Profession de l’accusé : Militaire. Électricien. Aide-maçon. Ouvrier agricole. Fonctionnaire. Étudiant. Tuer des femmes est un crime démocratique, pourrait-on dire.
(…) Enfants, misère, chômage, alcoolisme, rien de tout ça n’est le véritable problème. La raison est tout autre : ils tuent des femmes parce qu’ils aiment tuer des femmes. Comme on aime aller à la pêche ou jouer au football.

J’ai choisi ce livre au hasard, attirée par le titre et la belle couverture, les deux me semblant assez antinomiques. La narratrice, avocate à São Paulo, est envoyée dans le nord du Brésil, dans l’état de l’Acre en Amazonie. Sa mission est de suivre un procès sur l’assassinat et le viol d’une jeune indigène, mais aussi ceux d’autres féminicides. Et des féminicides au Brésil, et particulièrement dans cette région, il y en a beaucoup.
Pourquoi ce livre m’a embarquée et marquée ? Tout m’a plu dans cette lecture. Les personnages, le style et la plume de l’auteure, et la façon dont l’intrigue est tissée. J’ai suivi la narratrice dans son travail, j’ai découvert ses blessures et ses failles, j’ai appris à la connaître et l’apprécier au fil des pages.
Tout en subtilité, à travers cette jeune avocate, l’auteure nous raconte ce Brésil et ses choix politiques désastreux, tant pour la nature que pour les peuples indigènes, qui se sont vus spolier leurs terres, leur culture, au profit du profit. Elle nous raconte aussi l’horreur de la recrudescence des féminicides, et les raisons de ces assassinats, mais aussi l’impunité à l’égard de ces violeurs et tueurs de femmes. Un texte violent, brutal, où l’injustice révolte, où des femmes (et certains hommes) s’engagent dans un combat qui semble perdu d’avance.
On pourrait reprocher à ce texte d’en faire trop, d’être excessif envers les hommes ; pourtant, je l’ai trouvé assez réaliste dans la façon dont il expose ce que les femmes pourraient faire elles-aussi, si par malheur elles se comportaient comme les hommes (des maricides à la pelle, est-ce qu’il y en a ? les chiffres disent que non …).
À part « Cent ans de solitude », je crois bien n’avoir jamais lu de romans sud-américains. Et dans celui-ci, j’ai retrouvé des éléments de ce réalisme magique de Gabriel Garcia Márquez, notamment dans les parties où la narratrice se rend dans un village indigène pour expérimenter les voyages chamaniques. J’ai adoré ces parties oniriques, et guerrières, qui contre-balancent les parties du réel où les horreurs des féminicides sont relatées.
Franchement, quel livre coup de poing !
« Résister au désintérêt du gouvernement, aux incendies criminels, aux assauts des compagnies forestières illégales et de l’agronégoce est une tâche quotidienne et exténuante pour le peuple du jaguar, du soleil, de la pupunha, du buriti, de la grenouille, et de tant d’autres peuples d’Amazonie qui vivent en danger d’extinction depuis des siècles. »
Parution : 24 aout 2023 – Editeur : Buchet/Chastel – Pages : 304 – Genre : roman contemporain, littérature sud-américaine, féminisme, écologie, violence conjugale
Brésil, État de l’Acre. Une jeune avocate originaire de São Paulo se rend dans cette région partiellement couverte par la forêt amazonienne pour suivre le procès des assassins d’une jeune indigène. Sur place, elle découvre la beauté hypnotique et mystérieuse de la jungle, mais aussi sa part sombre, les injustices et les tragédies vécues au quotidien par les populations locales. S’initiant aux rituels ancestraux des peuples indigènes d’Amazonie et notamment à la prise de l’ayahuasca, un puissant hallucinogène, la jeune femme s’engage dans une quête de justice, pour les femmes qui l’entourent et pour elle-même. Le roman de Patrícia Melo nous embarque entre réalité et cauchemar, dans une enquête où la violence prime sur la loi. En choisissant de tenir son intrigue dans l’État de l’Acre, dans le ventre de la jungle, l’autrice brésilienne montre la violence infligée aux femmes, mais aussi à la nature : celles qu’on tue dans l’indifférence.
Catégories :Buchet Chastel, Contemporain, Documentaire, essai..., Les avis de Céline C., Littérature brésilienne

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