Chronique d’une reconquête : Bahari-Bora de Steve Aganze


Le Dr Farid et les organisations non gouvernementales qui l’accompagnaient considéraient ce pays comme un chantier. Un chantier où les femmes, miroirs de la société et héritage de la noblesse du monde, avaient besoin d’être réparées, tant sur le plan moral que physique, pour que cette fragile partie de l’Afrique puisse enfin connaître son élévation, son ascension manifeste, son émergence subtile. Ces femmes, ces jeunes filles, ces fillettes qui, sans le savoir, semblaient être des munitions infinies, des projectiles à fragmentation, des mines artisanales, des boucliers humains, des armes diverses, aux yeux de ceux qui, turban noir sur la tête et kalachnikov ou machette à la main, composaient un sombre refrain sur la partition de l’histoire congolaise, impunément, depuis des décennies.


Premier roman de Steve Aganze, Bahari-Bora, se déroule en République démocratique du Congo en 2018, dans un contexte marqué par les violences et les crimes de guerre qui ravagent encore certaines régions du pays. Le livre s’ouvre sur le parcours de Bahari-Bora, une jeune femme dont la vie a été brisée très tôt : enlevée à l’âge de treize ans par des rebelles, elle a passé cinq années en captivité avant de parvenir à s’enfuir.

L’intrigue débute après cette fuite. À l’hôpital, Bahari-Bora apprend qu’elle est enceinte et que cette grossesse représente un danger vital.

Le roman est construit autour de ce moment charnière. Le choix auquel Bahari-Bora est confrontée n’est pas seulement médical ou moral ; il est profondément politique et existentiel. Décider, c’est reprendre possession de son corps dans un monde qui l’en a privée depuis l’enfance. Sans dramatiser la situation, l’auteur explore les implications que cela entraine pour elle. La peur, la solitude, mais aussi, au fond d’elle, la lente émergence d’une forme de certitude.

Les personnages qui entourent Bahari-Bora, apparaissent avant tout comme des présences inscrites dans une réalité violente qui la dépasse. Le roman reste centré sur son corps meurtri et sur son cheminement intérieur.

Les crimes de guerre, les violences sexuelles, les enlèvements sont évoqués sans emphase, d’une manière distancée, comme une certaine réserve à effleurer le mal à l’état pur. Ils forment la toile de fond d’un pays meurtri, dont les cicatrices s’inscrivent directement dans les corps des femmes. En ce sens, Bahari-Bora est autant le portrait d’un destin individuel que celui d’une réalité collective.

Cette distance permet à l’auteur de ne pas s’approprier la souffrance de son personnage, et de maintenir une distance face à une histoire profondément marquée par le traumatisme.

Bahari-Bora apparaît ainsi comme un texte écrit à la frontière entre témoignage et fiction, où la distance narrative sert de protection face à une Histoire lourde, mais aussi un hommage à toutes les femmes victimes de violences, particulièrement celles des guerres et malgré l’isolement et les pertes, Bahari-Bora ne sera plus jamais seule.

Je remercie les éditions Récamier pour cette lecture.

Parution : 21 août 2025  – Éditeur : Récamier – Pages : 240 – Genre :  Littérature congolaise, violence, femmes, guerre, thriller historique, Histoire

République démocratique du Congo, 2018. Mungu (Dieu) avait rarement été clément envers Bahari-Bora. Enlevée par les rebelles à l’âge de treize ans, la jeune fille s’enfuit après cinq ans de captivité. À l’hôpital, elle apprend qu’elle est enceinte et que sa grossesse la met en danger. On lui conseille de l’interrompre.
Les risques sont clairs, la décision cruciale.
Son corps ne lui a jamais appartenu, et soudain il lui revient de décider. Quelle voie choisira-t-elle ?
Malgré les défis qui l’attendent, Bahari-Bora a la certitude qu’elle ne sera plus jamais seule. Elle peut faire confiance à Bel océan tranquille, son nom.

D’une écriture sensible et poétique, Steve Aganze s’inspire de son vécu et dresse le portrait d’une femme et d’un pays meurtris par les crimes de guerre. Ce premier roman est un hommage aux femmes d’hier et d’aujourd’hui qui se battent pour leur liberté et celle de leurs enfants.
Lauréat du Prix de la Vocation 2025

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 juillet 2025 au 11 juillet 2026)


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Catégories :Challenge Polars et Thrillers, Historique, Récamier, Thrillers/Polars

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37 réponses

  1. En effet cette distance semble indispensable pour surmonter cette lecture terriblement dur sur ce que vivent bien des jeunes filles dans ces pays v.v
    Merci ❤️

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  2. Avatar de ducotedechezcyan

    C’est tout à fait le genre de livre qui m’intéresse. Je ne suis pas capable de lire quelque chose d’aussi violent pour l’instant pas contre, mais je l’ajoute à ma WL.

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  3. Un sujet important dont on parle trop peu chez nous. Bonne semaine

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  4. J’avais vu passer ce titre dans les coups de coeur, chez Collectif Polar et je l’avais surligné. Je pense que j’ai eu raison 😉

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  5. Il ne fait pas bon être femme sur cette terre 😭
    Merci à toi Julie pour le partage de la chronique 🙏 😘

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  6. le Congo connaîtra t’il un jour la paix ? depuis le plus lointain de mes souvenirs , j’entends parler de guerres dans ce vaste pays.

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  7. Pfiou, je ne doute pas de l’intérêt de ce roman, mais peut-être un peu trop chargé pour que je m’y lance maintenant.

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  8. C’est un sujet extrêmement fort et il n’est sans doute pas facile de trouver la juste distance… C’est bon signe qu’apres-coup, ça t’ait paru adapté ici. Par ailleurs, je découvre l’existence du prix de la vocation !

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  9. Alors moi, ça été classique aussi, ensuite complètement sur la seconde guerre mondiale, puis toujours un œil sur mes classiques et puis les thrillers, jusqu’à maintenant, où j’ai envie d’évasion. Tu as raison, on change. 😉😘

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  10. Ah ben, pour une fois, j’avais lu la chronique Insta avant. 😁

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  11. Un sujet difficile ! Merci pour le partage !

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  12. Merci Julie pour cette belle chronique 🥰. Pas facile de raconter une histoire avec un sujet aussi lourd, sans tomber dans le « pathos ». C’est sans doute pour cela que l’auteur a mis cette « distance » ou une certaine froideur pour éviter ce côté « pathos ». Un roman dont tu m’avais déjà parlé il me semble, et qui pourrait me plaire

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  13. C’est tellement effroyable de s’imaginer que des femmes vivent de tels choses. La distance narrative semble permettre de ne pas sombrer soi-même devant la réalité de ces horreurs.

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