On ne voulait pas que Hassan Nasrallah soit assassiné mais qu’on le juge pour les crimes dont on l’accuse. C’est exactement ce qui nous manque dans cette région, de la justice, et Netanyahou n’est pas Dieu. Ce n’est pas à lui de décider qui a le droit de vivre ou non. Sa place est de l’autre côté de la barre. Comme Hassan Nasrallah.
D’ailleurs, j’ai une question à te poser : a-t-on déjà demandé à des auteurs français s’ils allaient écrire sur autre chose que la France ? À Virginie Despentes ? Frédéric Beigbeder ? Michel Houellebecq ? Je ne le pense pas, cette question est réservé aux écrivains qui viennent d’ailleurs.

Sabyl Ghoussoub poursuit son exploration de l’identité, de la mémoire et des contradictions du Liban. Après Beyrouth-sur-Seine, récompensé par le prix Goncourt des lycéens en 2022, il choisit cette fois de s’emparer d’une énigme historique pour construire un roman singulier, à la frontière de l’enquête, de l’autofiction et de l’imaginaire.
Le 31 août 1978, Moussa Sadr, figure majeure du chiisme libanais, disparaît mystérieusement en Libye après avoir rencontré Mouammar Kadhafi. De nombreuses hypothèses ont circulé sur son sort, sans que les circonstances de sa disparition n’aient été définitivement élucidées.
Ici, Sabyl Ghoussoub ne cherche pas véritablement à résoudre cette énigme, il imagine plutôt de lui donner une seconde vie, au lieu de mourir, hypothèse la plus vraisemblable, l’auteur, imagine qu’il choisit de disparaître pour vivre une autre existence, loin des responsabilités et des attentes collectives.
À partir de cette hypothèse romanesque, l’auteur entraîne le lecteur dans une réflexion où se croisent l’histoire du Liban, les croyances religieuses, les conflits politiques et les aspirations individuelles.
L’un des principaux intérêts de Mon imam réside dans la manière dont Sabyl Ghoussoub s’approprie une figure historique pour interroger la fabrication des mythes. Près d’un demi-siècle après sa disparition, Moussa Sadr demeure une personnalité importante dans la mémoire libanaise, notamment pour son engagement social et sa volonté de dialogue entre les communautés. Le mystère entourant son destin n’a fait que renforcer sa dimension presque légendaire.
En imaginant une destinée alternative, Sabyl Ghoussoub désacralise son personnage, lui restitue des désirs, des contradictions et une humanité, que e poids de l’Histoire tend parfois à effacer
Cette démarche soulève d’ailleurs une question intéressante : que reste-t-il d’un individu lorsque son histoire personnelle est absorbée par celle d’un peuple, d’une religion ou d’une cause politique ? Que reste-t-il véritablement des hommes et des femmes derrière les figures historiques que sont devenus Kennedy, Arafat, Pompidou, Néfertiti ou Alexandre le Grand ? Des personnalités complexes dont la mémoire collective a parfois retenu davantage le symbole que l’être humain.
La fiction permet justement d’explorer cet espace laissé vacant par l’Histoire, d’imaginer ce qui échappe aux archives et aux récits officiels.
Sabyl Ghoussoub profite de ces lignes, pour interroger son propre rapport au Liban, il revient sur son histoire familiale, son identité franco-libanaise et ses interrogations face aux bouleversements qui traversent le Proche-Orient.
L’écriture du roman se trouve elle-même confrontée à la violence de l’actualité, comme si la fiction ne pouvait jamais totalement s’affranchir du réel.
Cette dimension apporte une profondeur particulière au livre, le Liban apparaît à la fois comme une terre d’attachement, de mémoire et de contradictions, mais aussi comme un pays dont les conflits successifs semblent constamment compromettre les espoirs de paix.
Il interroge notamment la place de la religion dans les rapports de pouvoir, et les fractures de la société libanaise, son propos ne se limite pas à une dénonciation politique, il cherche également à retrouver ce qui pourrait rapprocher les individus au-delà de leurs appartenances. Il mêle, grande Histoire, réflexions personnelles, humour, souvenirs, ironie, autodérision et parfois de la provocation dans une histoire pourtant marquée par la violence et les tragédies.
Ce parti pris permet de désacraliser les figures historiques tout en rappelant que la littérature peut offrir d’autres perspectives que celles des récits officiels.
Pourtant, je suis restée sur ma faim ! J’attendais une reconstitution historique ou une exploration de la disparition de Moussa Sadrsur, le passage constant entre l’histoire de l’imam, les réflexions de l’auteur et les événements contemporains donne une impression de dispersion. Finalement, l’enquête devient progressivement secondaire, au profit d’une réflexion plus personnelle sur le Liban et sur l’écriture elle-même.
Globalement, Sabyl Ghoussoub, rappel que derrière les figures héroïques, se trouvent aussi des individus, avec leurs désirs, leurs contradictions et leur aspiration à la liberté.
Parution : 19 août 2026 – Éditeur : Stock – Pages : 288 – Genre : littérature libanaise, littérature française, Histoire, politique, moyen-orient
« J’aurais beaucoup aimé rencontrer aujourd’hui chacun des témoins qui savaient “de source sûre” où était l’imam. Dans le monde des adultes, c’est cela avoir du pouvoir : savoir avant les autres. Mais à quoi jouent ces femmes et ces hommes ? Au Cluedo ? »
Le 31 août 1978, l’imam que certains surnomment le Che Guevara libanais ou le Martin Luther King chiite disparaît après avoir rencontré le colonel Mouammar Kadhafi en Libye. On aurait retrouvé son passeport, sa valise et ses vêtements dans une chambre d’hôtel à Rome. Pour l’auteur, il a succombé aux charmes d’une Italienne et décidé de ne plus être l’imam. Mais rien ne se passe jamais comme prévu en littérature.
Quatre ans après Beyrouth-sur-Seine, Sabyl Ghoussoub revient avec un roman qui transcende les genres, une déambulation au fil de laquelle il transforme la douleur en beauté.
Catégories :Contemporain, Historique, Littérature française, littérature libanaise, Stock

La Part absente de Rachida Brakni
Votre commentaire