Un livre, un extrait… Darwin – Le dernier chapitre de Michel Moatti

«Carnet Moss»

Récit de Morgan Moss, cartographe du bord

3 juin 1865

Le récit qui va suivre pourrait sembler tout à fait excentrique si le lecteur n’admet pas qu’il concerne les aventures, non de l’éminent savant au visage désormais connu de tous, aux cheveux blancs, abondamment barbu, au nez rond et aux yeux singulièrement perçants, mais d’un tout jeune naturaliste, à peine âgé de 23 ans, évadé de l’université de Cambridge et flottant dans un paletot gris mal dessiné par un tailleur de seconde classe.

J’avais à l’époque du Beagle tout juste un an de moins que Darwin, mais je possédais beaucoup plus de mer que lui. Pour parler franchement, il n’avait aucune connaissance des choses du large et de l’océan. C’était ce que nous appelions dans notre langage un freshman : un novice absolu. La quasi-totalité des termes du bord lui échappait. Il mit une semaine à reconnaître le bâbord du tribord et la poupe de la proue. Je n’évoquerai même pas la misaine ou la dunette, mots qu’il confondit sans cesse durant les cinq années que je passai avec lui et dont, aujourd’hui encore, il doit ignorer la véritable signification. Il fallait sans arrêt le faire se retourner pour le mettre dans le sens de son destin, c’est-à-dire le nez vers la proue.

Malgré nos efforts, il continua longtemps à se déplacer avec les plus grandes difficultés et son allure oscillante, qu’il essaya un temps de dissimuler avant de renoncer tout à fait, lui donnait l’allure d’un ivrogne. Secoué perpétuellement par un mal de mer qu’il maudissait sans pouvoir s’en défaire, Darwin afficha tout au long de ces années le teint pâle des pulmonaires et le cheveu hirsute des déments.


Parution : 04 avril 2024 – Éditeur : Hervé Chopin Éditions – Pages : 464 – Genre : aventures, policier historique, littérature française

Les mystères du grand voyage de Darwin.

À la fin du mois de décembre 1831, le navire d’exploration HMS Beagle quitte Plymouth, au sud de l’Angleterre. Son commandant, Robert FitzRoy, a invité à bord un jeune naturaliste tout juste sorti de l’université de Cambridge, Charles Darwin. Son rôle : lui servir de compagnon de mer, être « un gentleman de bonne conversation », susceptible de lui éviter les mois d’intense solitude du cap Horn, de la Terre de Feu, de la Patagonie et des cinquantièmes hurlants.

Ce voyage va durer cinq années et Charles Darwin tombe rapidement malade. Alternant profonde détresse, crises aiguës et périodes d’accalmie, il entend néanmoins rapporter, au péril de sa vie et de sa raison, une somme considérable d’observations et de travaux qui pourraient révolutionner la science et le monde.

Inspiré par les journaux de bord du capitaine Robert FitzRoy, le carnet de voyage et les Lettres du Beagle de Charles Darwin, un roman d’aventure nimbé de mystère.


Ju lit les mots

– Blog littéraire – Critiques littéraires – Co-fondatrice Prix des auteurs inconnus – Contributrice journal 20 minutes – Membre the funky geek club


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