Prix Audiolib 2026 : Toutes les vies de Rebeka Warrior


« Pour l’aider à partir, il fallait que je m’en aille d’abord, car les morts s’accrochent à notre amour, ce qui prolonge leur envie de vivre, et donc leur souffrance, et c’est ce qui crée au final leur torture.« 


Dans le cadre du Prix Audiolib 2026, j’ai écouté Toutes les vies de Rebeka Warrior, lu par l’autrice elle-même.

Et je dois le dire d’emblée : ce n’est pas une écoute que j’ai réellement appréciée. Non pas parce que le texte était dénué de qualités, bien au contraire. Mais parce qu’il appartient à un registre vers lequel je vais rarement, et qui me touche parfois plus qu’il ne m’embarque : celui du récit intime, très personnel, traversé par le deuil, la perte et l’absence.

Sans le Prix Audiolib, je ne serais pas allée vers ce texte, parce que je sais que les récits intimes, et encore davantage ceux qui abordent le deuil, ne sont pas ceux dans lesquels je me sens le plus à l’aise comme lectrice ou auditrice. Pourtant, même si cette écoute n’a pas été une réussite, je suis contente d’avoir pu découvrir la plume de Rebeka Warrior.

Toutes les vies est un texte de l’intime, du souvenir, de la douleur et de l’absence. Rebeka Warrior y explore ce que la perte laisse derrière elle : les traces, les images, les sensations, les silences, mais aussi cette manière qu’ont les êtres aimés de continuer à vivre en nous, autrement.

Le titre prend alors tout son sens. Il évoque les différentes vies que l’on traverse, celles que l’on a vécues, celles que l’on a perdues, celles que l’on aurait pu vivre, et celles qui continuent de nous habiter malgré tout.

Sur le papier, je comprends la force de cette proposition. Il y a quelque chose de très sincère dans cette manière d’écrire le manque et de tenter de donner une forme à l’absence. Le texte ne cherche pas à rendre le deuil plus doux qu’il ne l’est. Il ne l’embellit pas artificiellement. Il en montre les secousses, les contradictions, les retours en arrière, les moments où tout semble revenir avec une intensité presque physique.

Mais c’est précisément là que le livre m’a tenue à distance. Cette matière très personnelle, très émotionnelle, ne m’a pas toujours permis d’entrer pleinement dans le récit. J’ai été touchée par certains passages, oui, mais rarement emportée. J’ai souvent eu l’impression d’être face à une douleur que je reconnaissais comme sincère, mais à laquelle je restais extérieure.

« Quand tu es malade tu veux bien faire, tu fais tout ce qu’on te dit pour guérir.
Et vite tu te retrouves la tête dans un tunnel de soins et d’administratif qui t’aspire tout entière.
« 

Il serait injuste de dire que cette écoute ne m’a rien fait ressentir. Elle est émouvante, parfois même très forte. Certains passages portent une vraie fragilité, qui ne laissent pas totalement indifférent.

Pour autant, l’émotion ne suffit pas toujours à créer l’adhésion. Dans mon cas, elle a plutôt créé une distance. J’ai eu du mal à me laisser porter par ce récit, parce qu’il repose sur un rapport très intime au deuil, vécu par l’auteure. Je crois que c’est aussi une question de sensibilité personnelle. Certains textes nous touchent au bon moment. D’autres, même lorsqu’on en perçoit les qualités, ne trouvent pas vraiment leur chemin jusqu’à nous. J’ai senti la sincérité du texte, j’ai compris ce qu’il cherchait à transmettre, mais je n’ai pas réussi à m’y attacher.

L’un des points que je retiens malgré tout, c’est la plume de Rebeka Warrior. Elle a une manière très personnelle d’écrire, à la fois directe, sensible et incarnée. On sent que le texte vient du coeur, les émotions ne sont pas simplement décrites, elles traversent le récit et chaque phrase en est imprégnée. Il y a quelque chose de brut dans l’écriture, parfois à vif. Le texte peut être à la fois frontal, doux, parfois suspendu dans le temps. Cette alternance crée une vraie identité littéraire.

C’est d’ailleurs l’un des aspects positifs de cette sélection du Prix Audiolib : elle m’amène vers des textes que je n’aurais pas forcément choisis, et m’oblige à sortir de mes habitudes.

Le fait que Rebeka Warrior lise elle-même son texte apporte une dimension particulière à l’écoute. Sa voix donne une présence supplémentaire au récit, presque comme si le texte ne pouvait pas être totalement séparé de celle qui l’a écrit.

Il y a quelque chose de très cohérent dans ce choix. Pour un livre aussi intime, aussi personnel, entendre la voix de l’autrice crée une proximité immédiate. On perçoit les silences, les respirations, les intentions, les fragilités. La lecture donne au texte une forme d’évidence.

« J’ai le coeur sec, le sang sec, les yeux secs. Ma peau pèle, il y a des crevasses, ça me démange. Je gratte jusqu’à faire des petits trous. Ca m’occupe. Tout grince ou rouille à l’intérieur. Tout va pourrir. Que devient-on lorsque meurt l’être aimé ? Des fictions ? Des merdes ? Des cauchemars ? Du gaz fréon ?« 

L’interprétation n’est pas dans la démonstration. Elle reste sobre, habitée, parfois tout en retenue, et c’est ce qui fonctionne le mieux. Elle accompagne le texte sans chercher à en faire trop. Elle en respecte les aspérités, les moments plus suspendus, les éclats plus douloureux.

La version audio avait une vraie légitimité, il ne se contente pas de transmettre le texte, il lui donne une texture, une incarnation, une intimité supplémentaire.

Je pense que Toutes les vies est un récit qui peut toucher profondément ceux qui aiment les récits intimes, les textes introspectifs, les œuvres qui abordent le deuil de manière frontale et sensible, explorant la mémoire, l’absence, l’amour après la perte, les liens qui subsistent malgré la disparition, cette écoute peut avoir une résonance très forte.

En revanche, si comme moi vous êtes moins friand de récits très personnels, ou si les textes centrés sur le deuil vous tiennent à distance, il est possible que l’écoute soit plus difficile. Non pas parce que le livre manque de qualités, mais parce qu’il demande une disponibilité émotionnelle particulière.

C’est un texte qu’il faut avoir envie d’accueillir. Il faut être prêt à entrer dans une matière sensible, parfois lourde, et douloureuse.

Même si mon ressenti est assez contrasté, globalement mitigé, je reconnais les qualités du texte, sa sincérité, son intensité, sa voix singulière, la cohérence entre l’écriture et l’interprétation. Je reconnais aussi la force de la lecture par l’autrice, qui donne une dimension supplémentaire au livre audio.

Une écoute émouvante, oui. Une proposition littéraire forte, certainement. Mais pas faite pour moi.

« La vie est une longue mort. On ne repart jamais de zéro.Les marques du temps ne m’ont pas ratées cette année. Elles se sont mêlées à es souffrances pour me marquer efficacement et durablement. Pour que jamais je n’oublie en voyant ma tronche que Pauline est là, dans les plis même de ma peau. C’est ce que cela signifie, avoir quelqu’un dans la peau. Maintenant je le sais. »

Les avis d’autres jurées : Le murmure des âmes livresEntre les lignes de Lucieromansurcanapelectures_du_soir, 1001chapitres


Parution : 17 septembre 2025 – Éditeur : Audiolibe – Stock –  Temps d’écoute : 4 heures et 14 minutes – Lu par : Rebeka Warrior – Pages : 288 – Genre : littérature française, contemporain, deuil, récit intime

Premier roman virtuose, Toutes les vies est le récit d’une histoire d’amour sublime, d’un deuil impossible, et d’une quête spirituelle qui sauve.

« Une nuit, dans notre bicoque sur la plage, j’ai fait un drôle de cauchemar.
La mort contournait la moustiquaire et tentait perfidement de s’introduire dans notre lit.
Elle attendait tapie dans l’ombre que je m’endorme pour s’infiltrer et prendre Pauline.
C’était elle qu’elle voulait.
Elle s’en fichait de moi.
Je lui mettais des bâtons dans les roues.
Ça ne lui plaisait pas.
Je passais la nuit à monter la garde.
La mort était mécontente.
Au petit matin, je m’étais assoupie, elle était venue souffler près de mon visage.
Elle avait murmuré quelque chose, mais je n’avais pas compris quoi.
Elle parlait latin ou suédois.
Juste pour me faire chier. »

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 juillet 2025 au 11 juillet 2026)Pride Month Challenge chez Collectif Polar




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  1. Merci Julie pour ce partage 🥰

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