Chronique de l’exil : Les Alexandrines de Marjan Tomšič


Les rusés prennent les imbéciles dans leurs filets. Il existe deux filets : l’un est utilisé par les églises du monde entier et l’autre par la politique. Des rêves ! Ces rêves perfides et mensongers auxquels tant de croyants naïfs se laissent prendre.


Après le continent africain , je reviens faire un détour par l’Europe et aujourd’hui c’est en Slovénie que je fais escale.

Certains romans vous touchent et vous happent par leur ton et leur justesse. Les Alexandrines de Marjan Tomšič fait partie de ceux-là.

J’y suis entrée sans trop savoir à quoi m’attendre, curieuse de ce titre un peu mystérieux. Et j’en suis sortie profondément touchée par ces femmes slovènes qui ont traversé la mer pour aller servir des familles étrangères dans l’Egypte du début du XXᵉ siècle.

L’auteur s’inspire d’un épisode de l’Histoire slovène, longtemps passé sous silence, celui de jeunes femmes parties travailler en Egypte, et particulièrement à Alexandrie, pour être nourrices, femmes de chambre, gouvernantes. Ces « Alexandrines » ont quitté leurs villages pauvres, leur famille, leurs enfants, pour gagner un peu d’argent, pour survivre, ou pour s’inventer une autre vie. À travers Merica, Ana et Vanda, l’auteur, tisse une fresque à la fois historique et intime, entre exil, loyauté et désir d’émancipation.

Ce qui m’a frappée, c’est la manière dont Marjan Tomšič parvient à rendre sensibles leurs voix. Il restitue leurs doutes, leurs colères, et leurs espoirs. Tout est dans la retenue, dans le détail : une lettre qui tarde à arriver, un geste d’amitié entre deux femmes, une prière murmurée à la nuit tombée. On sent la poussière du port, la chaleur d’Alexandrie, le poids des jours qui passent loin de la terre natale.

Au-delà du récit, Les Alexandrines raconte la mémoire de celles dont l’Histoire ne retient pas les noms, mais qui façonnent des ponts entre les peuples. Dans un contexte méditerranéen foisonnant, entre colonialisme, modernité et bouleversements politiques, ces femmes incarnent la fragilité et la force d’une humanité brute

La plume de Marjan Tomšič est simple, poétique, elle suit la lenteur du temps, des vagues de départs et de retours incertains. On lit ces pages comme on ouvre un vieux coffret oublié, avec émotion et respect.

J’ai refermé ce roman avec la sensation d’avoir rencontré des femmes vraies, de les avoir vu marcher sur les quais d’Alexandrie, de les entendre se chuchoter leurs espoirs. Mais surtout, j’ai vu l’Histoire à hauteur de celles qui l’ont vécue sans témoin.

Je remercie les Editions Agullo et Babelio pour l’envoi de ce livre dans le cadre d’une Masse Critique privilège.

Parution 25 septembre 2025 – Éditeur : Agullo – Pages : 403 – Genre : littérature slovène, Histoire, exil, femmes

 » C’est vrai, nous les Alexandrines, on est comme les marins. On fait nos malles, on les défait. « 

Qui étaient ces « Alexandrines », femmes slovènes d’origine modeste et rurale, parties travailler en Égypte juste après l’ouverture du canal de Suez de la fin du XIXe siècle aux années 1950? Nourrices, gouvernantes, cuisinières, elles étaient appréciées par la société cosmopolite d’Alexandrie pour leur propreté, leur honnêteté et leur intelligence.

Les trois héroïnes, Merica, Ana et Vanda, embarquent à Trieste sur un bateau à vapeur pour rejoindre Alexandrie. Là-bas, elles travaillent en tant que nourrice, femme de chambre, dame de compagnie pour envoyer de l’argent à leur famille restée au pays.

Toutes auront des destins tantôt tragiques, tantôt libérateurs, mais aucune ne ressortira indemne de ce déracinement social et géographique…

Grande fresque historique et intime, Les Alexandrines raconte ces femmes slovènes parties loin de leur famille pour leur offrir une vie meilleure et peint un portrait fascinant d’Alexandrie au tournant du XXe siècle.


Ju lit les mots

– Blog littéraire – Critiques littéraires – Co-fondatrice Prix des auteurs inconnus – Contributrice journal 20 minutes – Membre the funky geek club



Catégories :Agullo, Contemporain, Historique

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30 réponses

  1. Je compte le lire car un roman slovène, ce n’est pas si fréquent et ton avis est le 2e que je lis, tout aussi positif.

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  2. Un épisode de l’histoire dont j’ignore tout ! Bon, il faut dire que l’histoire de la Slovénie, je ne m’y suis guère penchée ^-^… En tout cas, ce roman semble très touchant ! Je note sur le carnet !

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  3. Je ne connaissais pas ce roman, et cette histoire des femmes slovènes. Merci pour la découverte !

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  4. Avatar de ducotedechezcyan

    Je ne connaissais pas ce livre, mais il m’intéresse, merci 🙂
    PS: j’ai l’impression que l’accroche en tête de billet et le résumé du livre ne sont pas les bons…

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  5. Tu sais donner envie de découvrir un livre qui à première vue ne m’attire pas spécialement. Bonne semaine

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  6. Ouille, encore une tentation ! 😉 C’est intéressant et agréable de lire un récit avec des femmes vraies… c’est si rare ! Bon, où je me désabonne, moi ?? 😆

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  7. Tu as le don avec tes chroniques de me donner envie de découvrir tes lectures ! 😉 Oui très envie, je me le note également… Merci Julie (ma PAL par contre ne te remercie pas !! 😉 ) 🙂

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  8. Merci beaucoup pour tes mots touchants et beaux sur ce livre. C’est exactement le genre d’histoire que j’aime.

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  9. Tu continues assurément à nous faire voyager et tu démontres encore la force des romans de redonner vie à des sujets oubliés de nos Histoires. J’aime beaucoup ce genre de démarche.

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  10. Avatar de je lis je blogue

    Je suis en train de lire ce roman et je dois dire que c’est une très belle surprise. J’ai tout de suite aimé le style de l’auteur. Le contexte historique est intéressant et fait écho à un autre roman que j’ai lu sur l’exil des femmes (Quand je reviendrai de Marco Balzano).

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  11. Un roman qui me plairait beaucoup, rien que le côté poétique déjà, qui « suit la lenteur du temps » comme tu dis.

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  12. je ne connais pas grand chose d ela Slovénie ce roman est visiblement une bonne façon de mieux connaître ce pays.

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  13. Une belle découverte de cette rentrée littéraire.

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