Au coeur des ombres de Liam Hugginson


Les marcheurs parurent soulagés lorsque Carwyn se leva et annonça son intention de les conduire à leur voiture. S’il avait insisté pour qu’ils passent la nuit sur place, ils n’auraient pas eu le cœur de décliner l’invitation, et malgré les sincères remerciements qu’ils firent à leurs hôtes, ils se réjouirent de quitter enfin la maison. On sentait que quelque chose n’y tournait pas rond, un malheur informulé… impossible pour eux de mettre le doigt dessus; la terreur pesante, oppressante d’une calamité à venir flottait dans l’air, telle la fumée de l’âtre, dans les coins et recoins douillets du cottage.


Premier roman d’un auteur gallois Au cœur des ombres de Liam Higginson, promet un frisson et épouvante. Ici la peur se niche dans la terre, dans le vent, et dans le silence d’un couple acculé par la vie. J’oserais même dire que c’est un thriller horrifique du terroir, ancré dans une atmosphère à couper au couteau.

L’intrigue nous emmène dans les sombres et magnifiques montagnes galloises. Nous y faisons la connaissance de Carwyn et Rhian, un couple d’éleveurs qui vit au rythme âpre de son troupeau et des saisons. Mais le vernis de cette vie craque de toutes parts : l’isolement pèse, les dettes s’accumulent, et une modernité implacable menace d’engloutir leur monde.

Dans cette atmosphère déjà chargée d’une tension palpable, Carwyn, en creusant la terre avec l’obstination du désespoir, va déterrer une mystérieuse statuette. Un acte anodin en apparence, mais qui va agir comme un détonateur, comme un murmure inquiétant : certaines choses ne devraient jamais être déterrées…

La très grande force de Liam Higginson est de faire évoluer son récit là où on ne l’attend pas. Pendant la première partie du roman, l’immersion est celle d’une pure chronique rurale et sociale. L’auteur dépeint avec tendresse le quotidien âpre des paysans, leur lien viscéral à la nature et la tragédie de leur disparition.

Puis, la bascule s’opère. Lentement, sournoisement… Et en tant que lectrice, si j’ai trouvé que l’intrigue tardait à venir, j’ai peu à peu été immergée dans ce récit qui glisse vers le fantastique et l’épouvante. Ce n’est pas une terreur sanglante qui s’abat sur Carwyn et Rhian, mais une menace invisible, insidieuse. L’horreur s’immisce dans les rêves, dans l’ombre même des vallées galloises et dans les mythes locaux. Higginson tisse une toile où d’anciennes croyances viennent bousculer la dureté du réel. La poésie rugueuse des paysages se heurte alors à une tension psychologique qui ne laisse aucun répit au lecteur.

Sous le vernis du fantastique, c’est avant tout une réflexion bouleversante sur la résilience, la mémoire, le deuil. Mais aussi sur l’avenir des agriculteurs, de la campagne que nous chérissons aujourd’hui, sans vraiment en connaitre la valeur. Le roman pose une question redoutable : quels sacrifices sommes-nous prêts à faire pour sauver ce qu’on aime et le monde qui nous entoure ?

La plume est mélancolique, envoûtante et la traduction de Morgane Saysana lui rend pleinement hommage.

C’est le genre de livre que l’on referme avec l’étrange impression d’avoir de la terre sous les ongles et le souffle froid du vent sur la nuque, où les paysages deviennent un personnage, cachant des secrets inavouables, tout en subtilité, et profondément ancré dans le réel.

Je remercie les éditions Rivages pour leur confiance

Parution : 19 août 2026 – Pages : 320 – Éditeur : Rivages – Traduction : Morgane Saysana – Genre : littérature britannique, thriller, thriller horrifique, thriller psychologique, thriller social, thriller rural,

Dans les montagnes galloises, Carwyn et Rhian vivent depuis toujours au rythme de leurs troupeaux et des saisons. Mais ce qui fait leur quotidien semble s’effriter, vaincu par les dettes, l’isolement et une modernité qui leur échappe. Lorsque Carwyn trouve, enfouie dans un coin abandonné de la propriété, une étrange tête sculptée dans la pierre, il se passionne pour sa découverte, persuadé qu’elle pourrait tout sauver. Tandis qu’il creuse et que son obsession grandit, la ferme se délite peu à peu. Certaines choses ne devraient jamais être déterrées…
Entre réalisme et épouvante, « Au coeur des ombres » explore la mémoire des hommes et les croyances qui façonnent le monde. Un premier roman ensorcelant, la découverte d’un conteur hors pair, entre Olga Tokarczuk et Stephen King.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 juillet 2026 au 11 juillet 2027) – Challenge American Year – The Cannibal Lecteur (Du 15 Novembre 2025 Au 15 Novembre 2026)




Catégories :Challenge An American Year, Challenge Polars et Thrillers, Fantastique/Science-fiction/Uchronie/Dystopie..., Horreur/Epouvante, Rivages, Thrillers/Polars

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