Chronique d’un songe lumineux : Le Ministère des Rêves de Momtchil Milanov


L’esprit pratique individuel se développe en provoquant la perte collective. Une société remplie de gens intelligents en privé mais collectivement stupides en public est condamnée.


J’aime de plus en plus sortir de ma zone de confort et aller vers des auteurs que je n’aurais pas spontanément choisis il y a encore quelques mois. J’ai eu le plaisir de recevoir ce livre des éditions les Argonautes, une maison d’édition indépendante, l’occasion idéale de découvrir un primo-romancier bulgare et une ligne éditoriale singulière. Vous verrez donc fleurir ici, de plus en plus souvent, des publications issues de ces éditeurs indépendants… et j’en suis ravie !

Certains livres nous cueillent au moment où l’on ne s’y attend pas. Quand j’ai ouvert Le ministère des Rêves de Momtchil Milanov, je pensais découvrir un premier roman prometteur, sans me douter que j’allais plonger dans un univers qui allait m’accompagner bien après avoir tourné la dernière page.

C’est à travers les yeux de Stern, un enfant à la fois candide et lucide, que l’on découvre cette cité enveloppée de brouillard et de mystère. Graystadt, une ville imaginaire où rien n’est tout à fait normal. Un dirigeable plane silencieusement au-dessus des toits, des objets s’évaporent sans explication, des silhouettes inquiétantes apparaissent dans l’ombre. Très vite, on comprend que quelque chose de précieux — les générateurs de rêves — est menacé, et seul Stern semble en percevoir l’importance.

J’ai aimé la manière dont l’auteur installe son atmosphère, sont intrigue : tout est à la fois familier et décalé, comme dans un rêve dont on se souvient vaguement au réveil. La ville, les images, les apparitions sont visuelles et intenses au point que notre imagination, aussi fertile que celle de Stern, fasse défiler les scènes comme sur un écran.

Mais ce qui m’a surtout touché, c’est le regard de Stern. Sa voix d’enfant donne au récit une profondeur singulière, une pureté, une naïveté qui rend l’inquiétude encore plus palpable. On retrouve cette capacité qu’ont les enfants à percevoir ce que les adultes refusent de voir, et à donner un sens poétique à l’invisible.

Derrière la poésie, le roman aborde aussi des questions essentielles : le pouvoir, la surveillance, la fragilité des libertés individuelles. Rien n’est asséné, tout est suggéré, ce qui rend le propos plus fort encore. Momtchil Milanov laisse au lecteur la liberté de ses interprétations, donnant à son récit une portée universelle.

Et puis il y a cette mélancolie diffuse, portée par une plume sobre et évocatrice, contrebalancée par la conviction que les rêves, même menacés, peuvent servir de refuge, voire d’arme silencieuse.

En combinant poésie, symboles et émotion, ce premier roman apporte une certaine fraîcheur dans le monde littéraire actuel, en apportant non pas des réponses toutes faites, mais un espace pour rêver, réfléchir et s’émerveiller.

C’est un roman à la fois exigeant et accessible, un texte qui marie l’imaginaire et la réflexion avec une rare justesse. Momtchil Milanov réussit à nous rappeler, avec simplicité et poésie, combien nous avons besoin des rêves pour résister aux forces de l’ombre, aux aléas de la vie. Le rêve comme un espoir que les choses s’améliorent. Ce qui sous couvert de métaphore fait écho aux bruits du monde et à l’espoir qu’il faut malgré tout garder, pour continuer à rêver.

Un livre que je recommande à celles et ceux qui aiment les récits symboliques et poétiques, où l’on peut à la fois s’émerveiller et réfléchir au monde d’aujourd’hui.

Je remercie les Éditions Les Argonautes pour cette lecture.

Parution : 22 août 2025 – Éditeur : Les Argonautes – Pages : 205 – Traduction : Marie Vrinat-Nikolov – Genre : Littérature bulgare, fantastique, Thriller fantastique, conte initiatique, politique

Par un matin gris d’hiver, un immense ballon dirigeable s’installe dans le ciel de Graystadt, silencieux, menaçant. Même le directeur Stern, qui travaille pourtant pour le gouvernement, semble impuissant face à ce qui se prépare. Seul son fils, le petit Stern, perçoit le danger avec clarté.

Alors que les bicéphales du mystérieux baron Noulde investissent les rues et que l’enfant doit faire face aux absences de ses parents, Stern trouve refuge dans son imaginaire. Et si c’était à lui de sauver les générateurs de rêves ?


Entre conte initiatique et fable politique, Le Ministère des Rêves est un hommage poignant à l’imagination. Momtchil Milanov nous offre un premier roman porté par une prose lumineuse où, à travers le regard d’un enfant, chaque instant se charge d’une profondeur nouvelle.


Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 juillet 2025 au 11 juillet 2026)Une rentrée à l’Est chez Sacha du blog Des romans, mais pas seulement – Challenge Sous les pavés, les pages chez Ingannmic et Athalie (du 15septembre 2025 au 15 novembre 2025)


Ju lit Les Mots
– Blog littéraire – Critiques littéraires – Co-fondatrice Prix des auteurs inconnus – Membre the funky geek club – Contributrice journal 20 minutes –



Catégories :Challenge Polars et Thrillers, Fantastique/Science-fiction/Uchronie/Dystopie..., Les Argonautes, Littérature allemande, Littérature bulgare, Thrillers/Polars

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24 réponses

  1. Ah ben mince, j’étais persuadée que tu nous avais déjà parlé de ce livre car je l’ai mis dans ma WL, en indiquant que je l’avais trouvé sur ton blog. En tout cas, tu en parles merveilleusement bien et j’ai toujours autant envie de le découvrir.

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  2. Ton retour est beau Julie. Tu as raison pour les maisons d’édition. Il y a de vraies pépites chez les maisons d’édition indépendantes, qui sont moins dans la lumière. Les mettre en avant c’est une très belle idée. Excellente journée à toi 🙂

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  3. Je suis très contente de lire ton avis car ce roman me rendait très curieuse, et parce que j’ai déjà eu quelques coups de coeur chez Les Argonautes ! Serais-tu d’accord pour que j’intègre un lien vers ton billet dans la Rentrée bulgare qui bat son plein sur mon blog en ce moment ?

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  4. beau billet pour un livre qui ne m’attire pas du tout et je suis donc moins audacieuse que toi, je n’ai pas envie de sortir de ma zone de confort.

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  5. Avatar de ducotedechezcyan

    Direct dans ma WL! Merci 🙂

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  6. C’est très beau ce que tu nous racontes de ce roman. Merci pour ce partage Julie

    Et même si je te l’ai déjà dit, j’adore le visuel, ambiance cosy et automnale, que tu as réalisé sur le blog 🥰

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  7. Un roman qui a l’air très beau tout en poussant à la réflexion. Un mélange poésie/réflexion qui ne manque pas d’attrait.

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  8. Merci pour ta jolie chronique Julie… je ne pense pas que ce genre de livre soit pour moi, mais je suis heureuse de la découverte. J’aime beaucoup la nouvelle ambiance sur le blog, bravo ! 🙂

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  9. Je rattrape mon retour de lecture de ces dernières semaines ^^
    Voilà une lecture dont l’ambiance a tout pour me plaire avec sa poésie, sa mélancolie et son décalage.
    Noté !

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  10. Une très belle mise en lumière ! Je note en tout cas, et pour moi, aussi, si je franchis le pas, ce sera un pas de côté !

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