Un livre, un extrait… Happy fucking Christmas, dear Janet !

Les gens n’aiment pas ma tristesse. Ils sont prêts à tout pour nier son existence, pour nier mon existence à moi. Si je n’avais pas choisi de travailler dans un refuge pour chiens délabré perdu au milieu des bois, ils m’auraient sans doute exilée dans un magasin d’usine au fin fond d’une zone commerciale.

Et pourtant je suis là, j’existe. Plus ou moins. Coucou !

Il n’existe pas de mot en anglais pour décrire ce que j’éprouve. Ce sentiment qui met les autres mal à l’aise. Le sentiment qu’ils voudraient que je soigne avec du maquillage, un pull propre, une jolie robe et des chaussures. Des chaussures de fille, pas des écrase-merdes, ou en tout cas pas des pompes de mec. Comme si les pompes avaient une préférence. Comme si de nos jours un homme ne pouvait pas porter une robe. Comme si un chien ne le pouvait pas.

Les Japonais ont un terme pour ça : mono no aware, la tristesse des choses.

Les existentialistes ont basé toute une théorie là-dessus – ils ont littéralement transformé le néant en philosophie –, mais, pour être membre du club, il faut accepter pleinement la tristesse. Je ne serais pas contre, si Sartre n’était pas un gros misogyne.

Les Français parlent de malaise, je crois, ce qui me fait penser à une sauce.

Les intellos branchés préfèrent mélancolie, à cause du film de Lars von Trier où Kirsten Dunst sanglote à la lune.

Avant, les vieux parlaient de se ronger les sangs, mais je suppose que c’est parce qu’ils n’avaient rien d’autre à se mettre sous la dent et qu’ils mouraient tous de trucs pas possibles, genre le rachitisme ou la syphilis.

Ma mère dit simplement : de mauvaise humeur. Difficile.

Les Japonais, eux, ont tout compris. Ils ont quatorze mots qui n’existent pas en anglais pour décrire ça : le sentiment qu’il est presque impossible de garder la tête hors de l’eau.

Parution : 7 octobre 2021 – Éditeur : cherche midi – Pages :304 – Genre : humour noir

Voici Janet. Janet est triste. Pas seulement pour elle : pour le monde. Le monde, vous savez ? Ce show merdique qui est en train de très mal se terminer. C’est pourquoi Janet s’est isolée : elle travaille dans un refuge pour chiens, au milieu des bois. Là, au grand dam de son petit ami, elle peut éviter au maximum le contact avec les humains.
C’est que, voyez-vous, Janet n’a pas envie de rendre les autres tristes. Elle n’a pas envie de se pointer dans une maternité et d’expliquer aux nouveaux parents que, d’une manière ou d’une autre, ils vont foutre la vie de leur gosse en l’air.
Et cependant, il lui arrive parfois de se demander à quoi ça pourrait ressembler, de ne pas être triste. Aussi, quand son médecin lui parle d’un nouvel antidépresseur qui pourrait lui permettre d’être heureuse pour Noël, Janet, sur un coup de tête, tente sa chance. C’est le début d’une série d’événements improbables qui vont chambouler son quotidien et l’obliger à remettre en question sa vision radicalement pessimiste de l’existence.



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