À force d’aimer trop, tu ne m’aimes plus. Ton amour se transforme en furie. Sans cesse tu m’importunes, et sans cesse tu m’assièges. Tu vois ce qui n’est pas. Tu me reproches mes regards, mes joies, mes paroles, mes silences, mes rêves. Que voudrais-tu que je devienne ? Une statue de marbre ? C’est pourtant à ma chaleur que tu venais te blottir. C’était mon cœur battant que tu aimais écouter, la joue posée sur mon sein. C’était ma voix qui te charmait, comme mes rires. Tu me reproches la légèreté qui t’a séduit. Tu imagines des noirceurs et des trahisons dont je ne suis pas coupable. Que t’arrive-t-il, Olivier ? D’où te viennent ces terreurs inconnues ? Ce désir furieux de me posséder jusqu’à m’empêcher d’être ? Ce poison de l’âme que tu verses sur nous ? Apaise tes chagrins, regarde-moi dans les yeux. Tu y liras l’amour entier que je te porte quand tu restes toi-même et non ce loup qui enrage et qui grogne et qui n’est satisfait qu’à me réduire en pleurs, épuisée de tes scènes, de ta hargne, et des leurres avec lesquels tu cherches à me piéger.

Dans le cadre du Prix Audiolib 2026, j’ai écouté Je voulais vivre d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre, lu par Claire Cahen.
Le point de départ avait tout pour m’intriguer : reprendre l’un des personnages féminins les plus célèbres de la littérature française, Milady de Winter, figure emblématique des Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas, pour lui rendre une histoire, une voix et, surtout, une complexité que sa réputation de manipulatrice et de criminelle a longtemps éclipsée.
Adélaïde de Clermont-Tonnerre ne cherche pas simplement à réhabiliter Milady. Elle fait quelque chose de plus intéressant : elle lui redonne vie et porte sur elle un regard bien différent.
Et soudain, celle que l’on croyait connaître devient une femme dont l’histoire mérite peut-être d’être entendue autrement.
Avant Milady, il y a eu Anne.
Une enfant recueillie à six ans, affamée, blessée, porteuse d’un passé qu’elle refuse de raconter. Des années plus tard, elle deviendra cette femme redoutée, poursuivie et condamnée que les lecteurs de Dumas connaissent si bien. Entre les deux, Adélaïde de Clermont-Tonnerre imagine ce que l’histoire originale avait laissé dans l’ombre.
Comment devient-on Milady ? Que s’est-il passé avant la femme fatale, l’espionne, la manipulatrice ? Quelle part de son histoire nous échappe lorsque nous ne la connaissons qu’à travers le regard de ceux qui la combattent ?
C’est là que le roman trouve toute sa force.
L’autrice ne revient pas sur ce personnage pour effacer ses fautes ou transformer une criminelle en victime innocente, elle lui redonne un passé, un contexte, des blessures, des désirs et lui fait faire des choix. Elle montre comment une personnalité se construit, comment certaines décisions naissent aussi de ce qui a été subi, et combien il est difficile de juger un être humain à partir d’un seul récit.
C’est probablement ce que j’ai le plus apprécié dans Je voulais vivre : la nuance.
Il aurait été facile de tomber dans une relecture très manichéenne consistant à présenter Milady comme une victime absolue d’hommes forcément coupables. Milady reste ambiguë. Elle manipule, elle ment, elle transgresse, elle peut faire preuve de violence. Mais désormais, ses actes existent dans une histoire plus vaste.
Le regard porté sur Milady est évidemment contemporain.
Le roman interroge la domination masculine, la réputation des femmes, la possession des corps, la violence, le consentement ou encore la manière dont l’histoire peut être racontée par ceux qui détiennent le pouvoir.
Pour autant, je n’ai pas eu le sentiment qu’Adélaïde de Clermont-Tonnerre plaquait artificiellement les préoccupations de notre époque sur un personnage du XVIIe siècle. Au contraire, cette lecture moderne fonctionne parce qu’elle part de ce qui existait déjà chez Dumas : Milady est une femme qui agit, qui refuse de rester à la place que l’on voudrait lui assigner, qui utilise les armes dont elle dispose dans un monde dominé par les hommes.
Claire Cahen prête sa voix à cette Milady que l’on a longtemps regardée et jugée sans réellement l’entendre. Sa narration accompagne les différentes facettes du personnage, et restitue sa détermination et sa force, mais aussi ses fragilités, ses doutes et les blessures qui se cachent derrière l’image de la femme redoutable. La lecture reste suffisamment incarnée pour donner du relief au récit sans jamais devenir théâtrale.
Et dans ce cas précis, le format audio renforce encore le propos du roman : une femme à laquelle la littérature avait attribué une réputation reprend littéralement la parole. Cette présence vocale donne au récit une intensité supplémentaire et contribue largement au plaisir de l’écoute.
Une très belle découverte dans la sélection du Prix Audiolib 2026, et une réécriture qui donne une irrésistible envie de relire Dumas pour retrouver Milady… avec, désormais, un tout autre regard.
D’autres avis : Le murmure des âmes livres
Parution : 20 août 2025 – Éditeur : Grasset – Audiolibe – Temps d’écoute : 11 heures et 59 minutes – Lu par : Claire Cahen – Pages : 480 – Genre : littérature française, historique
Par une nuit glaciale, le père Lamandre recueille une fillette de six ans venue frapper avec insistance à sa porte. L’enfant aux yeux admirables tremble de froid et de faim. Elle a les pieds en sang dans ses souliers à boucles d’argent, mais refuse de répondre aux questions qui lui sont posées. Le vieux prêtre ne saura que son prénom : Anne. Vingt ans plus tard, Anne est devenue Lady Clarick. Richissime, courtisée, elle a l’oreille des grands et le cardinal de Richelieu ne jure que par elle. Pourtant, dans l’ombre, quatre hommes connaissent son vrai visage et sont prêts à tout pour la punir de ses forfaits. Manipulatrice sans foi ni loi, intrigante, traîtresse, empoisonneuse, cette criminelle au visage angélique a traversé les siècles et la littérature : elle se nomme Milady.
Voici venu le temps d’écarter la légende pour rencontrer la femme. Même un personnage de fiction peut réclamer justice. Ce roman inoubliable, écrit d’une voix puissamment contemporaine, rend vie à Milady et nous offre son histoire dont Dumas a semé les indices dans Les Trois Mousquetaires.
Magnifique portrait d’une femme libre menant, pour sa survie, un jeu dangereux. Dans une époque où trop d’hommes voudraient la contraindre et la posséder, elle se bat – jusqu’à la transgression ultime – pour son pays, pour son idéal et pour sa liberté.
Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 juillet 2026 au 11 juillet 2027)

Catégories :Audio, Audiolib, Grasset, Historique, Littérature française, Prix Audiolib 2026

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