Un livre, un extrait… 907 fois Camille de Julien Dufresne-Lamy

Il y a deux sortes de souvenir qui nous fabriquent. Les souvenirs qu’on se raconte à soi-même, indélogeables, peu importe la vie et les drames, et ceux que les autres racontent à nos intentions tels des contes, des petites fables anciennes que tous décrivent, enjolivent, parfois déforment, pour se visser en nous, implacables tirefonds.

Le premier que Camille me livre quand je décide d’écrire cette histoire, c’est un souvenir de grand-mère.

Une histoire que Antoinette, 95 ans, n’a de cesse de raconter toute sa vie aux mariages et aux grandes occasions, de telle sorte que ce souvenir est devenu une sorte de légende. Elle y parle bien sûr de son fils vénéré, Dodo. « Si tu te prénommes Camille, c’est parce que ton père l’a voulu. Il a choisi ton prénom, comme celui de tes demi-sœurs. C’est la chose à laquelle il tenait le plus. »

D’une fierté féroce, la grand-mère de Camille aime raconter cette histoire des prénoms et, avec le temps, l’anecdote ponctue tel un moment phare chaque réunion, chaque retrouvaille, comme la visite traditionnelle d’un lieu béni. Pour les trois filles du clan, l’aînée Daphné, Camille et la dernière Mathilde, la vieille femme raconte que son fils a choisi leurs prénoms et peu importe ce qu’en disaient les mères de ces filles, c’était son fils qui décidait. Sa décision comme l’édit du roi. Une signature. Le geste de l’homme, ultime. C’est ainsi que j’envisage tout d’abord Dodo. Un pater bienfaiteur, baptiseur, droit saint patron qui ne sait rien de la vie de ses filles mais qui y croit. Parce qu’il s’est offert lui-même ce premier cadeau-là : le prénom de ses gamines.

Dans la famille, la grand-mère de Camille n’est pas la seule à relayer ce fait d’armes et Marie s’est mise à le reprendre à son compte. C’est l’une des seules anecdotes de Dodo qu’elle raconte volontiers et sans faillir.

Peut-être parce que c’est l’une des plus amusantes – ou l’une des plus inoffensives, même si, quand Camille me l’a racontée pour la première fois, je dois avouer avoir trouvé ça triste.

Parution : 26 août 2021 – Éditeur : Plon – Pages : 336

C’est l’histoire vraie de Camille, fille de. Pas d’un acteur ni d’un chanteur, mais du proxénète notoire Dodo la Saumure. Depuis l’enfance, Camille compose avec l’absence de ce père occupé par ses maisons closes et ses allers-retours en prison. Camille grandit dans la honte et les secrets de famille avec une seule question : comment devenir une femme dans l’ombre d’un père qui en exploite tant ?
L’expérience de Camille est universelle, car elle illustre la place et le combat de toutes ces femmes aux prises avec des hommes qui les méprisent, les dupent, les utilisent pour dominer et triompher.
C’est aussi l’histoire d’un écrivain, Julien Dufresne-Lamy, qui pour raconter son amie Camille reprend la narration depuis l’origine. Il interroge l’écriture et les souvenirs enfouis de son héroïne en se demandant sans cesse : comment écrire le vrai, la vie d’une autre, l’amitié sans trahir la littérature ?
Un récit littéraire sans compromis, construit comme une captivante enquête sur la famille et le secret, qui parle autant de proxénétisme que d’amour.



Catégories :Un livre, un extrait...

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