La pouponnière d’Himmler de Caroline De Mulder : Un plongeon troublant dans les horreurs de l’idéologie nazie

Il n’y a pas d’un côté le bien, de l’autre le mal, il y a de longues glissades dont on se relève pas, et des passages quelquefois imperceptibles de l’un à l’autre. Quand on s’en rend compte il est déjà trop tard.

Après Manger Bambi, dans lequel l’auteur explore l’enfance et les violences familiales, elle signe ici un nouveau une violence bien plus larvée, mais encore plus destructrice.

Caroline De Mulder plonge le lecteur dans les méandres les plus sombres de l’idéologie nazie, notamment le programme Lebensborn. À travers des personnages complexes, elle livre une réflexion très intéressante sur la manipulation, l’identité, et le manque d’humanité. Avec une écriture ciselée et des scènes glaçantes, ce roman secoue et pousse à s’interroger sur les mécanismes de la haine et la manipulation des corps et des esprits.

Nous suivons plusieurs personnages dont les destins se croisent et se brisent dans cet univers où la vie humaine est réduite à un simple instrument de la politique d’eugénisme nazi. Entre les femmes soumises à ces « expériences » et les enfants élevés dans cette idéologie, chaque personnage révèle un aspect terrifiant de ce sombre chapitre de l’Histoire.

En explorant le programme Lebensborn, l’auteur expose de manière percutante la manière dont les nazis ont tenté de modeler la société selon leurs critères raciaux inhumains. La maternité est instrumentalisée, dénaturée, réduite à un processus biologique contrôlé par l’État. La tension entre l’instinct maternel et l’horreur de ce que subissent ces femmes est omniprésente.

Caroline De Mulder possède un style incisif, direct et percutant. Avec une écriture précise et directe, tout en usant de descriptions avec distance, froides accentuant l’horreur du propos sans jamais tomber dans la facilité ou dans le voyeurisme. Elle force le lecteur à regarder en face la réalité de ce programme nazi, sans détour ni embellissement. Ce contraste entre la violence des actes et la précision du récit renforce l’impact du texte. Les dialogues sont parfois vifs, tranchants, d’une froideur qui rappelle l’indifférence avec laquelle ces vies étaient manipulées et sacrifiées.

L’auteure parvient à incarner l’horreur historique à travers des personnages profondément humains. Elle nous place au cœur de l’idéologie nazie, tout en nous faisant ressentir le poids des choix individuels, des souffrances et des dilemmes moraux. Les passages décrivant les enfants du programme, élevés dans l’ignorance de leur propre passé, sont émouvants. Elle ne se contente pas de décrire les horreurs, elle nous les fait vivre à travers des destins brisés.

A travers une fiction historique, très bien documentée, l’auteure jette une lumière crue sur l’un des aspects les plus terrifiants de la politique nazie. Elle invite le lecteur à réfléchir aux conséquences dévastatrices de l’idéologie raciale tout en appuyant sur la fragilité de notre humanité face aux manipulations totalitaires.


Parution : 7 mars 2024 – Éditeur : GALLIMARD – Pages : 288 – Genre : historique, lebensborn, seconde guerre mondiale, littérature belge, nazisme

Heim Hochland, en Bavière, 1944. Dans la première maternité nazie, les rumeurs de la guerre arrivent à peine ; tout est fait pour offrir aux nouveau-nés de l’ordre SS et à leurs mères « de sang pur » un cadre harmonieux. La jeune Renée, une Française abandonnée des siens après s’être éprise d’un soldat allemand, trouve là un refuge dans l’attente d’une naissance non désirée. Helga, infirmière modèle chargée de veiller sur les femmes enceintes et les nourrissons, voit défiler des pensionnaires aux destins parfois tragiques et des enfants évincés lorsqu’ils ne correspondent pas aux critères exigés : face à cette cruauté, ses certitudes quelquefois vacillent. Alors que les Alliés se rapprochent, l’organisation bien réglée des foyers Lebensborn se détraque, et l’abri devient piège. Que deviendront-ils lorsque les soldats américains arriveront jusqu’à eux ? Et quel choix leur restera-t-il ? Reconstituant dans sa réalité historique ce gynécée inquiétant, ce roman propose une immersion dans un des Lebensborn patronnés par Himmler, visant à développer la race aryenne et à fabriquer les futurs seigneurs de guerre. Une plongée saisissante dans l’Allemagne nazie envisagée du point de vue des femmes.


Ju lit Les Mots

– Blog littéraire – Chroniques littéraires – Co-fondatrice Prix des auteurs inconnus – Présidente Association REBOOT –



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Catégories :Gallimard, Historique

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27 réponses

  1. Merci Julie pour ta chronique, qui donne envie de découvrir ce roman. Je l’avais vu à la médiathèque, mais je n’ai pas osé l’emprunter ne sachant pas vraiment ce qui m’attendait. C’est un sujet horrible et je n’avais pas forcement envie de lire un roman de ce type. Je le note maintenant que j’ai lu ton avis 😘

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  2. Avatar de ducotedechezcyan

    Même en ayant déjà entendu parler de ces horreurs, ça fait encore froid dans le dos…

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  3. j’ai lu une BD et un roman sur ce sujet très récemment je conseille le roman graphique très intéressant.

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  4. J’ai souvent entendu parler de la chose mais je n’ai jamais lu sur ce pan de la politique nazi. Ce court roman bien fait pourrait être l’occasion pour.

    Merci pour la découverte.

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  5. C’est glaçant, ce thème mais, plus que jamais, il faut se rappeler que la manipulation de masse existe ! Je note… surtout après un tel retour !

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  6. Je suis d’accord avec ta jolie chronique. J’avais beaucoup aimé cette lecture sur un sujet, finalement, assez peu abordé en roman. L’autrice a du talent. 🙂

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  7. je le note, c’est un roman qui doit être très intéressant!

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  8. Je n’ai pas lu celui-ci mais les deux premiers roman de cette autrice belge m’ont vraiment marqué, j’aime sont style direct et percutant, son écriture pêchue .
    Visiblement une nouvelle fois elle a su nous montrer toute l’horreur de cette histoire; alors merci ma Julie pour ce jolie retour 🙏😘

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  9. J’avais entendu parler de ce livre et c’est vrai qu’il me rend curieuse. Je ne me serais pas spontanément dirigée vers ce roman, mais le sujet a l’air intéressant.

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