Les avis de Céline C. : Le ciel en sa fureur d’Adeline Fleury


« Cette terre normande est parcourue d’ondes étranges, d’énergies contradictoires qui fragilisent les nouveaux arrivants, les secouent, font vaciller leur rationalité. Depuis leur arrivée au village, les deux anciennes citadines ont du mal à comprendre comment des gens aussi ancrés dans la terre peuvent être autant attachés à tous ces contes et légendes fantasmagoriques. Cela doit avoir quelque chose à faire avec la mort. Les superstitions entourant les fantômes sont bien plus commodes à se représenter que la réalité de la finitude et de sa pourriture. »


Le ciel en sa fureur est un roman que j’avais repéré à sa sortie, attirée par l’accroche : « Un village français, ses fermes, ses croyances… et des phénomènes pas tout à fait de notre monde ». Tout ce qu’il fallait pour me convaincre de le lire ; une lecture, je l’espérais, sans aucun des clichés des deux derniers polars que j’ai lus (qui traitent ou prennent place dans la ruralité, et qui m’ont laissé un goût amer tant tout y était caricatural à l’excès).

Que nous raconte Le ciel en sa fureur ?

Julie, vétérinaire, s’est installée à la « campagne », tout comme la Grande Stéphane, maréchale-ferrante. Les habitants du Village ont un peu de mal à leur faire confiance : des femmes, citadines de surcroît, lequel est le moindre des maux, nul le sait.

Ces deux femmes doivent donc faire face à ce nouvel univers que représente ce Village. La Ville ou le Village, des combats différents, mais une hostilité toujours présente, sans que l’on sache laquelle est la pire.

« On s’emmure des étreintes que l’on a perdues ou jamais eues et des destins qui ne nous appartiennent pas »

Julia et la Grande Stéphane vont alors être confrontées à des morts et des mutilations d’animaux, horreurs dont seul un être humain est capable. Et il y a cet enfant, différent, un « enfant-fée », retrouvé à proximité de ces animaux mutilés. La Vieille, la rebouteuse du Village, connait bien ces « enfants-fées » ; le sien était aussi un de ces petits êtres mystérieux, et même s’il n’est plus de ce monde, qu’il vit dans un autre connu de lui seul, il lui parle. Et il lui annonce que quelque chose est là, qui rôde, un monstre, le Varou qui revient se venger. Julia et Stéphane suivent alors les traces laissées par les hommes mais aussi par ces « enfants-fées » pour enfin découvrir la vérité. Une vérité hélas bien humaine, avec une question en filigrane : qui est le vrai monstre en définitive ?  

Je l’avoue, je ne m’attendais pas du tout à ce texte. J’imaginais une forme narrative plus classique, un récit plus terre-à-terre. Ce qui n’est pas du tout le cas. La construction est originale, oscillant entre description d’événements bibliques (pluie de grenouilles), de croyances ancestrales locales, et d’enquête de terrain. Est-ce qu’il y a des clichés ? Un peu, mais pour le coup ils servent l’histoire. Une histoire qui mêle avec habilité le genre du roman noir et celui du conte fantastique, un texte court que j’ai vraiment apprécié, tant la réalité et les croyances ancestrales et magiques s’associent à la perfection. 

Le choix narratif de l’auteure est audacieux et créé une ambiance comme je les aime, indescriptible, un peu sombre et pesante. Le soupçon de suspense, les personnages humains, et diaboliques, apportent du liant à l’ensemble. Une très belle découverte. 


Parution : 03 janvier 2024 – Éditeur : L’Observatoire – Pages : 208 – Genre : roman noir, littérature française, thriller, polar

C’est une bourgade entre mer et champs, avec son église, ses fermes, ses habitants rugueux et taciturnes. Avec ses cauchemars aussi, car ce qu’on a fait au cheval des jumeaux Bellay, aucun animal n’en serait capable. Julia, vétérinaire, et Stéphane, maréchale-ferrante, ex-citadines fraîchement arrivées dans la région, en sont persuadées : seul un homme a pu commettre pareille atrocité. Au fil des jours, de nouvelles carcasses sont retrouvées, et les villageois entrent en émoi – le Varou, monstre de légende assoiffé de vengeance, est revenu ! Au même moment, d’étranges événements se produisent dans les sous-bois alentours, alors qu’un gosse bizarre, « l’enfant-fée » comme on l’appelle, rôde autour des dépouilles d’animaux. À travers l’enquête de deux femmes décidées à se reconstruire, Adeline Fleury nous conte une terre marécageuse balayée par les vents et les légendes ancestrales, et les secrets d’un village français. Un roman envoûtant, noir et vénéneux, où les grenouilles, parfois, tombent du ciel.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 juillet 2025 au 11 juillet 2026)



Catégories :Challenge Polars et Thrillers, L'Observatoire, Les avis de Céline C., Littérature française, Romans noirs, Thrillers/Polars

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10 réponses

  1. Même si ta chronique est attrayante et attirante, ma Céline 🥰, je vais passer mon tour, tu sais pourquoi. Le ressentir est déjà difficile à gérer, le voir écrit va me filer la trouille 😁

    Merci pour le partage 🙏 😘

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    • Merci ma Lulu 🥰. Je ne pense pas que ce soit un texte qui te plairait ! Même si c’est moins flippant que tous les thrillers que tu lis !

      Avec plaisir ! J’espère que tu vas bien 😘

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  2. Avatar de Juliedeslivres

    Intrigant ! Je note 🙂 Merci pour le partage

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  3. Tu as éveillé ma curiosité avec ta très jolie chronique. Merci Céline, je me le note… 🙂

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  4. ça fait plaisir de te revoir !!! 😉 🙂

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  5. pas terrible comme ambiance mais visiblement intéressant.

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