Rentrée littéraire 2024 : Aux ventres des femmes de Huriya

La merveilleuse féminité du monde ne leur convient pas. Alors ils ont associé notre sexe au mal et ont décrété que le vagin de la femme était l’antre du diable.

J’ai eu le plaisir de découvrir la plume de Huriya en lisant « Entre les jambes », en partie autobiographique, d’un garçon intersexué et abandonné dans la Marrakech des années 1970. J’étais donc ravie de découvrir ce que cette auteure allait me proposer dans son nouvel opus.

Je trouve que les éditions Rue de l’Échiquier ont fait un beau travail sur l’objet livre avec les arabesques, que j’aime beaucoup.

En arabe, Huriya veut dire liberté et s’il y a bien une trame commune aux différents livres de l’auteure, c’est bien cette liberté qui caractérise les sujets abordés et cet opus le confirme bien.

Si « Entre les jambes » se voulait en partie autobiographique, « Au ventre des femmes » se veut une fiction ancrée dans la réalité, dans un pays imaginé dans la péninsule arabique, mais que l’on pourrait transposer dans n’importe quel pays où la femme n’a aucun droit, surtout au regard des actualités des derniers jours.

Sur nos sols labouré par la foi ne poussent que des hommes à barbe qui ont fait de la femme la mauvaise moitié de l’homme.

J’ai parfois pensé que l’intrigue se déroulait vers l’Arabie Saoudite, d’autres fois d’être en Iran pour finalement me retrouver avec une Hrira, soupe typiquement marocaine. Même si j’ai été déstabilisé, je me dis que c’est aussi une manière intéressante et judicieuse, de faire transposer son récit dans tous ces pays où la femme n’existe pas. Où la femme est inachevée. Inachevée, car elle n’est pas née homme.

Le sexe de la femme ne lui appartient pas, il est l’histoire de tous sauf de la femme elle-même. Et même si, nous sommes dans un pays musulman, cette réflexion est transposable dans n’importe quel pays. Il n’y a qu’à voir toutes ces libertés perdues.

J’y ai retrouvé ce que j’ai pu entendre plus jeune en Tunisie, où le sexe de la femme était plus une question d’hommes. J’ai retrouvé ces médisances, ces avertissements contre le mâle qui ne se résume qu’à ce qu’il a entre les jambes. J’y ai retrouvé aussi l’hypocrisie, misogynie et l’homophobie… Et cela a fait remonter des milliers de souvenirs bien enfouis.

La plume peut sembler hachurée, décousue, mais bout à bout, cette musicalité met en lumière la rage de cette jeune fille dont le seul désir est de vivre comme elle l’entend. Et même si j’ai trouvé quelques dissonances entre sa jeunesse et sa manière de parler, ses mots ont touché mon cœur de femme.

C’est un roman vif, aux mots martelés de l’urgence de conquérir une liberté que chaque femme mérite. Un roman qui vient bousculer nos certitudes sur l’avenir de la femme, malheureusement bien fragile face à certains hommes.

Notre seul tort est d’être femmes.

Au vu des sujets abordés, c’est un livre de la rentrée qui va avoir du succès !

Je remercie les Éditions Rue de l’échiquier pour leur confiance.

Parution : 30 août 2024 – Éditeur : Rue de l’échiquier – Pages : 296 – Genre : littérature marocaine, rentrée littéraire, psychologie, drame, quête de soi, témoignage   religion

Shahrazade naît dans un pays de la Péninsule arabique, d’un père boucher, qui la considère comme « un corps inachevé » parce que fille, et d’une mère soumise et humiliée, parce qu’incapable de donner un fils à son mari.

Elle grandit dans un quotidien étouffant, corseté par les interdits d’une société traditionnelle, hypocrite et violemment patriarcale. Ses moindres faits et gestes sont surveillés par sa grand-mère, qui sous couvert de religion, s’érige en gardienne de la vertu et défend avec ardeur ses intérêts et ceux de son fils.

Pour autant, Shahrazade refuse très tôt de subir la loi des hommes et se révolte contre le destin de génitrice et de femme au foyer qu’on lui assigne. Quel peut être son avenir dans cette société ultraconservatrice ? Comment s’affranchir de la domination masculine et assumer ouvertement son identité sans craindre pour sa vie ?


Ju lit Les Mots

– Blog littéraire – Critiques littéraires – Co-fondatrice Prix des auteurs inconnus – Membre Association REBOOT – Contributrice journal 20 minutes –



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Catégories :Contemporain, Rue de l'échiquier

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19 réponses

  1. Un désir bien légitime qui semble encore un rêve dans bien trop de pays. Merci pour ton avis sur ce texte engagé.

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  2. Je savais que ce livre était une de tes lectures du moment et j’attendais ton avis avec impatience 😉.

    J’aime ce que propose cette ME et ce livre semble également être une belle découverte. Un sujet qui me touche (une femme qui ne procrée pas, même dans des pays démocratiques et libres, est encore regardée avec méfiance) et je vais noter ce titre.

    Merci beaucoup Julie pour ces pépites que tu nous déniches en cette rentrée littéraire 😘

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    • Merci beaucoup Céline ❤
      Ces injonctions faites aux femmes m'ont toujours dérangées, on y toutes été confronté et nous le sommes encore, alors que ce corps nous appartient ! Nous ne sommes en définitif, pas libres…
      J'ai noté Les semeuses de cette maison d'édition aussi et j'espère le lire dans les prochains mois (on en parle dans un an pour voir si je l'ai lu !?)
      Je suis ravie de montrer d'autres livres que l'on voit peut-être trop peu 😉

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  3. Un sujet brûlant, mais nécessaire à aborder.

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  4. Avatar de ducotedechezcyan

    ça semble être une lecture coup de poing. Je note, merci 😉

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  5. Je le note directement, merci pour la découverte

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  6. Très belle chronique ! Un roman que j’avais repéré, qui aborde un sujet essentiel, et en même temps, j’ai très envie de découvrir la plume de l’autrice, qui a l’air très belle et poétique.

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