Depuis combien de temps était-elle devenue fantôme ? Elle ne comptait plus les jours désincarnés, à avoir cette impression de flotter au-dessus de son existence, à observer le monde en oblique comme à travers un épais drap de cendres.

Avec Maya-fantôme, Caroline Dorka-Fenech signe un roman bref, intense et profondément charnel sur le désir féminin, l’effacement de soi et la possibilité d’une renaissance tardive. Ce troisième roman de l’autrice met en scène Maya Marta, quarante-neuf ans, mère, épouse, femme engluée dans une existence où elle ne se reconnaît plus. L
Le titre fort révélateur, dévoile une Maya présente dans sa vie familiale, dans ses obligations, dans les gestes du quotidien, mais presque disparue d’elle-même. Elle est devenue “fantôme” parce qu’elle ne semble plus habiter pleinement ni son corps, ni son couple, ni son désir. Caroline Dorka-Fenech s’intéresse à ce moment très particulier où une femme comprend qu’elle s’est abandonnée elle-même en cours de route.
L’arrivée de “l’Amiral”, homme rencontré en ligne, agit alors comme un déclencheur. Un pseudonyme, une photo, des messages : il n’en faut pas davantage pour que Maya se sente de nouveau regardée, désirée, réveillée. Entre la chambre conjugale où elle s’efface et l’écran où elle s’invente, elle entre dans une zone trouble, à la fois excitante et dangereuse. Le fantasme devient espace de liberté, mais aussi possible dépendance. Plus la relation virtuelle prend de place, plus la question devient brûlante : jusqu’où peut-on aller pour se retrouver ? Et que risque-t-on de perdre en chemin ?
Le grand intérêt du roman est de ne pas réduire cette histoire à une simple tentation adultère. Maya-fantôme parle moins d’infidélité que de dépossession. Maya ne cherche pas seulement un homme ; elle cherche à exister. Elle veut sentir son corps autrement que comme une masse jugée, subie, encombrante. Elle veut sortir d’une vie où le désir a été repoussé au second plan, presque rendu honteux. À travers elle, Caroline Dorka-Fenech interroge ce que le temps, la maternité, le couple, les complexes physiques et les assignations sociales peuvent faire au corps des femmes.
L’auteure parle du désir féminin, sans l’édulcorer, sans le mettre au second plan comme une décoration qui fait jolie, mais surtout, sans le rendre honteux ou secondaire. Le roman aborde la sexualité comme une question existentielle. Pour Maya, jouir n’est pas seulement une affaire de plaisir ; c’est une manière de se demander si elle a vraiment vécu. Cette interrogation donne au texte une profondeur parfois mélancolique, car derrière la sensualité, il y a l’angoisse du temps qui passe, de la vie à moitié vécue, du corps qui a été regardé par les autres mais trop peu écouté par soi.
Le rapport au corps est également central, Maya se juge, se sent monstrueuse, étrangère à elle-même. Le roman montre combien la dévalorisation physique peut enfermer une femme dans une forme de disparition, où le regard de l’autre, même virtuel, devient alors révélateur. Ce n’est pas forcément qu’il sauve Maya ; c’est plutôt qu’il lui permet de se voir à nouveau comme un être désirant et désiré. Et cette nuance est importante, car le livre serait beaucoup moins intéressant s’il faisait d’un homme la solution à tous ses manques. L’Amiral est davantage un miroir, un danger, une projection, qu’un sauveur.

Caroline Dorka-Fenech prend le temps de décrire les sensations, son écriture est sensuelle, parfois fiévreuse, mais aussi traversée par une forme d’inquiétude, la renaissance n’a rien de paisible. Certaines renaissances, rappelle d’ailleurs la présentation de l’éditeur, “brûlent tout sur leur passage”. Cette phrase résume bien le mouvement du roman : retrouver le désir peut être libérateur, mais cela peut aussi mettre en péril l’équilibre, même fragile, sur lequel une vie s’est construite.
Le roman évoque la puissance ambiguë des relations virtuelles. L’écran permet de se dire, de se réinventer, d’oser une parole que le réel empêche parfois. Mais il peut aussi isoler, absorber, déformer les attentes. Maya s’épanouit dans cet espace, tout en s’y perdant un peu. La rencontre en ligne devient une chambre secrète où elle respire enfin, mais aussi un lieu où le fantasme risque de prendre plus de consistance que la vie elle-même.
C’est un roman qui peut déranger par son aspect abrupte, par sa sensualité, par cette manière de placer le manque au centre de tout. Mais c’est précisément ce qui le rend intéressant. Maya-fantôme rappelle qu’il n’est jamais anodin de revenir à soi.
Maya-fantôme est un roman court, charnel et introspectif sur le désir féminin, la solitude conjugale et la reconquête du corps. Caroline Dorka-Fenech y explore avec finesse l’effacement d’une femme et le trouble d’une renaissance provoquée par une relation virtuelle. Le roman aurait peut-être gagné à approfondir certains aspects de la vie de Maya, mais il séduit par son intensité, son écriture sensorielle et son regard rare sur une femme qui refuse d’être effacée.
Je remercie les Editions de la Martinière et Babelio pour l’envoi de ce livre dans le cadre d’une Masse Critique privilège.
Parution : 21 août 2026 – Éditeur : La Martinière – Pages : 176 – Genre : littérature française, roman social, femmes, contemporain, désir féminin, roman psychologique
Maya Marta a quarante-neuf ans et une peur viscérale : mourir sans avoir jamais connu la jouissance. Entre les devoirs maternels et la dégradation de son mariage, elle se sent étrangère à son propre corps, qu’elle juge monstrueux. Chaque nuit, elle erre sur un site de rencontre à la recherche d’une étincelle.
Jusqu’au soir où apparaît l’Amiral. Un pseudonyme. Une photo.
Entre la chambre conjugale où elle s’efface et l’écran où elle s’invente, Maya s’engage dans une danse risquée. Les mots deviennent caresses. La complicité, une dépendance. Mais quand le fantasme menace de franchir les cent cinquante kilomètres qui les séparent, Maya doit décider jusqu’où elle est prête à aller ― et ce qu’elle est prête à sacrifier.
Catégories :Contemporain, La Martinière, Littérature française

J’ai envie de choses légères en ce moment, ou des trucs qui me tabassent, cherche pas ma Julie 🥰, c’est toute ma personnalité qui ressort 😂
Merci à toi pour le partage de la chronique 🙏 😘 On dirait une caresse. Mais pas que.
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Je te comprends parfaitement ! Je me dis souvent que je veux des lectures légères et finalement, je reviens à des choses plus sociale , qui me bousculent… Moi c’est tout ma personnalité qui change :-p
Merci à toi pour ton gentil message ❤
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Il y a une nuance, toi, tu mûris, et moi, je suis prête à tomber de l’arbre, vu mon âge canonique, que ça va pas s’arranger dans quelques semaines 🤣🤣..
Des bisous à toi 😘
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Oh, je suis peut-être plus mûre que tu ne le penses 😉
Et puis l’âge c’est surfait !
Bisous 😘
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L’âge, c’est surfait, je vais la replacer celle-là 😁. Mais quand ton corps commence à te lâcher, surfait ou pas, tu regrettes de ne pas en avoir profité plus.
Des bisous ma Julie 🥰
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C’est vrai 😉
Bisous ma Lulu ❤
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Quel étrange livre intéressant et attirant… Merci Julie pour cette découverte. Je vais essayer de le lire, il m’interpelle ! 🙂
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Je serais très curieuse de lire des avis de copinautes 😉
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J’aime quand les choses ne sont pas réduites à leur plas simple expression. Mais bon, il n’était pas sur ma liste, j’ai déjà trop à lire et je ne vais pas l’ajouter…
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Disons que ça fait du bien 😉
Je suis certaine que tu as déjà pas mal à lire 😉
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J’ai trop à lire, mais chuuuut 😉
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😅😘
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Pas forcément une lecture vers laquelle j’irai mais je trouve l’angle et le sujet intéressant, et surtout tu décris la plume d’une manière très puissante. Qui sait s’il se retrouve sur mon chemin un jour…
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Figure toi que j’ai été assez surprise et finalement, j’ai apprécié. On parle peu du désir des femmes et encore moins lorsqu’elles sont en couple depuis des années et avec enfants. C’est comme si elles se fondaient dans le couple et perdait leur identité et c’est en partie ce que l’auteure explore. Qui sait il pourrait te plaire 😉
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Entièrement d’accord avec ta vision de la femme dans le couple et le pire ce qu’il n’y a pas la même réciprocité bien sûr pour les hommes…
Merci
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Malheureusement… Ce n’st pas pour rien que beaucoup de femmes, une fois séparées, le restent et je suis la première depuis maintenant 16 ans à apprécier ma tranquillité d’esprit ! et ça n’a pas de prix…
Merci Alexandra ❤
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Je ne peux que comprendre. Tu n’es pas la première, en effet, qui me le dit v.v
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C’est vrai que c’est majoritairement ce que j’entends aussi 🙂
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Merci pour cette belle chronique Julie. Le sujet du roman ne me tente guère mais tu en parles admirablement.
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Merci beaucoup Caroline 🙂 C’est un livre qui ne trouvera pas facilement son public 😉
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Franchement pas le genre de livre vers lequel je vais me diriger, même si tu en parles très bien ! Merci Julie pour cette découverte 🥰
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Avec plaisir ma Céline 🙂 Il va avoir du mal à trouver son public, pourtant c’est très intéressant comme thématique… ❤
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j’essaie de trouver des raisons de ne pas noter tout ce qui me tente mais j’ai déjà plus de 100 romans dans ma liste et des romans qui me semblaient incontournables !
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Pas facile de suivre et lire tout ce qui nous plaît 🙂
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Le thème ne me parle pas outre mesure mais je trouve intéressant que soit évoqué le désir féminin, grand absent de la plupart des livres, un peu comme s’il n’existait pas. Merci de nous faire découvrir des livres pas forcément grand public mais intéressants.
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Pas facile de se diriger vers ce type de lecture 😉
Comme tu dis le thème est intéressant et audacieux, car peu d’auteurs parlent du désir féminin, sans tomber dans vulgaire ou le miserabilisme. A différentes périodes chaque femme peut se poser les questions que se posent le personnage principal 😉
Merci pour le compliment 🙏 ravie de faire découvrir des textes moins visibles 🥰
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Un sujet qui m’intéresse. Je note ce titre.
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Je serais ravie de lire ton avis 😉
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Pas du tout mon style de lecture. Bon week end
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Il en faut pour tous les goûts 😉 Bon week-end Pat 🙂
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