« Mon travail, à l’époque, était simple : corriger les anomalies documentaires. Nous ne faisions pas disparaître des faits. Nous les remettions en cohérence avec les nécessités de la société. Certains événements historiques n’avaient plus leur place dans la mémoire collective. Ils troublaient l’ordre narratif. On appelle cela : rationalisation. J’ai longtemps cru que nous œuvrions pour une vérité supérieure. Que nous protégions l’avenir d’un passé trop douloureux, trop chaotique. »
Erwan L. Mazure (Fragments effacés, Eurocom, 2043)

Underwatch fait partie de ces romans qui se lisent vite, presque d’une traite, mais qui laissent ensuite une impression plus diffuse, plus ambivalente. Si à la lecture, j’ai eu le sentiment d’être face à un monde très proche du nôtre, il faut noter que certaines choses, parfois infimes ont changé, comme si Thibault Vermot avait simplement tourné le curseur de la surveillance un cran plus loin. Ce n’est pas une dystopie spectaculaire, et c’est sans doute ce qui la rend efficace, mais aussi parfois frustrante.
J’ai beaucoup aimé l’idée de départ : une société où la surveillance n’est pas seulement institutionnelle, mais intégrée, acceptée, presque invisible. Cette banalité du contrôle est l’un des points forts du roman. Elle installe un malaise discret, constant, qui accompagne le lecteur tout au long du récit. L’écriture est fluide, nerveuse, l’auteur maîtrise parfaitement le rythme et sait comment tenir ses jeunes lecteurs en haleine.
En revanche, j’aurais souhaité que l’auteur prenne davantage le temps de creuser son univers. Certains éléments restent à l’état d’esquisse, comme si le roman préférait suggérer plutôt qu’explorer en profondeur les conséquences sociales, politiques ou psychologiques de cette surveillance généralisée. Il effleure du bout des doigts des sujets graves, sans jamais en exploiter tout le potentiel. Ce choix se défend, surtout dans un roman destiné à un public adolescent, mais il m’a laissé un goût d’inachevé.

Les personnages sont intéressants, mais m’ont parfois semblé rester à distance émotionnelle, même si l’auteur tente d’exploiter cette fibre. Je les ai suivis avec intérêt, sans toutefois m’y attacher. Cela n’empêche pas l’intrigue d’être prenante, mais m’a plutôt détaché de ce qui pouvait leur arriver lors de certaines situations.
Malgré ces réserves, Underwatch reste une lecture intéressante, aux thématiques qui poussent à la réflexion sur le regard des autres, la normalisation du contrôle, notre propre rapport à la visibilité. Et c’est peut-être là sa vraie réussite : nous pousser à nous demander jusqu’à quel point nous acceptons, nous aussi, d’être observés. Un roman trop sage à mon goût, mais suffisamment intelligent pour laisser une trace après la dernière page, destiné à un public adolescent qui pourrait en apprécier les thématiques.
Je remercie les Editions Casterman et Babelio pour l’envoi de ce livre dans le cadre d’une Masse Critique privilège.
Parution : 5 novembre 2026 – Éditeur : Casterman – Pages : 544 – Genre : littérature française, anticipation, dystopie, fantastique, thriller fantastique, science-fiction, thriller dystopique
Annaë, 15 ans, a grandi dans une société où les moindres fait et gestes sont scrutés, contrôlés, et la mémoire collective manipulée. Censée suivre un parcours de vie tout tracé sans poser de questions, Annaë ne pense pourtant qu’à une chose : garder une part de liberté et préserver le lien précieux avec ses meilleures amies, Jasmine, Malia et Aline. La disparition brutale de Romuald, un garçon de leur âge parti enquêter sur un mystérieux wagon enfoui au coeur de la forêt, résonne comme un appel à la révolte pour le groupe de filles. Elles décident alors de se lancer dans une expédition interdite pour le retrouver et pour échapper ensemble au regard permanent du système. Mais elles ne sont pas seules sur les traces de Romuald et, surtout, leur échappée va rapidement virer au cauchemar, dans une confrontation avec le passé qui n’était pas censé être déterré.



Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 juillet 2025 au 11 juillet 2026)
Ju lit Les Mots
– Blog littéraire – Critiques littéraires – Co-fondatrice Prix des auteurs inconnus – Membre the funky geek club – Contributrice journal 20 minutes –
Catégories :Casterman, Challenge Polars et Thrillers, Fantastique/Science-fiction/Uchronie/Dystopie..., L'Homme sans nom, Littérature américaine, Thrillers/Polars

Merci Julie pour cette chronique. Je ne savais pas que les éditions Casterman éditaient des romans jeunesse !
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