Les avis de Céline C. : Le jour où Kennedy n’est pas mort de R.J. Ellory


L’odeur d’un cadavre n’était semblable à aucune autre. Fermentée, d’une douceur écœurante, comme de la merde et de la viande pourrie aspergées de parfum bon marché. Apparemment les bactéries s’accrochaient aux poils des narines et on pouvait retrouver leur relent pendant des semaines. La mort pénétrait tout – vêtements, peau, la bouche et la gorge. Et qu’importait que vous l’ayez sentie un nombre incalculable de fois, il était impossible de se prémunir contre le besoin instinctif de vomir et de partir en courant.


Ma première rencontre avec R.J. Ellory date de plus de 15 ans et s’était soldée par un abandon avec son roman le plus célèbre « Seul le silence ». Je suis passée à côté de ce texte, ou bien ce n’était pas le moment. Quoi qu’il en soit, les années ont passé et j’avoue que j’étais réticente à tenter à nouveau. Depuis, j’ai lu de nombreux bons avis et autres chroniques sur les romans de l’auteur. Aurais-je loupé quelque chose ? (encore une fois). Puis, grâce à Frédéric, sa passion et son enthousiasme pour R.J. Ellory, j’ai enfin pu redécouvrir sa plume, avec ce titre qui m’a intriguée.

Et si Kennedy n’était pas mort le 22 novembre 1963 ? C’est avec ce postulat de départ que Ellory déroule l’intrigue de cette uchronie. Au centre de celle-ci, Mitchell Newman, un photojournaliste rongé par l’alcool et les ressentiments, abimé par ces choix passés, qui apprend le suicide de son ex-fiancée, Jean Boyd, journaliste tout comme lui. Cette mort le bouscule, mais le laisse également perplexe ; il ne croit pas un seul instant à la thèse du suicide. Le décès de Jean plonge Mitch dans un abîme de souvenirs, de questionnements, d’apitoiements. Malgré le marasme psychologique dans lequel il sombre, il trouve la force de mener son enquête afin de comprendre pourquoi Jean s’est suicidée (ou plutôt d’élucider sa mort). Jean enquêtait sur les Kennedy, n’est-ce pas une raison suffisante pour se faire assassiner ? Mitch se lance alors dans la même enquête que son ex-fiancée, et suit ses traces jusqu’à Dallas notamment. Jusqu’à ce mois de novembre où Kennedy n’est donc pas mort. Et il est convaincu qu’il trouvera une explication plausible à toute cette histoire. Effectivement, sa difficile enquête le mènera vers la vérité. Vers des vérités. Qu’il n’est peut-être pas prêt à entendre.

Le cœur de ce roman est le personnage principal de Mitch, auquel on s’attache (même si je l’avoue, j’avais parfois envie de lui coller une petite claque derrière la tête en l’insultant, et en lui disant de se bouger les fesses au lieu de chouiner). Ellory n’a pas son pareil pour apporter de la substance à Mitch, son passé, son présent, ses états-d’âme, ses failles ; j’ai apprécié sa manière de brosser ce personnage, tout comme les autres.

J’ai beaucoup appris sur l’homme de pouvoir qu’était Kennedy, sur sa famille pour le moins singulière, et dont l’image a toujours été floue pour moi. Une belle façon d’intégrer l’Histoire dans l’intrigue qui est parfaitement bien menée. 

La plume est à l’avenant ; je l’ai trouvée tantôt poétique, tantôt métaphorique. Un style élégant, mais abordable, que je n’imaginais pas après mon abandon de « Seul le silence ». 

J’ai trouvé malgré tout quelques répétitions et longueurs vers la fin du roman, qui n’enlèvent rien à la qualité de l’intrigue, et à l’histoire que Ellory a créée. Visiblement, un auteur qui aime raconter. Et j’apprécie beaucoup ce talent de conteur. 


Parution : 04 juin 2020 – Pages : 426 – Éditeur : Sonatine Editions – Genre : littérature anglaise, policier, polar

La vérité est plus forte que tout.

C’est l’une des histoires les plus connues au monde – et l’une des plus obscures. Le 22 novembre 1963, le cortège présidentiel de John F. Kennedy traverse Dealey Plaza. Lui et son épouse Jackie saluent la foule, quand soudain… Quand soudain rien : le président ne mourra pas ce jour-là. En revanche, peu après, le photojournaliste Mitch Newman apprend le suicide de son ex-fiancée, Jean Boyd, dans des circonstances inexpliquées. Le souvenir de cet amour chevillé au corps, Mitch tente de comprendre ce qui s’est passé. Découvrant que Jean enquêtait sur la famille Kennedy, il s’aventure peu à peu dans un monde aussi dangereux que complexe : le cœur sombre de la politique américaine.

Sexe et manipulations, mensonges et assassinats… Dans cette histoire alternative, à mi-chemin entre 22/11/63 de Stephen King et les thrillers paranoïaques des années 1970, JFK semble avoir échappé à son destin. Mais pour combien de temps ? 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 juillet 2025 au 11 juillet 2026)


Ju lit les mots
– Blog littéraire – Critiques littéraires – Co-fondatrice Prix des auteurs inconnus – Contributrice journal 20 minutes – Membre Association REBOOT

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Catégories :Actes Sud, Challenge Polars et Thrillers, Les avis de Céline C., Littérature française, Thrillers/Polars

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9 réponses

  1. Oh, merci de me faire découvrir, ce titre de Ellory que je ne connaissais pas. Pourtant le sujet peut m’intéresser et vu que j’ai déjà apprécié l’auteur sur d’autres de ses titres, dont Seul le silence, ça pourrait le faire 😄

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    • Avec plaisir Alexandra 😊. Oui ça pourrait le faire, surtout si tu as apprécié Seul le silence. Je compte lire d’autres de ses romans, surtout qu’il y en a quelques uns à la bibliothèque 😉

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  2. J’aime beaucoup Ellory, mais je n’ai jamais pu finir ce bouquin….

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  3. Je n’ai jamais été fascinée par les Kennedy, pour autant le postulat me plaît beaucoup. Quant au protagoniste, il semble finement travaillé et développé.
    Les longueurs de fin me font un peu peur mais elles ont l’air de ne pas du tout avoir gâché ton plaisir de lecture.

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    • C’est ce postulat qui m’a intriguée, même si comme toi les Kennedy ne m’intéressent pas vraiment. Les longueurs ont eu un impact limité sur ma lecture 😉

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  4. Je ne peux m’empêcher de penser au livre de Stephen King en te lisant, même si le fantastique n’a pas sa place ici. Je crois n’avoir jamais lu l’auteur, mais j’ai quelques titres que je souhaite découvrir dont Seul le silence 🙂

    Merci Céline pour cet avis très intéressant 🙂

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