Chronique d’un amour ordinaire : L’amour de François Bégaudeau


L’amour prend patience, l’amour rend service, l’amour ne jalouse pas. Il ne s’emporte pas. Il n’entretient pas de rancune. Il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai. Il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout, l’amour ne passera jamais.


Avec L’amour, François Bégaudeau fait un pari audacieux : raconter une histoire d’amour qui n’a rien d’exceptionnel. Pas de passion flamboyante, pas de drame spectaculaire, pas de rupture fracassante. Juste deux personnes, Jeanne et Jacques, qui se rencontrent, s’aiment, construisent une vie ensemble et la traversent jusqu’au bout. Ce minimalisme narratif pourrait sembler risqué. Pourtant c’est ce qui lui donne toute sa saveur.

Le roman couvre plusieurs décennies d’une vie de de couple. L’auteur adopte une écriture volontairement simple, presque plate en apparence, pourtant ces phrases courtes, factuelles, dénuées d’effets lyriques, choix stylistique déroutant, puisqu’on attend plus d’émotion, plus de tension, donnent cette sobriété quasi musicale qui m’ont fait aimer cette tranche de vie et la manière dont l’auteur nous en parle. En refusant de faire de l’amour un drame, l’auteur met en lumière la constance, la banalité la matière romanesque même de la vie.

Ce qui frappe, c’est la manière dont le texte évite toute analyse psychologique superflu. Les sentiments ne sont pas analysés, ils sont montrés à travers des gestes, des habitudes, des décisions du quotidien. L’amour ne se dit pas, il se vit, dans les courses, les disputes mineures, les silences partagés, les années qui passent, la joie de vivre côté à côte, sans emphase. François Bégaudeau semble vouloir démontrer que l’amour durable n’est pas spectaculaire, mais qu’il met du temps à se construire, pour devenir persistant, simple, et beau.

On peut parfois ressentir une forme de distance, car la plume ne cherche jamais à faire dans la surenchère, ne cherche pas l’emphase.  Certains pourraient trouver le ton trop neutre, presque clinique. Pour ma part, j’ai fini par y voir une cohérence : cette retenue empêche toute idéalisation excessive, ce qui laisse la place à l’interprétation, la projection et les ressentis. Chacun, avec ses projections, y trouvera le rythme qu’il veut imposer à la plume.

L’amour est un roman court, mais dense dans sa portée. Il interroge notre rapport aux récits amoureux, souvent saturés de passion et de catastrophe. Ici, le véritable amour se construit dans la durée. Comment aimer longtemps ? Comment continuer, simplement ? En choisissant l’ordinaire, Bégaudeau propose une forme de radicalité : faire de la stabilité un sujet romanesque.

Ce n’est pas un livre bouleversant au sens spectaculaire du terme. Il ne cherche ni l’intensité dramatique ni l’exaltation des passions fulgurantes. Et c’est précisément là qu’il se distingue. À l’heure où les relations semblent parfois dictées par l’immédiateté, la consommation rapide des sentiments et la peur de l’ennui, l’auteur choisit de nous raconter un amour qui dure, qui s’installe, qui traverse le temps sans bruit.

Son roman apparaît à contre-courant de notre époque. Là où l’on valorise souvent l’intensité, la nouveauté, l’émotion forte, L’amour met en lumière la constance, la patience, l’ordinaire partagé. Loin des récits de ruptures éclairs ou de passions dévorantes, il rappelle que l’amour peut être une construction lente, faite de compromis, d’habitudes et de fidélité au quotidien.

Ce texte singulier marque par sa simplicité assumée. Il montre que la solidité d’un lien ne tient pas à son éclat, mais à sa capacité à durer. En cela, le roman résonne particulièrement aujourd’hui : il oppose à la fragilité contemporaine des relations une forme de persévérance discrète, presque subversive. Une chronique lucide d’une vie à deux, qui invite à repenser ce que signifie aimer sur le long terme.


Parution : 17 août 2023  – Éditeur : VERTICALES – Pages : 96 – Genre : Littérature française, tranche de vie, couple

J’ai voulu raconter l’amour tel qu’il est vécu la plupart du temps par la plupart des gens : sans crise ni événement. Au gré de la vie qui passe, des printemps qui reviennent et repartent. Dans la mélancolie des choses. Il est nulle part et partout, il est dans le temps même. Les Moreau vont vivre cinquante ans côte à côte, en compagnie l’un de l’autre. C’est le bon mot : elle est sa compagne, il est son compagnon. Seule la mort les séparera, et encore ce n’est pas sûr. F. B.


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Catégories :Contemporain, Littérature française, Verticales

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1 réponse

  1. Je n’ai jamais lu cet auteur. Ce texte semble intéressant par le sujet qu’il explore ! Merci pour ce beau retour Julie 🥰

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