Éloge de l’optimisme sexuel de Adeline Anfray


Existe-t-il un monde, une période, un lieu où les relations entre les hommes et les femmes, entre les adultes et les enfants, entre les gens en général ne seraient pas mues par l’aliénation, la domination, la nécessité, la violence mais par l’échange, la souplesse, la joie, la réciprocité ? Un monde sans viols, sans domination sexuelle. Un monde où nos corps ne seraient ni des cibles ni des armes, encore moins des territoires à conquérir et à dompter ?

Dans La Main gauche de la nuit, Ursula K. Le Guin envisage un tel monde. Un monde de science-fiction, certes – mais qui, comparé au réel, apparaît presque comme un conte de fées. Car ici, sur Terre, en 2025, c’est un autre récit qui se déploie sous nos yeux. Celui du docteur Le Scouarnec et de ses milliers de victimes. Celui de Bétharram, pensionnat devenu terrain d’abus systémiques. Celui d’un homme célébré pour sa bonté – l’abbé Pierre – dont le nom s’effrite sous les révélations. Et celui de Mazan, ce procès d’une violence organisée à grande échelle. À chaque jour son affaire sordide.


Adeline Anfray, propose une réflexion audacieuse et résolument positive sur notre rapport à l’intime. Dans un paysage souvent marqué par les injonctions, l’autrice invite à une réappropriation joyeuse et décomplexée du désir, plaçant l’épanouissement personnel et la curiosité bienveillante au cœur de la sexualité.

Dans un monde où la sexualité est constamment analysée, mise en scène, parfois intellectualisée ou, au contraire, réduite à des performances chiffrées, il est rare de tomber sur un ouvrage qui aborde le sujet avec autant de souffle, de bienveillance et de… joie. C’est le pari réussi d’Adeline Anfray. Loin des manuels de développement personnel culpabilisants, propose une véritable philosophie de vie intime.

Ne vous y trompez pas : l’optimisme dont parle Adeline Anfray n’est ni une injonction à la performance, ni une énième méthode pour atteindre un épanouissement obligatoire. C’est un état d’esprit. C’est choisir de regarder la sexualité (la sienne et celle des autres) avec curiosité, plutôt qu’à travers le prisme de la peur, du manque ou de la routine.

L’autrice décortique avec finesse la manière dont nos blocages, nos croyances et les pressions sociétales finissent par éteindre le désir. À travers une écriture fluide et décomplexée, elle nous invite à opérer un changement de regard, la clé d’une vie intime épanouie résiderait simplement dans notre capacité à cultiver l’enthousiasme et la communication.

Ce qui fait la force de cet essai, c’est sa profonde humanité. Adeline Anfray ne donne pas de leçons, elle explore, interroge et partage, en abordant la vulnérabilité, le consentement, la redécouverte de soi après des épreuves, mais aussi la place du jeu et de la fantaisie dans le couple (ou avec soi-même).

Pour elle, l’optimisme sexuel est une forme de résistance face à la morosité et aux standards irréalistes, c’est l’art de célébrer ce qui fonctionne, de s’affranchir des scénarios préconçus et d’oser l’exploration sans attendre de résultat.

J’ai particulièrement aimé la façon dont elle déculpabilise son lectorat. On en ressort avec une sensation de légèreté et, surtout, l’envie d’être plus tendre avec soi-même et peut-être audacieux aussi.

C’est une lecture qui bouscule nos tabous avec délicatesse et qui redonne au désir sa dimension la plus essentielle : celle du plaisir, de la connexion et de la liberté.

Un livre à mettre sur toutes les tables de chevet !

Je remercie les éditions Belfond pour leur confiance

Parution : 19 février 2026 – Pages : 304 – Éditeur : Belfond – Genre : littérature française, essai, société, féminisme

Depuis la déferlante #metoo et après la déflagration de l’affaire Pélicot, est-il encore possible d’évoquer notre sexualité ailleurs que dans le registre de la violence et de l’abus ? Et si on ne peut jamais se sentir totalement libres et en en sécurité, peut-on au moins trouver une forme d’égalité sexuelle ? L’optimisme sexuel est-il possible ?

Lorsqu’en 2017, la vague #metoo déferle et que les violences sexuelles apparaissent enfin pour ce qu’elles sont – non plus le fait de quelques détraqués mais un système bien rodé, bon nombre de femmes (et d’hommes) se sont retrouvés face à un dérangeante réalité : le sexe et le couple qui devraient être le lieu de notre épanouissement seraient en réalité source d’inconfort, voire de grand danger.
Face à ce déroutant constat, les réponses fusent, confuses : certains cultivent le déni et vantent la fameuse séduction à la française, d’autres en appellent à l’empowerment total et à l’affirmation d’une sexualité conquérante quoi qu’il en coûte, quand d’autres encore font sécession et renoncent à l’hétérosexualité…
Mais au milieu de tout cela, qu’en est-il vraiment de notre désir ? De son expression ? Quelle place la sexualité occupe-t-elle réellement dans notre vie ? Une égalité sexuelle entre les hommes et les femmes est-elle possible ?
Pour répondre à ces questions, Adeline Anfray se lance dans une enquête à la fois personnelle et sociale passionnante, elle interroge et sonde notre rapport à la sexualité, ausculte les violences de genres, les nouveaux modes de rencontre, la question du consentement, notre rapport à la pornographie, les pressions culturelles et marchandes qui pèsent sur nos désirs, mais aussi les nouvelles pistes à explorer, sur notre rapport au corps, au lien, à la solitude, sur ce que l’on veut vraiment, sur nos vulnérabilités. Avec au bout de cette quête sinon des réponses du moins la certitude que s’il n’est sans doute pas possible de nous protéger de tous les agresseurs de ce monde, il reste une place pour l’optimisme, celui de mieux se connaître et de changer… pour le meilleur.




Catégories :Belfond, Contemporain, Documentaire, essai..., Littérature française

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