Les premiers instants qui suivent la nuit ou le jour durant lequel commence un deuil ont des couleurs qui n’apparaissent qu’à celles et ceux qui pleurent leurs morts. Des couleurs au dessus des sens.

Il y a quelques mois, je lisais Deux secondes d’air qui brûle. Sur le moment, j’avais beaucoup apprécié cette lecture, mais je pensais qu’elle finirait par s’effacer parmi toutes celles qui ont suivi. D’autres romans m’avaient davantage captivée, davantage bousculée. Pourtant, plusieurs mois plus tard, je me rends compte que ce livre m’a beaucoup plus marqué que je ne l’imaginais.
Le hasard a ensuite mis Darya & Dounya entre mes mains… sans que je réalise immédiatement qu’il s’agissait de la même autrice. Oui, je fais partie de ces lecteurs qui choisissent parfois un livre sans regarder le nom de l’auteur, et il m’arrive même de ne pas lire la quatrième de couverture. Bon, cette fois, j’en avais tout de même parcouru les deux premières lignes…
C’est en faisant le lien entre ces deux romans que j’ai compris une chose : Diaty Diallo écrit des livres qui continuent de travailler le lecteur longtemps après la dernière page. Des romans qui s’installent discrètement dans un coin de la mémoire avant de refaire surface plusieurs semaines, voire plusieurs mois plus tard. Deux secondes d’air qui brûle est de ceux-là. De ceux qui reviennent vous hanter sans bruit, parce qu’ils racontent une réalité que l’on ne peut pas refermer en même temps que le livre.
Premier roman de Diaty Diallo, Deux secondes d’air qui brûle frappe autant par ce qu’il raconte que par la manière dont il le raconte. Ce n’est pas seulement un roman sur les violences policières. C’est avant tout un roman sur une jeunesse, sur un quartier, sur une communauté qui vit avec une violence devenue presque ordinaire, jusqu’au jour où elle ne l’est plus.
Entre Paris et sa banlieue, Astor, Chérif, Issa, Demba, Nil et les autres ont grandi ensemble. Ils partagent les mêmes espaces, les mêmes souvenirs, les mêmes habitudes, mais aussi les mêmes contrôles policiers, les mêmes humiliations, les mêmes regards suspicieux. Puis survient l’interpellation de trop. L’un d’eux est tué. À partir de cet instant, le roman bascule.

Ce que j’ai trouvé particulièrement réussi, c’est que Diaty Diallo refuse de faire de cette mort le seul sujet de son livre. Avant le drame, elle prend le temps de montrer les liens qui unissent ces jeunes, les soirées passées au pied des immeubles, les moments d’insouciance, les discussions qui façonnent une jeunesse. Elle leur donne une existence pleine et entière avant de raconter leur deuil. Et c’est précisément parce qu’ils existent avec autant de force que la tragédie nous atteint.
La grande réussite du roman réside aussi dans son écriture. La langue de Diaty Diallo est vivante, rythmée, traversée par une véritable musicalité. Elle emprunte autant à l’oralité qu’à la poésie, sans jamais perdre en justesse. Chaque personnage possède sa voix, son regard, sa manière d’habiter le monde. Peu à peu, ces voix composent un récit choral d’une grande intensité.
On pense à ça, affalés sur le banc, la peinture qui s’écaille dessous nous, ces assises qu’ils casseront elles aussi. Ce qui procure de la joie ou du repos ne tient pas dans le temps, chez nous. Ils laissent se délabrer les stades, bouchent les raccourcis, sécurisent les aires de jeux, ils baisent les forêts, confisquent chaises et chichas, démolissent les passerelles, tout ce qui permet de prendre un peu de hauteur, ils spéculent sur les endroits non construits, les espaces de reprise du souffle et de rêveries. Alors pouvoir s’affaler sur un banc, encore, c’est presque un luxe. On pense à ça et on se les dit ces paroles qui n’ont de sens que pour nous. Nos mots sont comprimés par le climat. Il fait si lourd c’est un truc de fou. La chaleur semble s’allonger sur chaque syllabe qu’on prononce et tasse nos interrogations. Sur le banc, on parle de ça. On prend le temps qu’il nous reste.
J’ai également apprécié que l’autrice refuse tout manichéisme. Bien sûr, les violences policières sont au cœur du récit, mais elle s’intéresse surtout à leurs conséquences quotidiennes : cette méfiance qui s’installe, cette colère qui grandit, cette impression d’être constamment observé, contrôlé ou suspecté. Ce ne sont pas seulement les violences physiques qui sont racontées, mais tout ce qu’elles produisent à long terme sur une génération.

Le roman est aussi une déclaration d’amour à ces quartiers trop souvent réduits à des clichés. Diaty Diallo montre une banlieue vivante, traversée de solidarités, d’humour, d’amitié et d’affection. Elle redonne une épaisseur humaine à des personnages que l’on enferme trop facilement dans des catégories ou des faits divers.
L’auteure signe un premier roman d’une grande maturité. Court, dense et profondément humain, il interroge autant les violences institutionnelles que la manière dont elles façonnent les existences. Mais c’est aussi un magnifique roman sur l’amitié, le collectif et ce qui subsiste lorsque tout semble s’effondrer.
Et finalement, c’est peut-être cela qui fait la force de ce livre. On croit le quitter une fois la dernière page tournée. En réalité, il continue de nous accompagner bien après. Certaines lectures nous bouleversent immédiatement ; d’autres s’installent lentement, presque à notre insu. Deux secondes d’air qui brûle appartient incontestablement à cette seconde catégorie. Pour moi, c’est sans doute la plus belle preuve qu’un roman a touché juste.
Parution : 19 août 2022 – Éditeur : Seuil- Points – Pages : 176 – Genre : littérature française, violence policière, roman social, contemporain
Entre Paname et sa banlieue : un quartier, un parking, une friche, des toits, une dalle. Des coffres de voitures, chaises de camping, selles de motocross et rebords de fenêtres, pour se poser et observer le monde en train de se faire et de se défaire. Une pyramide, comme point de repère, au beau milieu de tout ça.
Astor, Chérif, Issa, Demba, Nil et les autres se connaissent depuis toujours et partagent tout, petites aventures comme grands barbecues, en passant par le harcèlement policier qu’ils subissent quotidiennement.
Un soir d’été, en marge d’une énième interpellation, l’un d’entre eux se fait abattre. Une goutte, un océan, de trop. Le soulèvement se prépare, méthodique, inattendu. Collectif.
Catégories :Contemporain, Littérature française, Points, Seuil

Parfois ce ne sont pas les livres qu’on croit qui nous marquent le plus 🙂
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C’est vrai et c’est parfois assez surprenant !
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Comme quoi, certains romans nous marquent plus que d’autres…
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Oui et c’est souvent surprenant…
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Et parfois, on est marqué par un roman que l’on n’a pas aimé, parce que dedans, il y avait une chose qui marquait.
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Exactement ! C’est pour ça qu’il faut sortir de sa zone de confort et oser lire ce vers quoi on irait pas facilement
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Oui, je le fais de temps en temps, parfois la surprise est bonne, parfois, elle est amère :p
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C’est le jeu 😉
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Oui 😉
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J’espère que ces quartiers sauront échapper à l’empire de la drogue, mais je n’en sui spas sûre, les quartiers riches consomment et eu fournissent les troupes qui se font assassiner , c’est insupportable.
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Tous les quartiers ne sont pas des repères de trafiques de drogues. Effectivement les plus riches viennent se fournir dans certains quartiers…
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je voulais souligner que ce sont dans ces quartiers que les gens meurent le plus à cause de la drogue.
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Je comprends mieux 😉
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Waow, quelle chronique magnifique ! Merci pour ce partage 🙏
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Oh merci beaucoup Julie 🙏🥰
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Merci Julie, je n’aurais jamais regardé ce roman sans ton remarquable article qui donne furieusement envie d’aller à la rencontre de cette bande d’amis
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Je suis contente de te le faire découvrir. C’est un.court roman qui mérite qu’on s’y attarde 😉
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J’ai enfin compris pourquoi le nom me disait quelque chose.
Peut-être un peu trop contemporain pour moi, mais je comprends l’utilité et la nécessité de tels témoignages. C’est rude mais si humain T.T
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C’est vrai que peu d’auteurs construisent des intrigues de ce type et comme toi, je trouve ça nécessaire. On a tendance à stigmatiser ces quartiers mais, même si tout n’est pas idéal, au départ il y a des choix politiques qui ont été faits…
C’est rude, humain…
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super chronique
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Bon, eh bien il vient de rejoindre ma liste à lire. Le sujet m’intéresse et, sachant que le livre est court, je suis d’autant plus admirative que les personnages aient l’air si bien dessinés.
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Je serais curieuse d’avoir ton avis ! Le sujet est très intéressant, bien construit. La plume peut être déstabilisante au départ, car nous sommes dans les quartiers, mais au moins elle colle aux personnages 😉
Court mais bon 😉
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Une belle plume effectivement ! Merci pour cette belle chronique Julie et cette découverte 🥰
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Merci ma Céline 🥰
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On dirait que ce roman cumule beaucoup de bons points ! Pas facile sur un thème aussi délicat !
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Oui pas simple mais bien traité 😉
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Le message est bien passé, un grain qui germe et on comprend pourquoi. Jolie chronique encore une fois. Merci ma Julie 🥰 pour le partage 🙏 😘
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Merci beaucoup ma Lulu 🙏🥰
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Je me demande comment tu peux être partout à la fois, et même jouer aux jeux vidéos. Je veux bien la recette 😋 😘😘
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Oh aucune idée ! Je bosses, je lis, je joue et accessoirement j’ai les enfants. Même s’ils sont grands, j’ai encore mon fils à la maison 😉
Pas de recette miracle, juste du temps pour chaque chose 😅😉
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Je ne connais pas du tout cette auteure, je le note. Bon dimanche
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Ravie de te la faire connaître 🙂
Bon dimanche Pat
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Tu me remest ce roman fort en mémoire.
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Oh ! Il me semble que c’est chez toi que je l’ai vu passer…
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bonsoir, comment vas tu? merci de ton avis. ce roman a l’air dur. je préfère passer mon tour et me diriger vers une lecture plus légère. passe une belle soirée et à bientôt!
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Bonjour, ça va merci. Et toi ?
C’est effectivement un roman assez touchant et dur. Pour le lire il faut être dans un bon moment
Passe une bonne journée 🙂
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