Chronique d’un futur qui se dérobe : Sous la brume de Yann Bécu


Personne ne crache sur un salaire en sus du Rev’. Elle s’était retrouvée pour la première fois avec un compte en banque dans le vert. À dépenser au plus vite, cela dit, car les salaires de la fonction publique sont pour l’essentiel payés en creds « éco-dégradables ».

Une belle vacherie ça, instaurée par la grande réforme fiscale de 2062 : ces creds-là perdent chaque trimestre 20 % de leur valeur. Judicieux de ne pas trop lambiner. Et puisque avec son concours Manon renonçait officiellement à sauver les baleines, autant donner vie aux mystères qui patientaient depuis des années dans les méandres bleuâtres de sa poterie… Rêvez, rêvez…


Petite escale en Europe, avec le dernier livre de Yann Vécu et je dois dire que cela a été une expérience de lecture déroutante. Certains romans imaginent l’avenir comme un terrain de jeu, et d’autres l’envisagent comme une matière mouvante, incertaine, presque inquiétante. Sous la brume de Yann Bécu, appartient résolument à cette seconde catégorie. J’y suis entrée avec l’idée de lire une dystopie parmi d’autres, et j’en suis sortie avec la sensation d’avoir plongé dans un univers parallèle.

L’univers de Yann Bécu, semble recouvert d’un voile : les rues, les consciences, les enjeux politiques. Le boulevard Kardashian, la voiture Volvic, les salaires de la fonction publique sont biodégradables, l’aéroport Sarkozy… Ce brouillard n’est pas qu’un décor ; il est un état du monde, un état de l’esprit des personnages. J’ai eu l’impression d’avancer dans un récit où l’univers proposé est décalé et pourtant tellement plausible…. C’est sans doute ce qui donne au roman son atmosphère si particulière, à la croisée des genres, entre polars, thrillers et fantastique.

Les personnages ne sont pas des héros lumineux venus éclairer le chaos, mais des êtres un peu cabossés, un peu fatigués, qui tentent simplement de s’orienter dans un monde qui s’effrite.

Le rythme épouse parfaitement cet univers délétère, brumeux. Par moments, il s’étire, semble suspendu, comme si la brume ralentissait tout, même la narration. Ces longueurs donnent au lecteur le temps de s’imprégner de ce monde saturé de gris. Sous la brume est un récit immersif, dont le parallèle avec notre époque est palpable, tout en étant éloigné au niveau scientifique. Mais les préoccupations de demain sont déjà les nôtres. Et si aujourd’hui elles sont fortes et légitimes, Bécu nous montre qu’elles deviennent une réalité avec laquelle l’être humain devra apprendre à composer…

Et puis, il y a cette façon très particulière qu’a l’auteur d’aborder les thèmes politiques et sociaux, pas de manière frontale, ni en imposant un point de vue. Les enjeux se glissent dans les interstices du récit, avec subtilité, de manière parfois déstabilisante, mais toujours intelligente.

Au fil, des pages, Sous la brume se révèle être une réflexion sur la perte de repères, la perte de confiance. Et, en creux, peut-être la fragilité de notre monde se déploie au rythme de la cupidité des Hommes.

J’ai le sentiment d’avoir vécu une expérience plus qu’une intrigue. Quelque chose d’à la fois dense et légère, comme une pensée qui persiste juste avant le réveil. Sous la brume est un récit troublant d’un futur plausible, un voyage dans ce que l’on ne voit pas tout à fait, mais que l’on ressent malgré tout.

Je remercie les Editions de l’Homme sans nom pour cette lecture.

Parution : 23 avril 2025 – Éditeur : Les Éditions de l’Homme sans nom – Pages : 492 – Genre : littérature française, anticipation, dystopie, fantastique, histoire, thriller fantastique, polar, enquêtes, science-fiction, fantastique

Le papyrus Jarf dévoilerait des pistes audios millénaires : entre Tourah et Gizeh, on entendrait les voix des Égyptiens chargés d’alimenter en pierres la future pyramide de Kheops… Les céramiques mycéniennes nous ouvriraient les portes dérobées de la Grèce antique…
Des pans entiers de l’histoire romaine jailliraient des innombrables poteries samiennes… Quel latin parlaient les Romains du I siècle avant notre ère ? Que chantait le petit peuple au sujet d’Antoine et Cléopâtre ? Qu’ont murmuré les potiers de Pompéi juste avant l’éruption du Vésuve ?

Où qu’on se penche, les possibilités seraient prodigieuses…

En 2090, cette technologie existe. Elle se nomme POSEIDON®… Et elle cache un terrible secret.


Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 juillet 2025 au 11 juillet 2026)


Ju lit Les Mots

– Blog littéraire – Critiques littéraires – Co-fondatrice Prix des auteurs inconnus – Membre the funky geek club – Contributrice journal 20 minutes –




Catégories :Challenge Polars et Thrillers, Fantastique/Science-fiction/Uchronie/Dystopie..., L'Homme sans nom, Littérature américaine, Monsieur Toussaint Louverture, Thrillers/Polars

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33 réponses

  1. Malgré ta belle chronique et ton analyse, je dirais mouais … l’idée de départ ne me tente pas plus que ça

    Merci Julie 😍

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  2. Ta chronique est belle et je trouve cette couverture de roman particulièrement réussie. Merci Julie pour ce partage 🙂☀️

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  3. Avatar de ducotedechezcyan

    L’idée de départ semble intéressante, mais j’avoue que je n’accroche pas à la plume de l’extrait que tu as choisi. Tant pis!

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  4. je partage le « mouais » de Céline, moi c’est l’effet brume qui me fait fuir, j’aime y voir clair surtout en Novembre quand la lumière se fait rare.

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  5. Pour moi, la brume, c’est à Londres, au soir, dans des ruelles sombres… 😉

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  6. Et moi, je suis jalouse à chaque fois que je lis une de vos chroniques sur ce titre car j’ai vraiment l’impression d’être passée à côté de cette expérience 😅

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    • Ah zut ! C’est dommage, mais on ne peut pas tout apprécié et puis chaque livre a son moment. Peut-être que je ne l’aurais pas apprécié si je l’avais lu en été… J’ai apprécié l’univers qu’il pose, qui m’a fait penser aux GAFA et à ces idées futuristes, comme quoi ils domineront et seront les états de demain… Et puis l’idée des souvenirs que nos objets gardent, est une idée que j’aime beaucoup.

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  7. Je n’aime pas trop les dystopies, ni la SF en général, même si tu en parles très bien. bon week end

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  8. Une découverte pour moi et ta belle chronique me fait dire que peut-être je devrais y jeter un œil !

    Quoique !!! 😋

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  9. Je n’aime pas trop l’idée que mon salaire soit payé en éco-dégradables alors je croise les doigts pour que l’univers/le futur imaginé par l’auteur ne prenne jamais vie. Les enjeux et thèmes abordés semblent intéressants et la couverture me plaît bien.

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  10. C’est étrange, j’ai l’impression d’avoir déjà lu et commenté cette chronique et pourtant non. je perds la boule. En tout cas, j’aime bien ce genre de roman, que je peux trouver passionnant si les thématiques sont approfondies.

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  11. Effectivement, l’environnement de ce roman est vraiment plausible. Je trouve ca presque drôle et cynique à la fois mais c’est un peu angoissant aussi. On sent que cette lecture a quelque chose de troublant, tu sembles avoir été transporté, vraiment. Merci pour cette belle chronique. 🙂

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