On dit que les violons ont une âme. Les luthiers parlent toujours à voix basse de cette pièce d’épicéa placée à l’intérieur de la caisse de résonance et située à quelques millimètre du pied droit du chevalet. Le placement de l’âme à l’intérieur de l’instrument se fait quand il est terminé, avec une pointe aux âmes.

Ce roman s’inspire d’une histoire vraie : celle de Nejiko Suwa, jeune prodige japonaise du violon, à qui Joseph Goebbels offre en 1943, à Berlin, un Stradivarius, symbole du rapprochement entre l’Allemagne nazie et l’Empire du Japon. L’instrument a pourtant une origine tragique : il a été spolié à Lazare Braun, musicien juif assassiné par les nazis.
Incapable, dans un premier temps, de jouer de ce violon chargé d’une mémoire douloureuse, Nejiko est hantée par son passé, comme si l’instrument possédait une âme. Après la guerre, Félix Sitterlin, musicien au sein de la brigade musicale des Gardiens de la Paix de Paris, est missionné par les autorités de la France Libre pour reconstituer l’histoire du Stradivarius confisqué. Sa quête le conduit à rencontrer Nejiko Suwa, qui finira par lui confier son journal intime.
J’ai découvert ce livre dans sa version audio, je trouve que le genre se prête bien à ce format. L’écoute impose un rythme, une continuité, et rend cette dimension presque documentaire, qui correspond assez bien à son sujet : une histoire où l’art, la mémoire et la violence historique s’entrelacent autour d’un objet chargé de symboles, un violon Stradivarius passé entre plusieurs propriétaires.
La narration est sobre, maîtrisée, le narrateur n’en fait pas trop, le ton est juste, il ne cherche pas à dramatiser excessivement, ce qui permet au récit de conserver une certaine distance, presque froide par moments. Cette retenue accentue paradoxalement la gravité du sujet : l’instrument spolié, l’appropriation culturelle et matérielle opérée par le régime nazi apparaissent comme des faits inexorables.

À l’écoute, on perçoit clairement la construction en fragments historiques, avec une alternance temporelle qui donne du rythme au récit. La narration aide à distinguer les différentes périodes et les différents points de vue, même si cette structure demande plus d’attention. Le livre audio souligne une certaine uniformité de ton : les personnages, bien qu’intéressants, gardent une distance émotionnelle. La voix, volontairement neutre, sert le propos historique, mais limite parfois la sympathie que l’on pourrait ressentir pour eux.
Cela dit, cette forme narrative correspond assez bien à l’ambition du livre. Le Stradivarius de Goebbels n’est pas un roman qui cherche l’émotion brute. Il interroge plutôt la place de l’art face au totalitarisme, la manière dont un objet garde en lui la mémoire de ceux qui l’on possédé et gardent en eux une mémoire silencieuse.
Certains passages gagnent à l’oral, notamment ceux qui évoquent la musique, le violon, la fascination qu’il exerce, même si cela manque d’immersion. Un environnement sonore, aurait donné plus de densité et permis une immersion plus profonde.
Finalement, cette écoute du livre en audio a renforcé mon impression de sérieux qui privilégie la clarté et le propos à l’émotion. Même si j’aurais voulu ressentir un peu d’émotion au vu du sujet, je suis restée en périphérie du propos, plus focalisée sur la partie plus « documentaire ». Yoann Iacono a enquêté plus de quatre ans sur la personnalité de Nejiko Suwa et sur ce violon.
Une lecture — ou plutôt une écoute — intéressante, qui invite à réfléchir à la manière dont l’art traverse l’Histoire, parfois malgré lui, et conserve la trace des violences dont il a été le témoin silencieux.
Parution : 7 janvier 2021 – Éditeur : Audible – Slatkine et cie – Temps d’écoute : 5 heures et 1 minute – Narrateur : Vincent de Boüard – Pages : 268 – Genre : littérature française, polar, policier
Le roman vrai de Nejiko Suwa, jeune virtuose japonaise à qui Joseph Goebbels offre un Stradivarius à Berlin en 1943, au nom du rapprochement entre l’Allemagne nazie et l’Empire du Japon. Le violon a été spolié à Lazare Braun un musicien juif assassiné par les nazis. Nejiko n’arrive d’abord pas à se servir de l’instrument. Le violon a une âme. Son histoire la hante. Après-guerre, Félix Sitterlin, le narrateur, musicien de la brigade de musique des Gardiens de la Paix de Paris est chargé par les autorités de la France Libre de reconstituer l’histoire du Stradivarius confisqué. Il rencontre Nejiko qui lui confie son journal intime.



Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 juillet 2025 au 11 juillet 2026)
Ju lit Les Mots
– Blog littéraire – Chroniques littéraires – Co-fondatrice Prix des auteurs inconnus – Présidente Association REBOOT –
En savoir plus sur Ju lit Les Mots
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
Catégories :Audio, Challenge Polars et Thrillers, Historique, Littérature française, Slatkine et Cie, Thrillers/Polars

Je ne me serais probablement pas dirigée vers ce livre, mais peut-être que je pourrais me laisser tenter par la version audio.
J’aimeJ’aime
J’ai apprécié le fait que cela se passe durant la seconde guerre mondiale, le fait qu’on parle des spoliations, on n’en parle pas assez… Mais aussi du fait que les objets peuvent s’imprégner du vécu…
J’aimeJ’aime
Intéressant ce roman, et le postulat de départ est original. Merci pour cette découverte et ton joli retour !
Et j’adore ton nouveau visuel pour tes lectures audio ❤️🥰
J’aimeJ’aime