La race des orphelins de Oscar Lalo

Certains livres nous attirent comme des aimants, sans que l’on sache pourquoi.

Certains livres font sens et sont le catalyseur de la douleur pour y mettre un baume qui pourrait l’adoucir.

Certains auteurs ont le talent de savoir utiliser les mots pour parler des maux. Il ne suffit pas de savoir parler des maux. Le plus important étant d’utiliser les mots justes.

Oscar Lalo, accompagne son personnage à travers sa renaissance. Elle est née la première fois dans un Lebensborn, la deuxième fois, elle naît quand elle commence à parler de sa douleur. Il n’y a pas pire douleur que de ne pas savoir d’où l’on vient. Être rejeté est une chose, mais connaître ses racines est le fondement, le socle sur lequel nous nous construisons. Sans cette base, les fondements manquent de stabilité. Comment construire sur des bases instables sa vie, une vie de famille. Comment aimer l’autre, quand on ne s’aime pas ?

Être née dans un Lebensborn est la croix gammée que Hildegarde a portée toute sa vie.

À travers le récit que pose le scribe, les langues se délient et posent la douleur de ne pas être reconnue. La souffrance de l’annihilation de son identité, doublée de l’évitement du sujet, ne peut aider un enfant à grandir.

L’accompagnement vers une acceptation, vers la reconnaissance de l’état de victime permet d’avancer et de se construire. J’ai été très touchée par Hildegarde qui s’est sentie coupable toute sa vie d’être née dans un Lebensborn. Oscar Lalo, se met en retrait pour lui laisser la place, pour lui laisser la parole, mais surtout lui laisse la possibilité de poser enfin son fardeau. La culpabilité qu’elle porte en elle pèse près de 6 millions de personnes tuées. Sa culpabilité pèse, car elle est vivante, et eux sont morts. Elle est vivante et morte à la fois, elle marche à la lisière de sa vie, qu’elle n’aura pu vivre pleinement, car elle est la face visible et encore vivante du nazisme.

Les mots comme des coups de scalpel qui permettent de retirer cette carapace dont s’est recouverte Hildegarde. Les mots claquent comme un fouet, comme une balle. Les mots étouffent Hildegarde qui les crachent pour vomir sa haine de ce qu’elle est. Elle est le visible de l’invisible qui plane sur 70 ans d’Histoire. Elle voudrait être invisible, mais elle crie sa rage.

C’est un livre court, très court dont les mots sont habilement alignés, grâce à une plume incisive qui claque pour éveiller notre conscience sur un sujet très peu évoqué. Un sujet qui démontre l’impossibilité de reconnaître l’enfant victime du côté oppresseur.

Des mots qui touchent, qui évoquent avec retenue, avec respect, avec poésie parfois pour mettre de la musicalité sur l’horreur.

Hildegarde a été oubliée par l’Histoire et grâce aux mots, elle trouve une sérénité. Le scribe s’efface, la guide, c’est une thérapie par les mots, par la littérature. C’est un médicament sans ordonnance qui permet d’entendre la voix de la victime qui est l’enfant.

C’est l’enfant en Hildegarde qui parle, c’est l’enfant qui souffre et c’est Oscar Lalo qui lui donne la parole.

La forme du roman est atypique, puisque chaque page évoque une idée ou un sentiment. Loin du roman-fleuve qui pourrait déliter les sentiments, ici chaque page raisonne et fait sens. Chaque page réconcilie l’enfant avec l’adulte, chaque page est un pas vers l’acceptation, vers la délivrance.

Ce livre a été lu en partenariat avec la maison d’édition.

4° de couverture : Qui est Hildegard Müller ? Le jour où il la rencontre, l’homme engagé pour écrire son journal comprend que sa vie est irracontable, mais vraie.

J’ai besoin, avant de mourir, de dire à mes enfants d’où ils viennent, même s’ils viennent de nulle part.

Oscar Lalo poursuit son hommage à la mémoire gênante, ignorée, insultée parfois, toujours inaccessible. Il nous plonge ici dans la solitude et la clandestinité d’un des secrets les mieux gardés de la Seconde Guerre mondiale.

Parution : 20 août 2020 – Editeur : Belfond Pages : 288 – GenreThriller historique, seconde guerre mondiale

Oscar Lalo par lui-même : Un jour, mon éditrice m’a demandé de lui envoyer une bio très courte. Ça a donné ça : “Oscar Lalo a passé sa vie à écrire : des plaidoiries, des cours de droit, des chansons, des scenarii. Quand est venu le moment d’écrire Les Contes défaits, il n’y avait plus de mots disponibles. Alors, il les a inventés, et il est devenu écrivain.”

Oui, j’ai traversé de nombreuses vies avant de m’accepter comme écrivain. J’ai joué au tennis plus que de raison, porté la robe d’avocat et enseigné le droit, enregistré trois albums, me suis aventuré deux années de suite sur les planches d’un solo théâtral, réalisé et joué dans plusieurs court-métrages, travaillé dans l’immobilier, tenu un hôtel-restaurant de montagne, dirigé une colonie de vacances, et enseigné la méditation. 

Pourtant, à la question de ma mère en sortant d’un magasin de vêtements : « Qu’est-ce que tu veux faire comme métier quand tu seras grand ? », j’ai répondu : « Écrivain ! » à un âge, cinq ans, où pompiers, policiers et autres astronautes emportent généralement les suffrages. J’ai porté avec ma mère ce secret, mais nous n’en avons jamais parlé. Pour des raisons différentes, nous avions peur de cet écrivain de cinq ans. Alors, toute ma vie, je me suis déguisé pour pouvoir écrire : des plaidoiries, des cours de droit, des chansons, des scenarii… vous connaissez la suite. https://www.oscarlalo.com/



Catégories :Challenge Polars et Thrillers, Thrillers

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10 réponses

  1. Je pense me jeter dessus assez vite après sa sortie, alors qu’il n’était pas forcément dans mes priorités. Merci pour cette chronique ! 🙂

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  2. Le titre m’avait déjà interpelé, le sujet a l’air super intéressant et poignant.

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  3. Raaaah adieu ma resistance, adieu mon temps libre ^^ je veux!

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