Un livre, un extrait… De si bonnes amies de Amy Gentry

— Je m’appelle Amanda, déclara-t-elle en me tendant la main. J’admire vraiment la façon dont vous avez géré le type de tout à l’heure et je me suis dit que ça méritait bien un verre.

C’était exactement ce que j’avais deviné ; elle avait assisté à tout mon spectacle mais n’avait commencé à s’y intéresser vraiment que lorsque le mec m’avait interrompue. Ça jetait un éclairage différent sur le verre qu’elle m’offrait.

— Dana, répondis-je en lui serrant la main. Merci. Même si ça ne m’a pas attiré les faveurs du public pour autant.

— Les gens n’aiment pas qu’on leur dise la vérité. Mais les types dans son genre doivent être remis à leur place.

Les types dans son genre. C’était presque mignon.

— Vous n’êtes pas une habituée du stand-up, pas vrai ?

Amanda sourit.

— Non, admit-elle. J’ai emménagé ici il y a seulement quelques semaines.

Je ne compris pas si c’était censé expliquer pourquoi elle n’assistait pas souvent à des spectacles d’impro ou si c’était la raison de sa présence ce soir.

— Eh bien, Amanda, sachez que « On veut voir tes seins » est aussi habituel dans les shows de stand-up féminins que le bruit dans une cour de récré. Si on n’est pas capable de prendre sur soi…

Je haussai les épaules.

— Vous subissez ce type de harcèlement à chaque fois ? demanda-t-elle, incrédule et choquée. Et vous devez le supporter sans rien dire ?

— Les perturbateurs s’en prennent à tout le monde, répondis-je, un peu mal à l’aise. C’est un des inconvénients du métier. Mais ce n’est pas si pénible que ça. Je vous assure, poursuivis-je en riant. Je préfère un gars du public un peu chiant plutôt qu’une remarque déplacée de la part du présentateur.

— Ça arrive ?

— Ça ou des blagues douteuses sur le viol de la part du mec qui me précède. Ou, mon préféré, quand quelqu’un vient vous voir après votre show pour vous dire « Vous êtes marrante, pour une nana ».

J’en avais assez d’entendre toujours les mêmes rengaines sur ce que subissaient les « comiques femmes » et quand une autre femme s’en plaignait, je faisais la sourde oreille. Pas qu’elles n’aient pas de raisons de se plaindre, mais je ne voyais juste pas l’intérêt de s’y attarder. Cependant, devant l’expression sidérée d’Amanda, je m’en délectais tout d’un coup.

— Il faut vraiment se blinder, constata-t-elle en secouant la tête.

 » Cela n’a rien à voir avec la justice. C’est de la vengeance. Pure et simple.  » Dana Diaz est comédienne de stand-up à Austin, Texas. Lorsqu’elle se lie d’amitié avec Amanda Dorn, programmeuse informatique, toutes deux se confient leurs terribles expériences dans des milieux presque exclusivement masculins – et notamment l’abus sexuel que Dana a récemment subi à Los Angeles. Amanda échafaude alors un plan parfait pour se venger de ceux qui les ont humiliées : chacune se chargera de punir l’agresseur de l’autre.
Mais, rapidement, Dana s’interroge : jusqu’où peut-on aller dans la vengeance sans y perdre son âme ?

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