Avis express : l’essentiel en quelques mots

Pour le moment ces avis express seront consacrés aux romans graphiques et bandes dessinées, mais je constate que parfois certains livres me donnent envie de faire des retours très courts. Peut être que je développerais un peu plus en ouvrant vers les romans.

Ces avis express seront donc plus courts et moins détaillés que mes chroniques habituelles, mais ils me permettront de partager avec vous mes impressions sur des lectures que je n’aurais pas le temps de chroniquer en profondeur.


La passe-visage de Koren Shadmi

Parution : 16 avril 2025 – Pages : 192 – Editeur : MARAbulles – Genre : Bande dessinée | science-fiction | drame

À New York dans un futur proche, un implant cérébral permet de changer d’apparence de façon instantanée. Ces humains augmentés, surnommés « Passe-visages », louent leurs services pour soulager la solitude de leurs clients. Rose, une aspirante actrice, est devenue passe-visage à plein temps…

Quand la science fiction rencontre la réalité, ça donne un roman graphique d’une grande justesse sur le pouvoir de l’argent mais surtout sur les relations humaines et particulièrement celles des rapports parents-enfants. Jusqu’où serait-on prêt pour garder les liens et ne pas perdre pied ?

L’amour doit-il tout permettre ? Que serions-nous prêts à faire pour nos enfants ? le futur sera-T-il teinté de solitude ou bien les liens seront-ils plus importants ? Bref, si vous vous posez toutes ces questions, ce roman graphique sous couvert de fiction abordera des questions éthiques mais aussi familiales, humaines. L’Homme, demain pourra-t-il se couler dans la peau d’une autre personne ? S’extraire de son quotidien, sans perdre son humanité ? Abandonner tout ce qui fait de lui un être humain ? Ou devenir un monstre ? Pour le savoir, lisez ce roman graphique !


De pierre et d’os de Bérengère Cournut et Jean-Paul Krassinsky

Parution : 11 avril 2025 – Pages : 208 – Editeur : Dupuis – Genre : Roman graphique | adaptation | survie | condition de la femme | Inuits

Lors d’une nuit de tempête, Uqsuralik, une jeune Inuk, est séparée des siens. Isolée sur une banquise hostile, elle tente de survive en compagnie de ses chiens.
Elle est heureusement recueillie par une famille et intègre leur campement d’hiver. Si ses talents de chasseuse lui permettent d’être rapidement valorisée au sein du groupe, les agissements du patriarche la contraignent à s’éloigner et fuir cet homme dangereux. Elle retrouve alors la famille de son oncle. Entourée de bienveillance, elle va essayer de soigner son corps et son âme des traumatismes de son passé.
Ponctuée de joies simples et de drames humains, son histoire est une plongée romanesque et fascinante dans la vie et les croyances des peuples inuit.

Cette adaptation graphique du livre de Bérengère Cournut, De pierre et d’os de Jean-Paul Krassinsky restitue avec finesse et sensibilité l’univers du roman. L’histoire suit Uqsuralik, une jeune femme inuit séparée de sa famille et contrainte de survivre seule dans un environnement hostile. Cette quête de survie devient rapidement une exploration spirituelle et identitaire, traversée de rencontres humaines et parfois surnaturelles.

Le dessin à l’aquarelle, tout en nuances de gris, bleus et blancs, sert magnifiquement le récit : il évoque l’immensité glacée de l’Arctique, la solitude des grands espaces, et les liens profonds entre les humains, les animaux et les esprits. Le trait de Krassinsky, épuré mais expressif, accompagne avec justesse les silences, les émotions contenues, et la beauté brute de cette culture peu représentée.
L’album se distingue aussi par son rythme qui reflète les cycles du Grand Nord et invite le lecteur à une lecture introspective. Loin du spectaculaire, c’est une œuvre profondément humaine et poétique, où la résilience, la mémoire et l’harmonie avec la nature prennent une place centrale.
En somme, c’est une réussite à la fois graphique et narrative, qui prolonge et enrichit le roman original avec une grande délicatesse.


Les enfants de Buchenwald de Dominique Missika, Anaïs Depommier et Alessandre Alexakis

Parution : 24 avril 2025 – Pages : 132 – Editeur : SteinkisGenre : roman graphique | guerre | Histoire | adaptation | résilience | nazisme

En avril 1945, à la libération du camp de Buchenwald, plus d’un millier d’enfants juifs ne savent pas où aller. Ils ont miraculeusement survécu et sont pour la plupart orphelins. Une mobilisation internationale, animée par l’OEuvre de Secours aux Enfants, organise leur prise en charge et tente de les aider. En juin 1945, 426 d’entre eux sont accueillis en Normandie, le temps d’un été. Ils sont en mauvaise santé, traumatisés et sans repères. Médecins, éducateurs et assistantes sociales vont les soigner, les aider à se reconstruire, et à reprendre goût à la vie.

Tirée du livre de Dominique Missika et adaptée par Anaïs Depommier et Alessandre Alexakis, cette bande dessinée est à la fois puissante et profondément humaine. Elle raconte le difficile retour à la vie de jeunes rescapés du camp de Buchenwald en 1945. Le récit ne s’attarde pas seulement sur la douleur et les cicatrices, mais évoque l’espoir et la reconstruction à force de soins, d’écoute et de solidarité, en soulignant le rôle fondamental de l’accueil et de la reconnaissance de la dignité humaine dans ce processus.

À la lumière des tragédies contemporaines – notamment la situation actuelle en Palestine, où des enfants sont eux aussi victimes de la guerre, de l’exil et de la violence systémique – cette bande dessinée résonne avec une intensité particulière. Elle nous rappelle que les enfants sont toujours les premières victimes des conflits, quelles que soient leur origine ou la géopolitique en jeu. Le parallèle ne vise pas à comparer les souffrances – elles sont toutes singulières et irréductibles – mais à souligner une responsabilité universelle : celle de protéger les plus vulnérables, de refuser la barbarie, et de faire mémoire pour ne pas répéter l’inhumain. Les Enfants de Buchenwald nous invite à cette vigilance éthique : ne jamais perdre de vue l’humanité dans chaque visage, et surtout dans ceux des enfants.


La Rafle d’Izieu de Pascal Bresson et Giulio Salvadori

Parution : 3 avril 2024 – Pages : 160 – Editeur : La boite à bulles – Genre : Guerre | Résilience | nazisme

Début 1943, Sabine et Miron Zlatin avaient créé à Izieu, dans l’Ain, une colonie pour accueillir et protéger des enfants juifs, en zone italienne. Mais le 8 septembre 1943, l’armée italienne capitule face aux Alliés et laisse sa place aux troupes allemandes dans le Sud-Est de la France.

Début 1944, les signaux d’alarme se multiplient avec des arrestations à Chambéry et aux alentours et avec le remplacement du sous-préfet de Belley, protecteur de la colonie. Mais avant que la colonie ne soit effectivement dispersée, le 6 avril 1944, débarquent un détachement de la Wehrmacht et 3 officiers SS qui embarquent sans ménagement les quarante-cinq enfants et les sept adultes de la colonie.
Seul échappe à la rafle Léon Reifman qui a pu sauter par la fenêtre et trouver refuge chez les voisins, les Perticoz. Ces derniers ont eux-mêmes assisté, impuissants, à la rafle… Ils ne comprennent pas : pourquoi s’en prendre ainsi à des enfants ? Qui a bien pu attirer l’attention de Klaus Barbie et de ses sbires sur cette paisible colonie ? Y aurait-il eu dénonciation ?
Pendant ce temps, les enfants sont emmenés à Lyon puis Drancy avant leur déportation et leur extermination.

Pascal Bresson et Giulio Salvadori, retracent avec sobriété et émotion l’une des pages les plus tragiques de la Seconde Guerre mondiale en France : l’arrestation, le 6 avril 1944, de 44 enfants et 7 éducateurs dans la colonie d’Izieu par la Gestapo de Klaus Barbie, avant leur déportation à Auschwitz.

On y voit toute la tendresse, la vie quotidienne, puis la violence brutale de la rafle. Le dessin, réaliste et délicat, accentue le contraste entre l’innocence de ces enfants et la brutalité du monde adulte qui les broie. Ce qui frappe dans cet album, c’est l’humanité des personnages : les enfants, les éducateurs, les résistants, tous animés par la volonté de protéger, de transmettre, de croire encore au lendemain.

Mais La Rafle d’Izieu n’est pas seulement un devoir de mémoire ; c’est un appel à la conscience contemporaine. En évoquant ce crime, cette volonté méthodique de supprimer des enfants au nom d’une idéologie raciste, la bande dessinée nous met face à une vérité dérangeante : aujourd’hui encore, dans diverses régions du monde, des enfants sont tués, déplacés, privés de leurs droits fondamentaux en raison de leur origine, de leur religion ou de leur simple appartenance à un peuple. Que ce soit en Palestine, en Ukraine, au Soudan ou ailleurs, les civils – et surtout les enfants – paient toujours le prix des conflits politiques et géostratégiques.

Il ne s’agit pas ici de faire des parallèles directs ou simplistes entre des contextes historiques différents, mais d’interroger une constante inquiétante : pourquoi l’Histoire, malgré la mémoire, continue-t-elle à échouer à protéger les plus vulnérables ? Et surtout, comment transmettre aujourd’hui un savoir mémoriel qui ne soit pas seulement commémoratif, mais aussi éthique, actif, engagé ?La Rafle d’Izieu est une œuvre nécessaire. Elle éclaire un pan sombre de notre passé, mais tend aussi un miroir vers notre présent. Un miroir qui, s’il nous dérange, nous rappelle qu’il est encore temps d’agir, de dénoncer, et de préserver l’humanité là où elle vacille.


Strange Fruit : La chanson d’Abel de Vincent Hazard et A. Dan 

Parution : 4 avril 2025 – Pages : 128 – Editeur : Dupuis – Genre : biographie | musique| ségrégation | Etats-Unis

1956, dans les coulisses d’un petit club de jazz miteux de Harlem, Abel Meeropol, poète et activiste politique pourchassé par les maccarthystes, retrouve la chanteuse de jazz Billie Holiday, pour qui il avait écrit la chanson Strange Fruit. Cette dernière, minée par l’alcool et la drogue, n’est plus que l’ombre de la star qu’elle a été et elle revendique désormais être la créatrice de cette chanson mythique.
Biographie d’une chanson, portrait de la « Lady Day » et état des lieux du racisme, de 1939 à 1956, aux États-Unis, cette réalité-fiction nous emporte au cœur du jazz, symbole de liberté et s’intéresse tout particulièrement à l’incroyable destin de son compositeur, juif et sympathisant communiste, Abel Meeropol.

À la croisée de la fiction et de l’Histoire, ce roman graphique, s’inspire d’un épisode imaginé pour l’émission Autant en emporte l’histoire de Stéphanie Duncan, l’album met en scène une rencontre fictive en 1957 entre la chanteuse Billie Holiday et Abel Meeropol, l’auteur du texte de Strange Fruit, chanson symbole de la lutte contre les lynchages racistes dans le Sud des États-Unis.

À travers cette rencontre, les auteurs explorent les conséquences personnelles et politiques de ce chant devenu emblématique. Loin d’une simple biographie, l’album tisse un récit documenté, qui donne chair aux figures de Billie Holiday et Abel Meeropol, mais aussi à l’Amérique ségrégationniste, à la traque des militants communistes, et à l’atmosphère de violence et de peur qui imprègne l’époque. Le dessin élégant et expressif d’A. Dan accompagne avec justesse cette traversée de la mémoire, de la musique, et de l’engagement.

Derrière l’histoire de cette chanson se cache une vérité universelle : l’art peut déranger, dénoncer, mais il expose aussi celles et ceux qui osent s’en faire les porte-voix. Et cela reste tragiquement d’actualité. Partout dans le monde, des artistes, journalistes, ou militants sont encore menacés pour avoir voulu nommer l’injustice – qu’elle soit raciale, politique ou sociale. Sans jamais tomber dans l’anachronisme, cette bande dessinée éclaire les liens entre mémoire historique et luttes contemporaines. Elle nous rappelle que si les visages changent, les mécanismes d’exclusion, eux, persistent. Et que face à cela, la voix d’une chanson peut toujours éveiller les consciences.


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Ju lit Les Mots
– Blog littéraire – Critiques littéraires – Co-fondatrice Prix des auteurs inconnus – Membre the funky geek club – Contributrice journal 20 minutes –



Catégories :avis express, Seuil

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23 réponses

  1. Que de tentations, tous ces titres ont l’zur géniaux.
    Je suis particulièrement attirée par La Passe Visage et Les enfants de Buchenwald.

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  2. Ils me tentent tous et surtout l’adaptation de De pierre et d’os que je pense lire après le roman 🙂 Et je note le premier titre que je découvre ici.

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  3. La Rafle d’Izieu de Pascal Bresson et Giulio Salvadori m’interpelle. Je vais voir s’il est dispo à la médiathèque !

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  4. Tout est très tentant !!

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  5. Tu ne fais pas dans le facile, avec cette sélection !

    Bonne journée, Julie.

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  6. Merci Julie pour ces avis express très intéressants. Même si ces lectures graphiques ne sont pas du tout gaies, ce que tu nous en dis est très beau et émouvant. J’ai beaucoup aimé celui sur « De pierre et d’os » 😉. Quant à ce que tu mentionnes sur l’Histoire et les conflits c’est très juste, les enfants paient toujours le lourd tribu de la folie des Hommes.

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  7. Merci Julie 🙏🏻
    La sélection que tu partages avec nous est bouleversante, importante aussi car c’est la réalité malheureusement.

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  8. Merci pour toutes ces découvertes

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