se prendre au jeu de cette plume qui nous propose et cela de manière très visuelle (une déformation professionnelle qui sert la plume) de nous plonger dans un roman épique, un péplum que l’on lit comme on regarde ces vieux films en noir très à la mode à un moment donné.

N’allez pas croire que l’auteur s’est lancé tête baissée dans un tel roman ! Bien au contraire, le travail de recherche a duré deux ans avant de pouvoir faire profiter le lecteur de ce thriller.

Les personnages sont empreints de réalité et de réalisme, où les sentiments humains sont d’une description détaillée, mais sans jamais en faire trop, tout en permettant l’imagination du lecteur de se les approprier et de vivre à leurs côtés cette aventure autant humaine qu’historique.

C’est bien de cela que René Manzor nous parle, d’humanité, de doute, d’amour et de foi. La foi autant en Dieu que dans l’humanité qui se cache en chacun de nous, en chaque chose qui définit cet être complexe en perpétuel questionnement et en perpétuel besoin de réponses.

C’est le premier livre de l’auteur que je découvre et ce ne sera, certainement, pas le dernier. Une intrigue dense qui se lit avec avidité grâce à ce réalisme dont use l’auteur, un retour vers le passé qui se fait sans encombre et dont le lecteur devient le spectateur avide de comprendre, mais surtout avide de vivre. Le lecteur vit au rythme de cette intrigue qui a toutes les composantes d’un très bon thriller, servi par une plume très visuelle.

Histoire de vous immerger dans l’ambiance :

Je remercie les éditions Calmann-Lévy pour cette belle découverte ainsi que Netgalley.

De son vrai nom René Lalanne, est né en 1959 à Mont-de-Marsan. Réalisateur et scénariste. À la télévision américaine, il a signé la réalisation de plusieurs épisodes de série comme « Le Voyageur » (The Hitchhiker), « Highlander », « Band of Brothers », « Les Aventures du jeune Indiana Jones ». Il est le réalisateur du film « Dédales », sorti en 2003, avec Lambert Wilson et Sylvie Testud. En mai 2012, il publie son premier roman « Les Âmes Rivales ». Suivront « Celui dont le nom n’est plus » en 2014 et « Dans les brumes du mal » en 2016. Site web de l’auteur, et sa page Facebook.

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Les Diables de Cardona de Matthew Carr

 

 

Parution : 16 mai 2018 – Sonatine EditionPrix papier : 23€ – Prix Numérique : 14,99€ – Pages : 448 – Genre : Thriller Historique

Avec Matthew Carr, on se retrouve parachuté dans l’Espagne du 16e siècle. Le 16e siècle où l’odeur du cramé des bûchers de l’Inquisition est très présente. Les bûchers flambent pour la gloire de Dieu et pour la paix des âmes innocentes, perverties par le Malin. Les liens entre l’Église et l’Etat n’ont jamais été aussi forts permettant à l’Inquisition de faire ce qu’elle veut de ces malheureux promis à l’enfer…

L’Espagne a été arrachée à cette longue occupation des Maures, qui aura laissée des traces, tant religieuses, culturelles qu’architecturales. Malgré les conversions en masse, souvent par la force… L’Inquisition vit dans un climat de suspicion omniprésent. Ces conversions, sont-elles sincères ? La torture, la terreur sont palpables et la vie de chacun peut basculer du jour au lendemain sur simple doute ou délation.

Le meurtre d’un simple curé, le Rédempteur qui promet le retour du califat en Espagne et c’est le feu aux poudres, enfin aux bûchers dont les cendres ne sont jamais froides.

L’auteur propose plusieurs genres dans son intrigue, y mêlant tout à la fois une aventure digne des trois Mousquetaires, une enquête menée de main de maître avec des personnages brillamment campés, le tout servi sur une toile historique que l’on connaît peu.

Cette densité dans l’intrigue, trouve un large écho dans notre présent et c’est plutôt agréable, même si j’aime beaucoup les thrillers historiques, cela permet de réaliser que l’histoire n’est que recommencement…

En lisant ce bouquin, je n’ai pu m’empêcher de faire le parallèle avec le film de Youssef Chahine « le destin », dont j’ai savouré chaque minute, tellement il était documenté, travaillé. Nous sommes ici dans le même genre, sans lourdeur ou ennui. La plume est visuelle, parfois poétique avec un brin de malice. On retrouve cette atmosphère particulière, sombre,  mais poétique avec une enquête qui se révèle un apprentissage de fond comme avec « Le nom de la Rose » de Umberto Eco. Dont l’influence n’est pas loin.

Il y a pourtant dans « Les Diables de Cardona » une modernité sous-jacente qui ne fait que mettre en exergue les limites de notre époque… Je dirais même les régressions de notre époque. La peur de l’autre, de l’inconnu, la haine des homosexuels, la condition des femmes… Bref tout y est sauf que nous sommes au 16e siècle ! Et c’est plutôt effrayant, car on réalise avec cette lecture, que notre modernisme ne fait qu’accroître la régression. Mais surtout, que malgré la modernité, les idées sont toujours présentent et n’ont pas évolué…

Une lecture qui laisse quelque peu un goût amer lorsque l’on observe le peu d’avancement dans le domaine de la tolérance et surtout à quel point la bêtise humaine est toujours présente… Larvée pour certaines, mais prégnantes pour d’autres…

L’auteur ne se contente pas de nous servir une simple fresque historique, puisqu’il l’agrémente d’une belle intrigue policière où le lecteur va tout à tour se perdre entre les fausses pistes et les personnages parfois discutables qui ne sont là que pour brouiller les indices.

Une intrigue brillante, menée avec brio, un page turner qu’on ne lâche pas facilement, tellement la plume est belle.

Avec « Les Diables de Cardona », on se sent plus intelligent en refermant le livre. Non seulement, on a lu un très bon thriller, mais en plus, un pan entier de l’histoire de l’Espagne n’a plus de secret pour nous. C’est malin et c’est bon.

Je remercie les éditions Sonatine et NetGalley pour cette jolie découverte.

Historien et spécialiste des religions, Matthew Carr est l’auteur de plusieurs livres de non-fiction. Également journaliste, il écrit pour The Guardian ou encore The New York Times et participe régulièrement à des conférences et à des séminaires. Né à Londres en 1955, Matthew Carr est reporter pour The Observer, The Guardian, ainsi que pour la BBC. Il a couvert de nombreux conflits : affrontements mafieux en Sicile, escouades de la mort espagnoles, conflit israélo-palestinien. Il vit actuellement dans le Derbyshire.

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Les fantômes de Manhattan de R.J. Ellory

Parution : 7 juin 2018 – Éditeur : Sonatine – Prix papier : 22,00€ – Prix Numérique : 14,99€ – Pages : 464 – Genre : thriller

Jusqu’à ce jour R.J Ellory était pour moi, le simple nom d’un auteur dont je découvrais le potentiel à travers les retours que j’avais pu lire à droite à gauche. Lorsque les éditions Sonatine proposent ce titre sur la plateforme NetGalley, je me suis laissée tentée et j’ai eu le plaisir d’accéder au livre. Je ne prenais pas trop de risques effectivement, je reconnais que débourser 22€ pour un livre dont j’appréhendais la lecture a de quoi freiner mon achat…

J’étais donc vierge de tout ressenti, de toute influence, ou de comparaison avec les autres opus de l’auteur. Ce qui je dois dire, est assez différent de ce que j’aime faire, puisque j’ai tendance à découvrir la plume d’un auteur dans l’ordre de sortie de ses romans…

Donc, avec « les fantômes de Manhattan », j’ai découvert non seulement une plume travaillée mais également une intrigue de qualité.

Et en tant que lectrice, je me suis souvent retrouvée en Annie, 31 ans , notamment à travers l’amour des livres, qui a hérité de la librairie de son père. Un personnage tout en délicatesse (là ce n’est pas moi), confronté à sa solitude qui ne lui pèse pas jusqu’au jour où une rencontre va faire basculer son train-train. Sa quête d’amour, de compréhension filiale, va l’entrainer dans les méandres d’un passé qu’elle ne soupçonnait pas, qui va faire basculer sa vie et certaines de ses convictions.

L’auteur nous entraîne dans un thriller sombre, de révélation en révélation qui même si elles sont douloureuses, seront pourtant salvatrices. La place des non-dits et de leur influence sur les trajectoires de vie.

L’amour des livres est d’une sensualité comparable à la sensualité de l’amour que Annie découvre pour la première fois… Un amour qui va la révéler et surtout être le révélateur de ce passé méconnu. Attention, ici nous ne sommes pas dans la romance gnangnan, puisque l’auteur ne tombe jamais dans la facilité dans les descriptions des rapports amoureux.

Une certaine langueur une bonne partie du récit qui apporte une certaine douceur, à la limite de la rêverie qui permet au lecteur de goûter à cette intrigue où la vengeance peut prendre des formes bien différentes. Une fragilité présente aussi bien dans le personnage d’Annie que dans les personnages secondaires, notamment Jack, le voisin et ami qui vit une lente descente aux enfers, à cause de ses fantômes…

Annie se prend une claque magistrale, mais ressortira grandit de cette épreuve, grâce aux découvertes qu’elle va faire à travers les révélations qu’un vieux monsieur Forrester va lui faire.

Manhattan, une ville qui grouille, une ville qui ne se repose pas, ne fait que mettre en exergue cette intrigue où chaque personnage traîne ses fantômes dans ses rues, au rythme de la densité de cette ville.

L’auteur tisse une trame hautement addictive avec un final en apothéose que l’on ne voit pas venir.

R.J. Ellory et moi venons de faire connaissance et notre relation ne va pas s’arrêter là, elle sera certainement explosive et haute en couleur.

Roger Jon Ellory est un auteur anglais de romans policiers et de thrillers.
Il a habité avec sa mère, son frère d’un an son ainé et sa grand-mère. Il n’a jamais connu son père et son grand père est mort noyé en 1957. Sa mère meurt d’une pneumonie foudroyante à 28 ans alors qu’il a à peine 7 ans. C’est sa grand-mère qui va l’élever seule. Mais elle a une santé fragile, et finalement décide de le placer en orphelinat avec son frère. Il y reste jusqu’à l’âge de 16 ans.
À 16 ans, il abandonne ses études et retourne dans la maison familiale de Birmingham. Sa grand-mère décède et il se retrouve seul, avec son frère, jusqu’à être incarcéré à 17 ans pour un vol de poules. Une fois sa peine purgée, il se lance dans la musique. Il devient un temps guitariste du groupe de rock « The Manta Rays », avant de se tourner vers la photographie.
Il commence à écrire en 1987. Entre 1987 et 1993, R.J. Ellory écrit pas moins de vingt-deux romans, chacun lui valant des refus éditoriaux des deux côtés de l’Atlantique. Il devra attendre 2003 pour que son roman, « Candlemoth », soit publié.
R.J. Ellory est lauréat du prix Nouvel Obs/BibliObs du roman noir 2009 pour « Seul le silence » (A Quiet Belief in Angels, 2007).
Aujourd’hui il se consacre entièrement à son écriture et à la musique avec son groupe de blues, « The Whiskey Poets ». Son œuvre, populaire et plébiscitée notamment en France, est fortement ancrée aux États-Unis malgré les origines britanniques d’Ellory.

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Le jøurnal de ma disparitiøn de Camilla Grebe

Parution : 7 mars 2018 – Edition Calmann-LevyCollection : suspense crime – Prix papier : 21,90€ – Prix Numérique : 15,99€ – Pages : 432 – Genre : Polar-Thriller

Un cri sous la glace a été une belle découverte, j’étais donc heureuse de retrouver la plume de l’auteure avec une nouvelle intrigue.

La construction des polars nordiques est quelque peu différente de ceux que nous avons l’habitude de lire, en effet les descriptions sont plus longues, un effet contemplatif, qui peut déplaire et devenir vitre rébarbatif. Pour autant, Camilla Grebe arrive à ne pas tomber dans ce travers et à maintenir une certaine tension tout le long de son roman.

Les deux opus, peuvent se lire indépendamment l’un de l’autre, car malgré la présence de personnages récurrents, d’autres font leur entrée et apportent des éléments nouveaux sur la personnalité de chacun, ce qui est d’ailleurs très intéressant !

Autant « un cri sous la glace » était un très bon thriller-psychologique, ici, l’auteure change de genre et nous propose un polar plus classique avec un bon suspense, une enquête sur deux meurtres, dont l’un remonte à plus de vingt ans… Et une disparition…

Camilla Grebe, se sert des évènements autour des migrants, en plaçant son intrigue dans un petit village suédois où se trouve un refuge, permettant à sa plume de s’attaquer aux préjugés autour de l’arrivée des étrangers, en les désignant de facto comme coupables. Tout devient prétexte pour accuser les migrants des maux qui touchent ce village.

En mettant le doigt sur la xénophobie ambiante qui gangrène nos sociétés, l’auteure transmet un message de tolérance à travers ses personnages.

Du suspense tout au long de cette enquête, oppressant par moment, accentué par cette météo capricieuse, qui nous glace, comme les personnages confrontés aux intempéries. Leur anxiété palpable, se propage facilement grâce à une plume concise, aux descriptions simples sans fioritures. Ce qui est assez déroutant, quand on sait qu’elle peut nous décrire les paysages sur plusieurs paragraphes…

Une enquête rondement menée sur fond de crise sociale qui, tout en fournissant une intrigue de qualité, se cale sur les informations mondiales et la réalité à laquelle nous sommes confrontés.

Malgré toutes ces qualités, j’ai trouvé que l’intrigue était en deçà de celle de « un cri sous la glace », peut-être parce que l’auteure s’est concentrée à fournir un thriller plus classique et beaucoup moins psychologique que le premier.

Pour autant j’ai passé un bon moment et j’ai apprécié découvrir le nouvel opus de Camilla Grebe, dont je ne manquerais pas de lire le prochain.

Je remercie les éditions Calmann-Levy et le site lecteurs,com.

Romancière suédoise. Titulaire d’un master en administration des affaires (MBA) de Handelshögskolan i Stockholm, une école de commerce, elle fonde la maison d’éditions Storyside, spécialisée dans le livre audio. Elle y cumule les fonctions de directrice du marketing et de directrice générale, puis dirige une société de conseil. En 2009, elle écrit, en collaboration avec sa sœur Åsa Träff (1970), psychiatre spécialisée dans les troubles neuropsychiatriques et de l’anxiété, « Ça aurait pu être le paradis » (Någon sorts frid), un roman policier qui se déroule dans le milieu des cliniques psychiatriques. En 2015, elle a publié « Un cri sous la glace » (Älskaren från huvudkontoret), son premier roman en solo. Avant, elle a écrit cinq polars avec sa soeur, et trois autres avec l’un de ses amis, Paul Leander-Engström.

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La Rivière de l’Oubli de Cai Jun

 

 

 

Parution : 13 septembre 2018 – ÉditeurXO éditions – Prix broché :  21,90€ – Prix Numérique : 13,99€ – Pages : 484 – Genre : Thriller-fantastique

Quelle plaisir de découvrir une plume différente avec une intrigue qui oscille entre Polar et thriller fantastique. En publiant cet auteur Chinois vendu à plus de 13 millions de livres, XO éditions permet à ses lecteur de plonger dans une intrigue hors du commun et de découvrir par cette plume un pan des traditions et croyances chinoises. Je ne me doutais pas de ce que j’allais découvrir, même si cette petite phrase d’accroche, surnommé « le Stephen King chinois », faisait son petit effet sur moi et laissait présager une petite découverte sympathique.

Et je dois dire que je n’ai pas du tout été déçue, même si le démarrage est assez déstabilisant, on se fait vite à la plume de l’auteur et malgré quelques longueurs ou répétitions d’un chapitre à l’autre, on a envie de savoir comment tout cela va se terminer.

Ce qui m’a le plus déstabilisé au départ, c’est le tutoiement ! Je n’ai à ce jour, jamais vu un flic tutoyer son suspect… Une fois la surprise passée, il faut juste intégrer que nous sommes dans une Chine communiste et que les règles sont différentes, que ce soit dans l’attitude des personnages, cette déférence que nous occidentaux n’avons pas… Mais parfois également cette attitude servile de certains…

La lecture commence avec une liste des différents protagonistes et c’est appréciable, car on peut facilement se perdre avec des prénoms aux consonances différentes de celles que nous connaissons.

L’auteur construit une intrigue très bien ficelée, la traduction est très fluide et rend bien cette atmosphère oppressante propre à ce genre, tout en faisant ressortir l’emprunte particulière de l’auteur.

On suit une enquête, menée sur plusieurs années, parsemée de fantastique où la réincarnation joue un rôle prépondérant. On apprend beaucoup de choses sur les croyances populaires chinoises et notamment sur la réincarnation et sa perception.

Que l’on croit à ces histoires ou pas, ces croyances, superstitions ont le mérite de montrer l’importance du monde des esprits, en les mettant au centre de son intrigue l’auteur nous permet de mieux comprendre les traditions et la mentalité chinoise.

Une ambiance fantastique et surnaturelle, ancrée dans la réalité, grâce à cette enquête qui n’a rien de surnaturelle, puisque plusieurs meurtres non élucidés ont bien eu lieu. Une intrigue très bien ficelée dont on savoure chaque ligne, grâce à l’auteur qui nous transporte parfois à la limite de l’inconcevable. Notre regard occidental sera plus critique, plus extérieur et pourtant l’intrigue a un côté fantastique prenant et haletant, mais tout en étant emprunt de poésie. Cette poésie palpable grâce à cette fascination que nous avons de l’Asie.

La résolution de l’intrigue, qui court sur plusieurs années, happe le lecteur qui est pris entre les filets de l’auteur et lorsque l’on pense que justice est enfin rendue, un retournement de situation vient tout remettre en question. Et même si justice est faite, on ne peut que se demander comment cela aurait été appréhendé en occident. Les délais de prescriptions inexistants permettent une justice peut-être plus équitable… Ou du moins une justice sans terme échu. La Chine communiste prend tout ce sens et pourtant elle n’est pas exempte de trafics en tout genre et de corruptions.

L’être humain est également décrit dans ce qu’il a de plus sombre et de plus vil sous couvert d’égalité. Il y a un côté « modernisme » qui est inexistant notamment dans les descriptions de la rue, avec la restauration de rue et les immeubles décrépits.

La noirceur est autant présente dans la description humaine que dans le tableau environnemental décrit. C’est sombre, glauque, crasseux comme un parallèle entre l’être humain et les murs qui l’enferment…

L’auteur parsème son intrigue de références poétiques et c’est rafraichissant, car on sort de cette lecture enrichie de quelques notations et surtout de quelques auteurs à découvrir…

Je remercie sincèrement XO éditions ainsi que NetGalley, pour la découverte de cette plume et surtout pour l’envie que cela m’a donné de me tourner vers des auteurs différents et de nouvelles perspectives de lecture.

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Les Détectives du Yorkshire – Tome 1 : Rendez-vous avec le crime de Julia Chapman

Parution : 12 avril 2018 – Editeur : Robert Laffont Collection : La Bête noirePrix papier : 14,90€ – Prix Numérique : 9,99€ – Pages : 464 – Genre : Polar-Thriller-humour 

Depuis quelques années on voit fleurir un nouveau genre littéraire dont les anglais raffolent : Le cozy mysteries… Des romans policiers ou à suspens, avec une ambiance chaleureuse et « cosy », des personnages un brin décalés, particulièrement sympathiques, de l’humour « So British » avec le plus souvent, un héros ou une héroïne détective amateur…

On a tous, à un moment donné regardé une série de ce style et les livres commencent à se faire une part belle en France.

Le «cozie», un sous-genre policier, dans lequel le sexe et la violence sont minimisés ou traités avec humour, le crime et l’enquête se produisent dans une petite communauté. Le terme a été inventé pour la première fois à la fin du 20e siècle, lorsque divers auteurs ont produit un travail dans le but de recréer l’âge d’or de la fiction policière.

Miss Marple d’Agatha Christie est souvent considérée comme une œuvre fondatrice du genre, qui s’est ensuite considérablement développée et popularisée avec certains films Hollywoodien ou avec la série télévisée Arabesque avec Angela Lansbury dans le rôle d’un auteur de romans policiers.

Voilà pour la petite histoire…

Plonger dans ce genre de lecture, permet de rester dans le genre policier, thriller, tout en permettant de souffler et de sortir du schéma du meurtre sanglant, ou de serial Killers. Attention, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’enquête ou de meurtres sombres. Cela veut surtout dire que la lecture est parsemée d’humours et situations cocasses, qui permettent d’apporter un peu de légèreté dans un monde de fou.

Côtoyer des meurtriers à temps complet est parfois oppressant et ce genre de lecture te permet justement ce détachement qui peut manquer.

J’ai été très heureuse de trouver une intrigue très bien ficelée, parsemée d’humour. Cet humour bien anglais, qui fait sourire, parfois rire, tellement cela peut sembler invraisemblable. Mais pas tant que cela….

Ne vous fiez pas à cette couverture et quatrième qui laisse présager une intrigue légère, avec une agence de rencontres et une agence de détective…. Julia Chapman brouille les pistes, avant même que le lecteur ne plonge dans son univers.

La trame utilisée pose l’intrigue en douceur et avec délicatesse, pour permettre au lecteur de s’immerger dans ce village du Yorkshire et ainsi s’imprégner de cette atmosphère très particulière que l’on ne retrouve que dans les intrigues policières anglaises. Le décor est planté ainsi que les situations. Les personnages sont nombreux, mais chacun est construit avec un réel plaisir et une réelle identité, permettant de ne pas les confondre. Ce qui est plutôt bien réussi, quand on sait que dans certaines intrigues, le lecteur s’emmêle les pinceaux entre différents protagonistes, au point parfois d’en zapper… Ici chacun a son rôle, qu’il soit médisant, méchant, moqueur ou meurtrier… Et c’est plutôt drôle dans certaines situations, surtout lorsque tout le village est au courant de ce qui se passe…

Si vous voulez garder un secret… Ou cacher un cadavre… Vous êtes mal tombés…

L’auteur prend le temps de bien camper ses personnages et planter son décor, pour amorcer les prochains titres et elle met l’eau à la bouche, puisque dès que l’on ferme le bouquin, on aimerait de suite attaquer la suite. Un pari réussi.

L’auteur a réussi à capter les images pour que les mots s’emboitent à merveille et que la description des paysages soit très visuelle, puisque le lecteur vit à l’anglaise, se balade dans ces vallées grises où le crachin n’est jamais bien loin et où les sentiments sont dépeints avec réalisme au fil de la lecture.

Même si parfois on se demande on veut nous emmener l’auteur, elle ne fait que brouiller les pistes, en parsemant les indices sans que cela ne soit superflu… Puisque tout s’imbrique à la perfection à la fin avec ce dénouement et cette chute qui en étonnera plus d’un…

Grâce à la meute de la collection La Bête Noire, je me suis baladée dans ces paysages du Yorkshire aux côtés de personnages aussi pittoresques les uns que les autres, drôles qui fleurent bon l’humour anglais que j’affectionne particulièrement.

Il ne fait aucun doute que je suis fin prête à découvrir la suite, tellement l’auteur m’a embarqué dans son récit.

Julia Chapman, de son vrai nom Julia Stagg, a exercé comme professeur d’anglais langue étrangère au Japon, en Australie, aux États-Unis et en France. En 2004, elle a même dirigé une auberge dans les Pyrénées, dans l’Ariège, avec son mari pendant six ans. Elle est autrice de nombreux ouvrages écrits sous son patronyme ainsi que d’une série de romans policiers, « Les Détectives du Yorkshire » (The Dales Detective Series) dont le premier tome, « Rendez-vous avec le crime » (Date with Death), a été publié en 2017 sous son pseudonyme. Aujourd’hui, elle habite dans le Yorkshire Dales, dans le nord de l’Angleterre.

son site : http://www.jstagg.com/
Twitter : https://twitter.com/daleswriter?lang=fr
page Facebook : https://www.facebook.com/staggjulia/

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