Avis express de Céline C. : l’essentiel en quelques mots

Les avis express sont plus courts et moins détaillés que les chroniques habituelles, mais ils permettent de partager des impressions sur des lectures que je n’aurais pas le temps de chroniquer en profondeur, mais que j’ai envie de partager avec vous.

La Laïcité est-elle contre les religions ? de Nathalie Wolff 

Parution : 07 juin 2024 – Pages : 32 – Editeur : La Martinière – collection : ALT – Genre : Essai | Littérature française

La laïcité : un enjeu de société qui fait débat. Aux regards de son histoire et des pratiques de la vie quotidienne, comment la définir ? « Mais Madame, vous ne pensez-pas que la laïcité en France est un outil contre les religions, et surtout contre l’islam ? ». Depuis que Nathalie Wolff enseigne les droits de l’homme à l’université, les étudiants lui posent systématiquement cette question. Comment la laïcité – aussi évidente que l’air que nous respirons pendant des décennies – est-elle aujourd’hui devenue un (gros) mot porteur de passions et surtout de crispations ? Pourquoi la laïcité fait-elle autant débat ? Au regard de son histoire et des pratiques de la vie quotidienne, comment la définir ? Le sujet devient de plus en plus difficile à aborder au collège et au lycée, l’assassinat de Samuel Paty et Dominique Bernard ayant fortement marqué l’ensemble du corps enseignant. Le problème est d’autant plus complexe que certains partis politiques prennent la laïcité en otage et la dévoient à des fins xénophobes, précisément contraires à son esprit. Afin d’éviter les malentendus et les confusions parfois dangereuses, il est donc indispensable de revenir sur la notion de laïcité, d’expliquer son sens et ses fondements pour continuer, in fine, à faire société. Dans ce texte incarné, Nathalie Wolff rappelle l’origine et le rôle de la laïcité, montre ses avantages et ses limites, et se penche sur l’adéquation entre féministe et religion.

Je poursuis ma découverte des petits essais de la collection ALT des éditions de La Martinière, essais destinés à la jeunesse (15-25 ans). Après celui sur le climat, sur le racisme, et sur le féminisme, j’ai lu celui sur la laïcité. Et j’avoue que celui-ci est particulièrement intéressant. L’auteure est précise et claire dans ses propos, et met les choses à plat avec ce recul nécessaire qu’il convient d’avoir pour évoquer ce sujet devenu brûlant. Ce texte reprend tout depuis le début, apporte l’historique de cette notion de laïcité et met des définitions sur les mots. S’y ajoutent le contexte actuel et une analyse de ce qui met en danger notre laïcité, si chèrement acquise. Un essai bien construit, bien mené, complet, où il est aussi question des femmes, du racisme, et de tolérance. 

À mettre entre toutes les mains, des petits et des grands. Un essentiel. 


Voter, est-ce encore utile ? d’Aminata Dembélé 

Parution : 28 juin 2024 – Pages : 32 – Editeur : La Martinière – collection : ALT – Genre : Essai | Littérature française

Voter est-ce encore utile ? Cette question émerge alors que notre société traverse une crise démocratique majeure qui divise et démoralise. Entre promesses non tenues, montée des extrêmes, manque de représentation et corruption, on constate un fossé grandissant entre la demande des citoyens et une offre politique qui ne convainc pas. Dans un contexte où l’abstention et le désenchantement politique ne cessent de croître, la question de l’utilité du vote devient cruciale. Dans cet essai incisif et passionné, Aminata Dembélé nous plonge au cœur de l’importance du suffrage universel et illustre comment chaque voix peut contribuer à préserver nos droits, nos libertés et façonner un avenir meilleur. À travers des exemples concrets et des analyses percutantes, elle démontre que le vote n’est pas seulement un droit, mais un devoir civique essentiel pour la justice sociale, économique et environnementale.

Encore une fois ce petit essai a répondu à mes attentes. Et même si je ne suis pas la cible, il a le mérite de poser les bonnes questions et d’ouvrir le débat. Cet essai se divise en deux parties : Le vote, un rempart aux crises qui fragilisent notre société et Le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. Il y est question de l’abstention, du vote blanc, ou encore de l’obligation de voter (comme nos amis belges qui, je l’ai appris, ont l’obligation de voter sous peine d’amende : « En Belgique, un électeur qui ne se rend pas aux urnes peut se voir infliger une amende de 40 à 80 €, et jusqu’à 200€ en cas de récidive »).

Chiffres à l’appui, l’auteure décortique ce que représente ce droit civique ; elle explique et argumente sur le pourquoi il est essentiel de voter, quand bien même nous sommes désabusés par nos politiques. Il est aussi question des médias, des extrêmes, mais aussi de l’existence d’autres modèles qui permettent de voter et de nous exprimer.

À lire, pour les jeunes en âge de voter, les prochaines échéances arrivent bientôt, et pour les adultes, qui, comme moi, ont besoin de se remettre les idées en place, après avoir asséné des « ils se moquent de nous, je ne vais plus voter » (en vérité, c’était beaucoup moins poli quand, agacée, je me suis exprimée sur le sujet).

Bonne lecture et bonne réflexion.

Nullipares, et alors ? Etre sans enfants, Collectif coordonné par Chloé Delaume.

Parution : 18 septembre 2024 – Pages : 176 – Éditeur Points – Genre : Document | Essai | Littérature française

Dans notre société, l’assignation fondamentale est celle de la reproduction. Ne pas donner la vie alors qu’on le pourrait est perçu comme une faute ou une anomalie, à croire ce choix inconcevable. Dans ce livre, onze voix de nullipares. Qui s’y livrent, ou délivrent informations et réflexions. Des textes aux formes très différentes, à l’instar des parcours de vie. Où l’on peut voir à quel point être sans enfant n’exclut ni la notion de transmission, ni le sens de l’humour. Sous la direction de : Chloé Delaume
Avec les textes de : Mona Chollet, Rokhaya Diallo, Mathilde Forget, Amandine Gay, Océan, Aurélie Olivier, Lydie Salvayre, Jane Sautière, Nina Yargekov, Bettina Zourli

Cet ouvrage prend la forme d’un recueil de textes de différentes formes, de plusieurs auteures, qui confient leurs réflexions, comment elles ont vécu, vivent le fait d’être sans enfant.

Une question qui a toujours taraudé la société, comme si la question de savoir pourquoi une femme n’éprouvait pas le besoin de se reproduire était plus essentielle que celle de savoir pourquoi une femme le faisait. Bien entendu, étant moi-même nullipare, ces textes m’ont tous parlé, ou ont évoqué un moment de ma vie, ou m’ont fait sourire, réfléchir. J’aime l’idée que l’on puisse aujourd’hui pouvoir s’exprimer davantage sur le sujet. À mon époque, quand j’étais encore en âge de procréer, ce choix plutôt rare et mal compris, m’a valu quelques déconvenues. Au cours de ces années, le poids sociétal a été terrible, parfois blessant, tout comme le regard de certains proches, avides de questions et autres remarques invasives (hélas, alors que je me rapproche de l’âge d’être grand-mère, les questions, sur mes hypothétiques petits-enfants, vont revenir sur le tapis).

Je me suis donc retrouvée à travers les textes de ces dix auteures qui, chacune à sa manière, se livrent sur ce sujet intime, et comme certaines d’entre elles, j’ai tout entendu : « que tu es égoïste », « quelle tristesse alors que tant de femmes ne peuvent pas avoir d’enfants (???) », ou alors l’éternel : « mais pourquoi ? ». Autant d’interrogations, ou parfois même d’injonctions, qui sont le lot des nullipares.

Un sujet sociétal traité ici d’une belle manière.

« Et je vois bien comment nous pouvons être liées par la question de la procréation, les nullipares et les autres, combien nous sommes des proches quelle que soit l’issue de nos choix, car, toutes nous avons à composer avec cette question. Même lorsqu’elle se présente avec une netteté parfaite, il y a dans le choix d’avoir ou pas un enfant une part commune, une oscillation, une mesure par l’imaginaire, les aléas d’une vie, les obscurités qui nous fondent tout autant que nos clartés ». Jane Sautière


Avorter, un droit en danger ? de Ghada Hatem 

Parution : 13 janvier 2023 – Pages : 32 – Editeur : La Martinière – collection : ALT – Genre : Essai | Littérature française

Un tête à tête avec Ghada Hatem sur l’avortement et le droit des femmes à disposer de leur corps. Les femmes ont toujours eu recours à l’avortement, qu’il soit autorisé ou non, souvent au péril de leur vie. Si de nombreux pays ont rendu légale l’Interruption volontaire de grossesse (IVG) au cours des dernières décennies, ce droit difficilement acquis, pour et par les femmes, est aujourd’hui en pleine régression. Pourquoi l’avortement est-il encore autant sujet à débats ?

Ghada Hatem retrace dans ce texte engagé les jalons de l’histoire complexe de l’avortement. Avorter : est-ce bien ou mal ? Loin de du jugement d’ordre moral, elle livre un manifeste en faveur du droit des femmes à disposer de leur corps !

L’auteur : Profondément humaniste, engagée sur le terrain au quotidien, Ghada Hatem est une médecin qui donne du sens à son métier grâce à son combat féministe. Elle dirige la Maison des femmes à Saint-Denis, un lieu qu’elle a fondé en 2016, où l’on accueille et soigne les victimes de violences de toutes sortes. A l’hôpital Begin et celui de Saint-Denis, Ghada Hatem accompagne chaque jour des femmes confrontées, entre autres, à une grossesse non désirée.

Nouvelle lecture d’un essai de la collection ALT, cette fois-ci sur le thème du droit à l’avortement. L’auteure, gynécologue-obstétricienne, qui intervient dans les collèges et les lycées, commence ce texte en mettant en exergue une question que certains jeunes lui posent régulièrement : « Mais docteur, ça ne vous empêche pas de dormir, vous, tous ces bébés qui vous avez tués ? ». Puis, elle poursuit avec ces chiffres : « Seulement 66% des 18-24 ans défendent le droit à l’avortement, contre 84% des 50 ans et plus ». Je dois avouer que je ne les connaissais pas et qu’ils m’ont surprise.

Dans ce petit essai clair et bien construit, l’auteure retrace l’histoire de ce droit chèrement acquis, grâce à des activistes infatigables ; elle répond aux questions/affirmations que peuvent se poser certaines personnes, que mettent en avant les détracteurs de ce droit. Elle explique les lois en vigueur dans le monde (l’avortement est encore illégal dans de nombreux pays) et leur évolution, parfois dans le mauvais sens, ce qui met les femmes, surtout les plus pauvres, dans des situations dangereuses. Des lois la plupart du temps votées par des hommes. Le cas récent des Etats-Unis est bien entendu évoqué.

Encore une fois, ce texte didactique, et engagé, est essentiel ; il est à mettre entre toutes les mains, des plus jeunes, de celles (ceux) qui devront prendre le relais des militantes d’aujourd’hui. 


Ju lit les mots

– Blog littéraire – Critiques littéraires – Co-fondatrice Prix des auteurs inconnus – Contributrice journal 20 minutes – Membre the funky geek club


Catégories :avis express, BD/Romans graphiques, Documentaire, essai..., La Martinière, Littérature française, Points

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1 réponse

  1. Je trouve ces sujets très intéressants, actuels et le format semble très plaisant à lire. Concernant l’essai Nullipares, et alors ? comme quoi le corps des femmes est un sujet qui intéresse tout le monde ! Soumis aux injonctions sociétales, mais aussi à celles des hommes ! Cela ne devrait même pas aborder. Cela peut être un sujet douloureux à évoquer…

    Merci Céline pour cette présentation, c’est toujours agréable à lire 🙂

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