Lorsqu’elles racontent tout cela, les femmes qui me consultent ne nomment ni le chantage, ni la pression, ni l’humiliation. Elles minimisent, banalisent, excusent, justifient, ne parlent pas de violence ou de harcèlement, et jamais, au grand jamais, de viol.

Maylis Castet s’attaque à une réalité intime encore largement tue : ces rapports consentis en apparence, mais vécus sans véritable désir. Elle explore ce décalage entre le “oui” prononcé et l’envie réelle, entre devoir conjugal intériorisé et désir absent.
L’ouvrage met en lumière un phénomène complexe : beaucoup de femmes ne se forcent pas sous la contrainte , mais par automatisme relationnel, par peur de blesser, pour préserver l’équilibre du couple ou parce qu’elles estiment que le problème vient d’elles. Le « SSE » (sexe sans envie) devient alors un révélateur d’un malaise plus profond, nourri par l’éducation sentimentale, la charge mentale et un héritage patriarcal encore bien présent.
L’auteure, sexologue féministe, ne propose pas réellement de solutions clés en main. En revanche, elle aiguille vers les causes, décortique les mécanismes et invite à relativiser la place quasi sacrée accordée au sexe dans la vie quotidienne et conjugale. Le propos est direct, parfois cru, et grinçant. C’est percutant, volontairement fait pour choquer.
Cela dit, la lecture peut aussi laisser une légère frustration selon les attentes. On pourrait s’attendre à un essai féministe plus largement sourcé, appuyé sur des études, des chiffres ou des travaux académiques. Or ici, le livre prend davantage la forme d’un recueil d’anecdotes issues de la pratique et du vécu lors de ses consultations, porté par un ton qui se veut décomplexé.
Le texte est accessible, et permet à chaque femme de s’identifier, mais il limite parfois la profondeur analytique que certaines lectrices pourraient attendre.
Ce livre reste néanmoins un ouvrage nécessaire, qui ouvre la discussion sans détour et contribue à déplacer le regard sur le désir féminin et le consentement nuancé. Un livre qui dérange, fait rire, et surtout, fait réfléchir.
Parution : 10 septembre 2025 – Éditeur : Albin Michel – Pages : 288 – Genre : Littérature française, essai, documentaire, féminisme
Dans le cabinet de la sexologue Maylis Castet défilent des femmes de tous âges et de tous milieux souffrant d’un mal mystérieux : une « libido » à zéro. Ce n’est pourtant pas faute d’y mettre du leur : bon gré mal gré, une fois le linge plié et la vaisselle rangée, elles remettent le couvert, à l’ancienne, au rythme des « pulsions » de leur compagnon. Et de l’avis général, le problème, c’est leur absence de désir et non cette situation.
Pourquoi, au XXIe siècle, nonobstant #MeToo, les femmes se forcent-elles encore ? Levant le voile sur un sujet de société essentiel, l’autrice brise l’un des derniers tabous : celui du « sexe sans envie », avatar moderne d’un devoir conjugal qui a la dent dure et continue de broyer les femmes, génération après génération.
Un texte nécessaire, porté par une plume insolente et un humour corrosif, qui écorche les discours savants sur la sexualité et donne un coup de pied dans la fourmilière du patriarcat et de nos idées reçues.
« Ce dont je suis persuadée, c’est que ces femmes sont les dindons de la farce. Et moins elles en ont conscience, plus je me sens agressée à leur place […], jusqu’à ce qu’à leur rythme elles prennent la mesure des séquelles laissées par le sexe sans envie. »
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Catégories :Albin Michel, Documentaire, essai..., Littérature française

Dommage que ça se limite à des anecdotes, c’est le genre de livres qui est malheureusement nécessaire encore aujourd’hui…
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je suis d’accord, mais il faut le voir comme une ouverture vers le sujet, le fait de dédramatiser permet de rendre la chose banale 🙂
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Bien sûr, il faut commencer quelque part 😉
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Et c’est bien de le faire de manière légère sur des sujets qui le sont moins 😉
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Le genre de thématique qui ne m’intéresse pas, un livre qui n’est pas pour moi. Bonne semaine
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Bonne semaine Pat 🙂
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J’avoue ne pas être trop tenté par ce thème , certainement important !
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Les essais mettent en en avant des thématiques importantes, même si on ne les lit pas 😉
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On attribue ce phénomène exclusivement aux femmes mais il existe aussi chez les hommes, en moindre quantité certes, et certainement davantage tabou.Merci pour ta lecture, Julie. 😘
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Tu as tout à fait raison Hedwige, c’est un sujet tabou pour les hommes. Les femmes ont tellement été écrasées pendant des siècles que du coup ça ne les console pas de le savoir 😉
Merci à toi de m’avoir lu 🙂
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Au moins pour ouvrir la discussion, quoi.
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oui, ce genre n’a aucune vocation littéraire mais il a le mérite de mettre le sujet sur la table 🙂
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Nous acceptons tellement de choses, nous, les femmes…
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malheureusement ! ça tient à l’éducation reçue… Tu sais le côté princesse cultivée à fond, le prince qui va venir sur son cheval blanc… Tu ne verras jamais une fille avec des chevaliers partir à la bataille…
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J’ai toujours préféré les chevaux noirs aux blancs, un peu moins salissants… 😆 Je n’ai jamais rêvé de robe blanche et jen m’en suis passée 😆
Par contre, partir à la bataille, oui, je pourrais, si ma vie ou celle de mes proches était menacée. J’adorais tirer à la carabine, moi :p
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Heureusement qu’il y a des combattantes pour ouvrir la marche 😅
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Les combattantes sont toujours regardées de travers puisque TOUT le monde pense que TOUTES les petites filles rêvent de mariage grandiose et de robe blanche et tous les flonflons… moi ça me gavais 😆
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Franchement je ne pensais pas à ça non plus :-p c’est vrai qu’on nous voit comme des choses fragiles et c’est vrai qu’on a certainement moins de force physique que les hommes, enfin ça dépend de quoi et de quels hommes, mais nous sommes des guerrières. Malheureusement des milliers d’années à rabaisser la femme, n’aident pas à sortir du carcan…
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Un homme de mon âge aura plus de force physique que moi, il courra plus vite aussi, sauf s’il est unijambiste, mais pour ce paradigme là, je suis d’accord. Nous étions sur les barricades à la commune, nous avons fait la révolution, fait tourner les usines et les fermes, durant les guerres et les mecs ne survivraient pas aux douleurs des règles 😆
Oui, on s’est faite rabaisser et ça continue toujours…
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On est effacées de la grande Histoire… Les mecs et les douleurs :-p et le rhum on en parle :-p
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Titiou Lecoq avait fait un excellent essai « Les effacées de l’Histoire » sur les femmes disparues des manuels d’histoire et d’ailleurs.
Rhum brun, alors, pour me faire un mojito et on pourra causer 😆
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😆
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Plus un recueil de témoignages et d’anecdotes qu’un essai documenté, chiffré. Remarque, sur ce sujet, ce n’est pas plus mal. Ça a déjà le mérite d’ouvrir la discussion comme tu dis et de permettre à certaines femmes de se sentir moins seules dans ce vécu.
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Oui c’est ça, disons que ça effleure le sujet et ouvre le discussion. Le ton permet de dédramatiser un sujet qui touche beaucoup de femmes mais aussi quelques hommes. Les tabous ont la vie dure…
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Merci Julie d’avoir abordé ce sujet du sexe sans envie, voir même du viol conjugal. Très important d’en parler. Bel après-midi à toi Julie 🙂📚
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Merci Frédéric 🙂 J’avoue avoir hésité à le faire, me disant que le blog n’était peut-être pas la place pour le faire, mais au vu des différents échanges je suis vraiment contente de l’avoir fait 🙂 Surtout que j’ai pas mal d’essais dans ce genre…
Passe une excellente journée et un bon week-end par avance 🙂
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Franchement, j’ai trouvé ta chronique très intéressante. Si tu as d’autres essais de cette trempe, n’hésite pas à en faire la chronique car c’est riche et c’est peu chroniqué sur WordPress. Passe un excellent weekend Julie 🙂📚☀️
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Merci beaucoup Frédéric 🙂 Je vais certainement te prendre au mot 😉
Passe un bon week-end 🙂
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Il est dans ma wishlist depuis sa sortie et c’est vrai que le sujet est intéressant, même si ce ne sont que des anecdotes, sans forcément d’étude approfondie derrière.
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Alors, disons que c’est une porte d’entrée pour une étude plus profonde. Mais ce ne sont pas que des anecdotes. Mais l’auteure a tendance à tourner les choses en dérisions, donc au départ, j’ai été assez déroutée. Tu peux très bien le lire par passage, sans lire d’un coup. C’est ce que j’ai fait 🙂
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Une réflexion à vraiment avoir quand on est en couple aussi bien du côté des femmes que des hommes. Ça fait plaisir de voir de tels textes édités. On avance.
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On avance, comme tu dis, mais si les livres sont publiés, les lecteurs ne s’affichent pas franchement. Il y a un tabou bien trop ancré encore. J’avoue que je n’étais pas certaine de publier un avis sur cette thématique et puis finalement je suis contente de l’avoir fait et de voir que mon avis suscite des réactions.
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Bravo et merci à toi !
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Oh bein merci ❤
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Merci de me faire découvrir ce livre, je le note pour mon fonds féministe.
Et oui, nous les femmes, nous avons été toutes conditionnée depuis le nuit des temps !
Merci ma Julie🙏😘
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J’espère que tes lectrices de Bibli apprécieront 😉
Malheureusement le conditionnement a la peau dur… Merci ma Ge de ton passage ❤
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