Un livre, un extrait… Tout ira mieux de Almudena Grandes

Il lui fallut des années.

Quand il se décida à faire le premier pas, sa fille cadette s’était initiée à l’art du balayage blond sous la tutelle experte de sa mère. Pendant ce temps, il s’était passé beaucoup de choses et il ne s’était rien passé.

Au cours de cette période, il y avait eu différentes élections, générales, autonomes, anticipées. Le pouvoir avait changé de main à plusieurs reprises, mais la joie des vainqueurs successifs était chaque fois de plus en plus courte. Tandis que la polarisation idéologique continuait de broyer les institutions, la méfiance des citoyens à l’égard de la politique n’avait pas cessé de croître, portant le discrédit sur la démocratie même. La nouvelle normalité avait fini par devenir la normalité tout court, avec des rames de métro et des terrains de foot bondés de gens. Mais alors que les Espagnols pensaient avoir laissé derrière eux l’expérience du confinement, une nouvelle pandémie les cloîtra de nouveau chez eux. La crise fut plus brève, même si quand tout recommença, l’économie, pas tout à fait remise du premier coup, chancelait comme un boxeur groggy, incapable de marcher droit. Cependant, quelques rares hommes d’affaires, qui avaient su diversifier à temps leurs investissements, en sortirent gagnants.

L’homme connu désormais comme le Grand Capitaine, y compris dans les médias, était toujours directeur d’une grande compagnie d’électricité, leader en énergie renouvelable au niveau national. Il avait grimpé jusqu’au sommet de la CEOE et avait été invité à faire partie du conseil d’administration du patronat européen. Par ailleurs, entre deux pandémies, il avait acheté une entreprise de plastiques spécialisée en cloisons en méthacrylate, une autre en matériel sanitaire, ainsi que le brevet de combinaisons de protection en tissu imperméable et ultraléger, dotées d’un casque transparent avec un système de ventilation, qui remplacèrent très vite les vieux équipements de protection individuels dans les hôpitaux de plusieurs pays. Sa femme lui avait reproché de dépenser un million en bêtises, mais pendant ce qui resterait dans l’Histoire sous le nom de Deuxième Pandémie, il s’en mit plein les poches, et ce n’était que le début. Quand sa fille, désormais majeure, décida de devenir blonde, il avait des vues sur un laboratoire pharmaceutique, mais il pensa que le mieux serait de commencer par le début.

— Je peux vous demander ce que vous voulez faire exactement ?

— Pas encore. (Il leva la main pour appeler le serveur.) Plus tard…

Elle gloussa légèrement, et il fut certain qu’elle avait compris.


Parution : 9 octobre 2024 – Éditeur : JC Lattès – Pages : 448– Traduction : Anne Plantagenet – Genre :

L’Espagne dans un futur proche. Un nouveau parti politique, le Movimiento Ciudadano ¡Soluciones Ya! (MCSY), a remporté haut la main les élections. Celui qui le dirige dans l’ombre est un homme d’affaires prospère qui estime que le Conseil des ministres doit fonctionner à la manière d’un conseil d’administration.
Il a d’ambitieux projets pour redresser le pays.

Après une série d’agressions, un nouveau corps de Vigiles sera créé, et une Grande Panne entraînera un accès limité à Internet. Face aux difficultés, on encouragera la liberté illimitée de consommation. Il s’agira de mesures exceptionnelles, car le pays sera confronté
à de nouvelles formes de pandémie qui exigent de veiller à la sécurité avant toute chose : « La sécurité, c’est la santé. La santé, c’est la vie. La vie est sécurité. »

Seul un groupe de femmes et d’hommes ordinaires osera dénoncer les mensonges du nouveau régime qui prétend que « Tout ira mieux », alors qu’en réalité il impose une dictature ultracapitaliste au pays.


Ju lit les mots

– Blog littéraire – Critiques littéraires – Co-fondatrice Prix des auteurs inconnus – Contributrice journal 20 minutes – Membre the funky geek club



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6 réponses

  1. Ma tentatrice revient en force 😂

    Je cède, bien évidemment!

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  2. c’est un roman politique d’anticipation ? j’aimerais bien savoir comme ça finit sans forcément le lire , compliqué !

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