Le sicilien : les Nuits nantaises 90’s de Carl Pineau

Parution : 28 juin 2019 – Editions Lajouanie –  Prix papier : 18,00€ – Prix numérique : 9,99€ – Pages : 312 – Genre : polar, thriller

J’ai eu le plaisir de découvrir la plume de Carl Pineau avec l’arménien son premier roman, dans lequel il faisait le pari de nous embraquer dans les années 80, avec une ambiance palpable et tellement bien retranscrite.

J’attendais impatiemment la sortie du second volet des nuits nantaises, mais j’avais une pointe d’appréhension, quand à la direction que l’auteur allait prendre. J’avais, en effet, un peu peur que le Sicilien soit un copié-collé de l’arménien.

Pour ceux qui ne l’auraient pas lu, l’arménien était une immersion dans le monde de la nuit, avec cette liberté qui prédominait au début des années 80, avec sexe à gogo, sans protection… Les évènements majeurs des années 80, étaient le fil directeur… L’élection de Mitterrand… La chute du mur de Berlin… La découverte du Sida et surtout l’impact que cela allait avoir sur les relations sexuelles, la prise de conscience du danger des MST… Mais surtout la transcription de la vie des jeunes de cité et la seule échappatoire qu’ils trouvaient en dealant, la place qu’ils avaient du mal à se faire dans ces années « touches pas à mon pote » et le racisme auquel ils étaient confrontés…

Le sicilien est une suite directe de l’impact des années 80 sur le monde de la nuit, le fil directeur est plus ténu, mais il demeure bien présent… Le sida est passé par là, le sexe prend une place moins importante, enfin, on se protège… Mais les trafics en tout genre ont pris de l’essor, au point que les petits malfrats des années 80, sont devenues des pointures…

1995, le monde de la nuit, les nuits nantaises et ses bars louches… Dario, gérant de l’un d’eux, a une réputation à tenir et n’hésite pas à donner de sa personne… King Kong de l’arménien a laissé sa place à Andrei videur moldave…

En une nuit, Dario a fait basculer sa vie du côté obscure, même si ce n’est pas un enfant de coeur, ce n’est pas non plus un voyou. C’est un genre qu’il se donne, un genre sulfureux qui lui permet de cacher ses fêlures… Des fêlures qui font de lui la cible parfaite… Mais pas seulement…

Un coup de queue et tout bascule… Oui, c’est cru, c’est glauque, mais je l’ai trouvé plus soft que l’arménien. A l’image des années 80, l’auteur faisait souffler un vent de liberté sur le premier opus, alors que le sicilien est à l’image des années 90. Des années, sur la réserve, des années de transition, à l’image du monde qui vit une transition avec la chute du mur de Berlin.

Le sicilien, c’est la fin d’une époque et la naissance d’une nouvelle, une atmosphère particulière, propre au phénomène de «fin de siècle».

Le monde est en pleine mutation et c’est la décennie des changements, des évolutions. C’est la naissance de l’ère standardisée où l’être humain, devient quantité négligeable…

Dario, vit une transition et sera touché de plein fouet par la horde de la mondialisation… Le monopole de la drogue change de main et les trafics en tout genre sont toujours aussi prégnants, je dirais même plus. Les trafiquants changent de camp et ne se cachent plus… L’héritage est parfois lourd à porter, mais encore plus quand il nous tombe dessus.

Carl Pineau, ne ménage pas ses personnages, et fait ressortir ce qu’ils ont de pire ou de meilleur en eux. L’intrigue est sombre et franchement certaines descriptions à la limite du supportable et le twist final m’a retourné les tripes, comme Dario, j’ai eu envie de crier ma rage. Car malgré le monde dans lequel il évolue, Dario est un homme bon, un homme qui aime et qui ne baisse pas les bras. Toujours à la recherche du bien, profondément humain dans son monde en pleine mutation.

En filigrane, l’auteur n’hésite pas à faire des petits clins d’œil à l’arménien, mais donne surtout une place prépondérante au flic bourru qui avait fait son apparition dans l’arménien. A l’image du vieux flic, l’instinct prend toute sa place et heureusement, car les preuves qui accusaient Dario étaient suffisantes pour le mettre derrière les barreaux…

J’attendais avec impatiemment ce roman, et je n’ai pas été déçue. Carl Pineau dépeint avec justesse le monde de la nuit, comme seuls peuvent le faire ceux qui l’ont connu. L’alcool, la musique, la drogue ne font que mettre en exergue la solitude de ces hommes qui se roulent dans la fange, sans jamais perdre les valeurs profondes qui font d’eux des être humains.

La plume de l’auteur est toujours aussi fluide et travaillée, donnant un naturel incroyable au récit, aux scènes d’une violence palpable, et une émotion qui prend aux tripes.

Lauréat 2017 du Prix des Auteurs Inconnus, Carl Pineau, ne fait que confirmer le talent qu’il possède et les éditions Lajouanie ne s’y sont pas trompées. Le rythme du sicilien ne fait que monter en puissance au fil des pages qui s’égrainent, et cela pour notre plus grand plaisir.

Ce livre a été lu, en partenariat avec la maison d’édition. Pour en savoir plus sur les conditions vous pouvez consulter la page Partenariats

Né en 1966 à Nantes, Carl Pineau commence très tôt à fréquenter la vie nocturne de la ville. Il est encore très jeune lorsqu’une discothèque l’embauche pour animer les soirées. Les lieux cultes nantais deviennent pour lui un univers familier.

À 21 ans, il quitte le monde de la nuit et reprend des études.

Nantes est sa ville de cœur. Pourtant, en 2009, avec sa femme et ses deux enfants, il décide d’aller voir le monde pour réaliser son rêve d’enfant : écrire.

La famille se fixe d’abord au Québec, où Carl suit les cours de création littéraire de l’université de Laval et entame L’Arménien, et marque le début de la collection Nuits Nantaises.

Depuis 2015, la tribu habite en Thaïlande, où Carl continue d’écrire. Malecón, thriller politico-financier situé entre Paris et Cuba, sortira en 2019. Deux autres polars de la série Nuits Nantaises sont également en rédaction.

Il est lauréat du Prix des Auteurs Inconnus 2017

 

4 Comments

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.