Les avis de Céline C. : Sauver l’information de l’emprise des milliardaires d’Olivier Legrain et Vincent Edin


« Les milliardaires n’investissent pas dans les médias en tant que chefs d’entreprise, pour gagner de l’argent ; ils savent que ces investissements sont économiquement non rentables. Mais ce qu’ils perdent financièrement, ils le gagnent en termes d’influence : disposer de grands médias permet d’accéder à l’ensemble des dirigeants politiques de premier plan, offre de nombreuses opportunités d’étendre son réseau économique, ce qui justifie largement l’investissement. Vincent Bolloré parle même ouvertement de « combat civilisationnel » : il reconnaît qu’il investit à fonds perdu pour mener une bataille culturelle ayant pour objectif d’imposer son récit national au pays »


Tout est dit dans cette citation et dans le résumé. Voici un petit essai qui nous informe, nous éclaire, sur la façon dont l’information en France, est devenu un moyen pour une poignée de milliardaires d’établir leur influence. L’auteur, lui-même millionnaire, nous explique, sources et documents à l’appui, comment, petit à petit, s’est mise en place cette concentration inédite de milliardaires, aux idées pour le moins discutables, dans les différents médias. Les chiffres sont clairs : Dix milliardaires qui accaparent à eux seuls 90% des ventes de quotidiens nationaux, 55% de l’audience des télévisions et 40% de celle des radios. Et en plus de cela, deux d’entres eux possèdent aussi 50% du marché de l’édition.

À partir de ce constat, l’auteur cherche à démontrer en quoi c’est un problème, comment cette offensive, qui ne se cache pas, a pour vocation d’imposer des idées nationalistes, voire à mettre en danger notre démocratie. Oliver Legrain décortique le chemin qui a mené à cette situation et ce que nous réserve la suite.

La suite est claire, l’information est en danger. Sous prétexte de la sacro-sainte liberté d’expression, tout est bon à être déballé sur la place publique, peu importe si ce ne sont que rumeurs, ou complots, données non vérifiées, et/ou manipulées. Seuls les faits, les chiffres, les données, les statistiques devraient être importants. Or, cette vérité est balayée d’un revers de main, remplacée par les opinions à l’emporte pièce et par les fake news, déversées par milliers sur des chaines de télé, ou sur les réseaux sociaux. Une idée fausse est hélas facile à répandre, mais quand il s’agit d’expliquer qu’elle est fausse cela prend un temps beaucoup plus long.

Alors comment se sortir de ce trou noir qui semble tout avaler sur son passage ? L’auteur tente de donner des pistes pour changer la donne, notamment à travers les médias indépendants. Il explique comment nous pouvons agir, à notre niveau.

Un essai qui m’a beaucoup appris, qui m’a donné un peu le vertige, mais qui m’a permis d’y voir plus clair.

Une question pour terminer cet avis, puisque ce livre évoque également le monde de l’édition et son évolution, sa concentration au sein de grands groupes, détenus par ces milliardaires dont il est question : savez-vous à qui va votre argent lorsque vous achetez un livre ? 

« En démocratie, la question de la vérité est plus complexe que dans les régimes autoritaires. La presse d’opinion, y compris d’opinions défavorables au régime en place, a droit de cité et c’est heureux. Mais encore faut-il que toutes les opinions soient fondées et également qu’on reconnaisse que toutes les opinions ne se valent pas. Non pas parce que les émetteurs seraient intrinsèquement supérieurs ou inférieurs aux autres, mais parce qu’on reconnaît une qualification, une légitimité ou une expertise à certains émetteurs sur certains sujets : les scientifiques sur la science, les politologues sur la politique, les économistes sur l’économie, etc. Or, nous avons vu que la course au remplissage des grilles, la quête d’audience par le clash et les explications contradictoires du monde faisaient la part belle aux propos débridés, voire outranciers, qui très vite ouvrent la porte aux mensonges. » 


Parution : 14 mai 2025 – Pages : 114 – Éditeur : Payot – Genre : Essai, littérature française

En France, une poignée de milliardaires s’emparent depuis peu des sources d’information : médias, maisons d’édition, écoles de journalisme… Comme informer coûte cher et n’est que peu rentable, leur intérêt n’est pas économique. Il est urgent de lutter contre cette concentration dangereuse pour la démocratie.


Ju lit les mots
– Blog littéraire – Critiques littéraires – Co-fondatrice Prix des auteurs inconnus – Contributrice journal 20 minutes – Membre the funky geek club


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Catégories :Documentaire, essai..., Les avis de Céline C., Littérature française, Payot

27 réponses

  1. J’imagine que c’est très intéressant mais j’ai déjà tellement peu foi en l’humanité que ce n’est pas nécessaire que je m’en rajoute une couche 🫣

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  2. Une connaissance effectivement avoir des mécanismes d’information que ce soit via les journaux et les chaînes télé ou l’édition.
    Ai-je envie de dire quand tout le monde devrait être au courant mais quand même temps, c’est bien ce qu’ils essaient d’empêcher…

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    • Je pense que c’est essentiel d’avoir ces informations/données ; après chacun fait comme il peut/veut, en connaissance de cause !

      Désolée Alexandra, je n’ai pas compris ta deuxième phrase 🥴😅

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  3. Merci Céline pour cet article.

    Je lai depuis un moment, j’ai même plusieurs essais à lire, bien rangés sur une étagère dédiée, mais j’avoue que le boulot terminé, j’ai plus envie de lire des choses plus légères (même si en ce moment je n’arrive pas à me fixer sur une seule lecture)

    Ce genre de livre est nécessaire, indispensable quand on voit la désinformation, l’utilisation des médias pour manipuler les gens et malheureusement ça fonctionne !

    Je préfère aussi savoir, mais j’avoue que cela m’inquiète pour l’avenir de mes enfants… Je fais parfois l’autruche comme dit mon fils, parce que je ne veux pas penser à ce qui pourrait être dans une France à l’extrême droite…

    Merci pour ton avis, je le lirais c’est certain 🙂

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    • Merci Julie ❤️

      Je comprends que tu aies envie de lectures plus légères, et c’est bien normal après une journée de travail. De mon côté, en ce moment je lis beaucoup d’essais, de livres qui m’aident à réfléchir, j’ai besoin de cela, de comprendre, cela m’apaise 😅

      Ce genre de livres, comme celui de Salomé Saqué, Résister, sont essentiels pour savoir à quoi nous sommes confrontés. Tu ne fais pas l’autruche, s’informer et partager c’est aussi agir. En tout cas, c’est ainsi que je vois les choses.

      Si tu le lis, tu verras qu’il apporte aussi quelques informations sur le monde de l’édition, tu sais pourquoi je te dis ça 😉😆

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  4. Avatar de ducotedechezcyan

    ça a l’air d’une lecture très intéressante, mais peut-être trop anxiogène pour moi pour l’instant. Je me le note pour un moment où je serai en meilleure forme.

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  5. Passionnante cette chronique, sur un sujet à propos duquel je ne tombe pas des nues et dont je pourrais parler longuement. Merci Céline !

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  6. Quelle est la réponse à la question que tu poses :

    savez-vous à qui va votre argent lorsque vous achetez un livre ? 

    Livre essentiel certes mais je suis aussi frappée avec la génération des 18/30 ans à quel point ils ne s’informent plus à travers la presse mais sur des réseaux qu’ils contrôlent plus ou moins.

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    • Lorsque nous achetons un livre, l’argent va à l’auteur (très peu), au libraire, au distributeur et à l’éditeur. Comme le mentionne cet essai, l’édition est concentrée sur trois/quatre grands groupes qui se partagent le gâteau. Le plus gros est Hachette appartenant à Bolloré, dont il est question ici dans cet essai ; et on sait qu’à travers ses maisons d’éditions, notamment Fayard, il promeut ses idées. Donc, lorsque nous achetons un livre, nous participons, indirectement, à financer ces groupes, dont on ne partage pas forcement les idées … d’où ma question !

      Oui les jeunes s’informent plus à travers les réseaux sociaux, sur lesquels on peut malgré tout trouver des médias indépendants

      Merci Luocine 😊

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  7. J’ai lu plusieurs articles sur le sujet, un temps je lisais aussi des essais, mais c’est de plus en plus rare je dois le reconnaître. Toutefois j’essaie de me tenir informée pour ne pas me faire manipuler. L’emprise d’un tout petit nombre de personnes sur le monde est inquiétant. Il y a beaucoup de similarités avec les évènements d’il y a un siècle. Bonne journée

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    • Tu as raison Pat, c’est inquiétant cette emprise de quelques uns sur le monde ! et je suis d’accord avec toi, il y a, hélas, des similarités avec des événements passés …

      Bonne journée à toi aussi ☺️

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  8. Ça fait peur cette lecture. Je comprends ta position ma Céline 🥰, il faut étudier le processus pour pouvoir en parler, c’est cette sphère facho qui me fait peur. Est ce que l’on saura y résister ? Faire barrage, oui, mais tenir, c’est une autre histoire 😭

    Merci à toi pour le partage de la chronique 🙏 😘

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    • J’aime bien m’informer pour bien comprendre le monde dans lequel nous vivons, et ce monde des médias (l’édition étant un média comme un autre) est accaparé, donc de moins en moins « indépendant », c’est un risque pour notre démocratie, et pour l’avenir. Je ne sais pas s’il l’on saura résister, mais s’informer, partager et voter, est une forme de résistance ! ✊🏻

      Merci à toi ma Lulu de m’avoir lue 🥰😘

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