La discrétion de Faïza Guène

« La discrétion » ne se contente pas de livrer l’histoire d’une famille entre l’Algérie et la France, avec ce tiraillement entre deux cultures, celle de l’éducation et des origines, face à celle de la naissance et de l’imprégnation. C’est un texte plus profond qu’il n’y paraît, à travers le microcosme familial, l’auteure aborde des sujets de société très intéressants. De manière parfois grave, pour décrire certaines humiliations couvertes par une fausse bienveillance, mais aussi de manière humoristique, comme pour ne pas étrangler le lecteur. 

La plume simple et directe, rend le texte accessible à toutes les personnes qui souhaitent mieux comprendre, ressentir les émotions et interrogations d’une partie de la population française. Être né français, mais ne pas se sentir à sa place, être né algérien et ne pas se sentir algérien… Une éternelle dualité que vit une partie de la population française que l’on peut difficilement comprendre si l’on ne l’a pas vécu soi-même. 

Même si je n’ai jamais eu à me sentir exclue, car née française, de parents français, j’ai grandi en Tunisie, et je dois dire que je connais ce sentiment de ne pas se sentir à sa place. Ce sentiment a été très présent lors de notre retour en France, je ne savais plus qui j’étais et surtout, je vivais ce retour comme un exil. Je pleurais tout le temps et j’ai mis du temps, beaucoup de temps à me sentir à place. En France, je n’avais qu’une envie, c’est de rentrer en Tunisie et lorsque je retournais en Tunisie, je n’avais qu’une envie, c’est d’y rester. Tiraillée entre mes deux cultures, mes deux vies. J’ai retrouvé dans « La discrétion » de Faïza Guène, cet exil latent, sous-jacent avec la description du mal-être que l’on ressent.

Faïza Guen à travers son récit, rend hommage à ces femmes qui éduquent, discrètement, qui sont dépassée, car elles ne connaissent pas ces enfants qui réclament une identité, une reconnaissance et crient leur appartenance à cette France, qui parfois, les renvoie à ces origines qu’ils ne connaissent qu’à travers des vacances toujours heureuses, mais pendant lesquelles ils sont considérés comme étranger et français. L’exclusion est des deux côtés de la méditerranée, ils ne sont ni algériens ni français. 

Comment construire son identité face à cette dualité ? On ne fait pas de vague, on se fait discret, ou alors on se révolte, on crie pour montrer que l’on existe. 

Notre société a du mal à comprendre cette dualité, et ne fait que creuser le fossé. La grande mode, qui ne fait qu’attiser la haine et largement véhiculée, est de demander à une personne de quelle origine elle est ! L’extrême droite se nourrit du terreau de cette dualité.

Certains passages m’ont particulièrement touchés, notamment celui de la sœur aînée qui travaille dans une mairie et qui aide une personne en lui parlant en arabe, elle est dénoncée par ses collègues. Je sais, pour l’avoir vécu, que si l’anglais, l’espagnol, l’allemand avaient été utilisés, cela n’aurait incommodé personne. C’est une profonde injustice qui se vit au quotidien et à moins d’avoir vécu ou assister une scène de ce genre, on a du mal à comprendre. 

Ce n’est pas un texte à charge, c’est une tranche de vie, aux côtés de cette famille ordinaire, où chaque membre trouve sa place, traverse la vie d’une manière discrète pour ne pas se faire remarquer ou d’une manière plus visible pour montrer qu’il existe. Chacun s’appropriant cette Histoire qui les marque au fer rouge, pour enfin s’apaiser et trouver se construire.

Ce livre a été lu grâce à Netgalley et en partenariat avec la maison d’édition.

4ème de couverture : :

Yamina est née dans un cri. À Msirda, en Algérie colonisée. À peine adolescente, elle a brandi le drapeau de la Liberté. Quarante ans plus tard, à Aubervilliers, elle vit dans la discrétion. Pour cette mère, n’est-ce pas une autre façon de résister ? Mais la colère, même réprimée, se transmet l’air de rien.

Parution : 27 août 2020 – Editeur : Plon – Pages : 256 – Genre : exil, héritage, société

Romancière et réalisatrice, française d’origine algérienne, elle est la cadette d’une famille de trois enfants. Elle a grandi et vit dans la cité des les Courtillières à pantin. Au collège, elle participe aux ateliers de lecture et doit réaliser pour le journal de l’établissement un reportage sur l’association  » Les engraineurs  » qui propose aux jeunes du quartier un atelier d’écriture cinématographique. Faïza Guène n’a jamais quitté l’association depuis ce reportage. Grâce à l’association, elle réalise en 2002, son premier court-métrage, RTT qui raconte l’histoire de Zohra, mère célibataire joué par Mme Guène. Le film remporte trois prix dans les festivals. Cinq courts-métrages suivront et un documentaire sur le 17 octobre 1961. Son premier roman, « Kiffe kiffe demain », a été l’une des meilleures ventes de l’année 2004. Elle publie en 2006 « Du rêve pour les oufs », puis, en 2008, « Les gens du Balto », aux éditions Hachette Littératures. En 2014, « Un homme, ça ne pleure pas » chez Fayard est lauréat du Prix littéraire des lycéens et apprentis de Bourgogne en 2015. Réalisatrice de plusieurs courts-métrages. Parmi ceux-ci, on notera : « La Zonzonnière » en 1999, « RTT et Rumeurs » en 2002 et « Rien que des mots » en 2004.



Catégories :Contemporain

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11 réponses

  1. Il me tente beaucoup beaucoup énormément ! ^^ Merci pour ton retour plein d’émotions pour ce livre ! 🙂

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  2. Ça me rappelle quand je faisais mon service (attention hein, en coopération, pas militaire !) en Algérie, un de mes élèves qui m’expliquait qu’il était né à Marseille, et que là-bas, il ne se sentait pas chez lui, il se sentait étranger, et que au pays de ses parents, il n’était pas non plus chez lui, il se sentait tout autant un étranger !
    Bonne journée, Julie.

    Aimé par 2 personnes

  3. Belle chronique sensible comme le sujet de ce roman que j’ai aussi bcp aimé. 😉

    Aimé par 1 personne

  4. Un ancien collègue, né au Maroc et venu vers ses 20 ans en Belgique disait que lorsqu’il retournait au bled, on lui disait qu’il n’était pas d’ici, alors que c’était sa ville et en Belgique, on lui demandait d’où il venait, il disait qu’ici aussi on lui refusait sa place. Le cul entre deux chaises qu’il était, même si ça le faisait rire.

    Alors, quand on lui demandait d’où il venait, il répondait par la même question « et vous, d’où venez-vous ? » ce qui déstabilise les gens et ensuite, il répondait « je viens du Nord » (sous-entendu du Nord du Maroc) mais les gens pensaient « Nord de l’Europe » et ne captaient plus. Si j’étais avec lui pour aller chercher la bouffe, il me désignait en disant « ma collègue, elle vient du Sud » (le sud de la Belgique) et les gens étaient paumés parce que pour eux, ce devait être le contraire 😆

    Après, il avait repris mon expression « du ventre de ma mère » 😀 Putain, on s’est déjà offert des fous rires avec toutes nos conneries 😀

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