Premières lignes… Toutes les époques sont dégueulasses

«Faut-il réécrire les classiques de la littérature?», «Doit-on réécrire nos livres pour ne pas offenser les sensibilités?», «Faut-il adapter les classiques à leur époque?», «Réécriture de romans, une histoire ancienne?»… Difficile, ces derniers temps, de ne pas tomber sur ces questions pointant, ici, la nécessité de réviser le sexisme de James Bond et le racisme d’Agatha Christie, ou, là, l’antisémitisme de Roald Dahl, en remplaçant des termes jugés offensants pour les minorités.

Dans cet espace politique et polémique que sont les guerres culturelles, deux clans s’affrontent. D’un côté, on tempête contre une censure nouvelle, on dénonce la moraline tous azimuts et une « réécriture de l’histoire » sous la pression d’une minorité tyrannique, tout droit sortie des campus américains, cet épouvantail yankee où s’épanouissent « wokisme », pensée décoloniale et cancel culture. De l’autre, on justifie la réécriture des classiques en rappelant qu’elle a toujours existé et en s’élevant contre le mythe de l’original, qui serait sacralisé en France, particulièrement. Mais à force d’être montée en épingle par les médias, à coups de confrontations houleuses où chacun campe sur ses positions, la controverse a fini par échouer là où s’enracinent peut-être ses origines : dans une impasse.

Je ne me reconnais nulle part dans ce débat. Je n’y vois rien et n’y entend que des discours embrouillés. Les deux camps, dans toute leur sincérité, me semblent taper à faux, avec conviction. Au milieu de cette dispute où les enjeux sont escamotés, ce tout petit livre a pour seule ambition de faire une pause. Une pause pour prendre le temps de comprendre les arguments à l’œuvre et mettre au jour les vraies motivations sous les prétextes idéologiques et bavards.


Parution : 8 mai 2025 – Éditeur : Verdier – Pages : 80 – Genre : essai, littérature, essais littéraire

Depuis quelques années, un malaise s’est installé dans la culture contemporaine. Ici on récrit les classiques pour les purger du racisme et du sexisme, ailleurs on en appelle à une surenchère de contextualisations et on s’appuie sur des sensitivity readers (démineurs éditoriaux). Et si la question qui sous-tend ce vaste débat était mal posée ? S’il s’agissait, dans bien des cas, d’argent et non d’éthique ? Si la censure n’était pas du côté qu’on croit ? Si les précautions prises à tout contextualiser produisaient à terme un effet pervers ?

À l’aide d’exemples concrets et finement analysés, notamment des œuvres de Ian Fleming, Agatha Christie, Roald Dahl, Hergé, Claire de Duras ou encore Mark Twain, Laure Murat tente de rebattre les cartes d’une polémique qui, à force d’amplifier, brouille les vrais enjeux de la création et de sa dimension politique.

Ju lit les mots

– Blog littéraire – Critiques littéraires – Co-fondatrice Prix des auteurs inconnus – Contributrice journal 20 minutes – Membre the funky geek club

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24 réponses

  1. Un essai dont je n’entends que du bien. Bonne soirée

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  2. Très intéressant cet essai, merci pour ce beau retour qui fait réfléchir. Personnellement, je suis contre toute forme de censure et changer des romans anciens pour correspondre au diktat de l’instant, du politiquement correct, tout cela me dépasse. Passe un excellent weekend Julie 🙂

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  3. Je serai curieuse de lire ton retour. J’avoue que je trouve assez ridicule de réécrire ou changer les titres des œuvres du passé !

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  4. Un essai indispensable pour le respect de la création qui énonce deux ou trois principes à appliquer, comme celui-ci : seul le créateur d’une œuvre peut la rectifier !

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  5. Merci Julie pour ce partage ! Très envie de découvrir cet essai 😉

    😘

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  6. Suis pas certaine qu’on en sorte de ces questions là. Merci à toi Julie pour le partage 🙏 😘

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  7. J’ai entendu beaucoup de bien de cet essai qui me tente beaucoup.

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  8. Je ne suis pas pour les réécritures, mais il faudrait que je plonge plus en détail dans cet essai pour comprendre tous les arguments en jeu, car ma vision est peut-être étriquée.

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    • Ce qui est intéressant c’est qu’elle distingue Réécriture de récriture.
      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-book-club/faut-il-reecrire-les-classiques-avec-laure-murat-5959520
      Laure Murat explique sa démarche : « En français, « réécrire » peut s’écrire de deux façons : « réécrire » ou « récrire », donc, je profite de ce doublon, pour distinguer la réécriture, qui serait un geste à visée esthétique et artistique qui consiste, par exemple, pour Jean Racine à réécrire Phèdre d’après Euripide ou pour Joyce réécrire Homère avec son roman Ulysse. Ce sont des transpositions d’un objet A en un objet A prime. Par conséquent, à la question faut-il réécrire les classiques, on pourrait rapidement répondre que oui, évidemment puisque c’est toute l’histoire de la littérature et que le soi-disant original est toujours un texte qui est réécrit à l’infini. Alors, supprimons les mots qui fâchent, et qui heurtent à juste titre ce qu’on appelle les minorités. Mais, le problème est que cette opération de pasteurisation n’a pas une visée esthétique, mais une visée morale, voire moralisatrice. C’est ce que j’appelle la récriture, qui a pour fonction de rendre les textes anciens, enfin les classiques, conformes à notre idéologie contemporaine. »
      Je te le recommande et je suis comme toi, pour moi un texte ne doit pas être modifié pour entrer dans la norme actuelle, qui est certainement différente de celle d’il y a 20 ans et de celle de dans 20 ans ! Il faut laisser les textes reflets d’une époque, d’une pensée et éventuellement ajouter des préfaces pour expliquer aux gens (qui manquent de contextualisation et recul) que le texte ou l’auteur traduit une époque… Bref je le conseil 🙂

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  9. Je suis comme toi, je trouve tout cela un peu ridicule… et franchement, il y a plus grave dans la vie ! 😉

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  1. Bilan lectures Août 2025 – Ju lit Les Mots

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