Rentrée littéraire 2024 : Voyage interstellaire ou échappatoire terrestre ? Une exploration de Girlfriend on Mars de Deborah Willis

… Elle ne peut concevoir d’envoyer un enfant dans ce monde. Les épidémies, les inondations, les incendies, les denctrones du pin, les krachs boursiers, les guerres, les génocides, la montée du niveau des océans, les nuages de sauterelles. En cette d’urgence chronique, comment font les gens pour tenir leurs enfants dans les bras sans être désespérés. Comment font-ils pour trouver l’espoir? »

Je suis toujours attirée par des livres différents et encore une fois cela se confirme avec ce livre.

Dans une société de plus en plus fragmentée, où le paraître devient la norme, nos rapports humains sont de plus en plus faussés et il devient de plus en plus difficile de distinguer le réel.

À travers Amber et Kevin, couple attachant, représentatif d’une génération de jeunes anxieux, qui a du mal à trouver sa place dans une société en perdition, où l’avenir fait peur, l’auteure caricature avec beaucoup d’humour la téléréalité, mais aussi les réseaux sociaux, tout en mettant l’état du Monde au centre de son intrigue.

La téléréalité a testé tous les concepts possibles et inimaginables, entre « Familles nombreuses » qui porte sur les rapports familiaux, « Les anges de la téléréalité » dans laquelle il vaut mieux être à poil qu’intelligent, ou bien « Bienvenue au monastère », on passe du décadent au puritanisme sans passer par la case du milieu. Il n’y avait donc qu’un pas à franchir pour lancer une téléréalité sur Mars ! Pour gagner son ticket, ce n’est pas moins que le renoncement à la vie sur terre, puisque c’est un aller sans retour, que les candidats au départ acceptent avec plaisir puisqu’ils partent à la conquête de mars et vont peupler cette planète pour permettre aux générations futures de s’y établir !

Jusque-là, c’est farfelu, mais c’est tellement bien amené, décortiqué que tout est plausible !

L’auteure décrit avec brio l’envers du décor des médias, jouant sur la fragilité des personnages, en quête de sens et d’espoir qui ne trouve plus leur place dans un monde en perdition. Où les relations sont parfois biaisées, puisque même la cellule familiale n’arrive plus à apporter l’équilibre dont on a besoin.

J’ai beaucoup aimé ce couple qui s’aime, mais qui ne vogue plus sur les mêmes vagues, où chacun aspire à des rêves différents. Il faut pourtant, parfois, partir loin, à l’autre bout de la galaxie pour s’apercevoir que tout était à portée de main et que le rêve pouvait se vivre au quotidien. C’est à chaque être humain de transcender sa vie pour en faire un havre de paix et en être satisfait.

[….] La vie n’est pas affaire de compétition […] La vie est affaire de lien.

J’ai tout aimé dans ce livre !

La plume de l’auteure est à la fois drôle et dramatique, les sujets écologiques même s’ils sont présents, c’est bien pour ça qu’on part sur Mars, ne viennent pas plomber le récit, et c’est bien plus profond que cette téléréalité.

Le ton caustique est jubilatoire et révèle des fêlures bien tristes, mais tout passe mieux sous le joug de la satire, où l’éthique est balayée au profit des likes, de l’audimat où tout est faux.

C’est un roman qui m’a fait passer un excellent moment et que j’ai lu en 2 jours, donc autant vous dire que j’ai aimé !

Un roman corrosif, rythmé, où la tragédie se mêle au comique, grâce auquel on comprend que la vie vaut bien d’être vécue sur cette boule bleue, si on s’en donne les moyens.

Je remercie les Éditions Rivages pour leur confiance.


Parution : 21 août 2024 – Éditeur : Rivages – Pages : 496 – Traduction : Clément Baude – Genre : réseaux sociaux, exploration spatiale, téléréalité, littérature américaine, thriller d’anticipation

Satirique, pop et acidulé, « Girlfriend on Mars » signe l’entrée en littérature d’une nouvelle voix féminine euphorisante à l’humour dévastateur, pleine d’amour pour l’humanité d’ici bas. A travers des personnages aussi drôles qu’attachants, avec un rythme et un sens des dialogues dignes des meilleures séries, Deborah Willis dresse une satire super maligne de notre rapport modifié au réel dans une société de plus en plus fake, et pose un regard tendre sur nos fragiles éthiques individuelles. Entre quête de gloire et crise environnementale, ce roman pourrait bien être le manifeste ultramoderne d’une nouvelle génération contrainte d’adapter ses ambitions à l’ère des réseaux sociaux et de l’éco-anxiété.


Ju lit Les Mots

– Blog littéraire – Critiques littéraires – Co-fondatrice Prix des auteurs inconnus – Membre Association REBOOT – Contributrice journal 20 minutes –


Challenge American Year – The Cannibal Lecteur et Chroniques Littéraires (du 15 novembre 2023 au 15 novembre 2024) Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 juillet 2024 au 11 juillet 2025)Challenge marsien (autour de la planète Mars) du 1er mars 2024 et jusqu’au 31 mars 2025


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Catégories :Challenge Polars et Thrillers, Challenge un pavé par mois, Horreur/Epouvante, Rivages, Thrillers/Polars

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33 réponses

  1. j’étais curieux de ce livre, merci pour ce bel avis !

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  2. Je l’avais mis dans ma liste des peut-être mais ton avis me pousse à l’ajouter dans ma liste des à lire. Le roman en plus d’un point de départ intéressant semble non dénué de pertinence.

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  3. Rivages a souvent des petites pépites comme ça en SF depuis qu’ils ont ouvert leurs collection, c’est vrai.
    Celui-ci a l’air corrosif à souhait. Je note !

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  4. Merci Julie pour ce beau retour sur ce livre.

    Quand tu nous as dit que tu le lisais, j’ai regardé le résumé (je sais, je sais) et je dois t’avouer que ton avis me donne bien plus envie que la 4e de couv 😉

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  5. En commençant ta chronique, j’ai cru que tu blaguais en parlant d’une émission appelé « Bienvenue au monastère » et puis, un petit tour sur Google et je découvre que ça existe vraiment. Franchement, j’ai cru à une blague ce concept 😂 Mais bon, il en faut pour tout le monde, moi aussi j’ai mes pêchés mignons télévisés après tout. 🤭 Je ne me serais pas forcément arrêté sur ce livre en voyant la couverture (même si elle est jolie), mais il a l’air sympathique à découvrir.

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  6. Il me tentait déjà, ce livre, avant. Mais maintenant, il me tente vraiment beaucoup !

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  7. Ce titre a de bons retours dans ma librairie préférée, il me tentait du coup ! Ta note fait encore un peu pencher la balance … Mais pas tout de suite, en sortie poche plutôt.

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  8. Chouette, j’aime quand c’est caustique !

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  9. Oh ça a l’air génial!

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  10. La télé-réalité pour un aller sans retour vers Mars, ça me fait penser au « Pitch » de la série Phobos (5 volumes) de Victor Dixen, que j’ai lue et qu’il faut que je chronique…

    Girlfriend on Mars vous permet d’être la douzième participante au challenge marsien (participation bien prise en compte – et ça fera le troisième challenge auquel participera votre billet, bravo!).

    Merci pour cette idée supplémentaire à rajouter à ma propre liste de lecture!

    (s) ta d loi du cine, « squatter » chez dasola

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  11. J’adore le cynisme et le farfelu, et l’histoire de ce couple m’intéresse. De toute façon, rares sont les livres de chez Rivages qui ne m’intéressent pas. 😁

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  12. J’avais vu passer quelques avis très enthousiastes aussi sur Instagram. Les avis anglophones m’ont l’air plus mitigés. Il faudrait que je le lise pour savoir dans quel camp je me situerais.:)

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