Leurs seins, timides ou généreux rebondissent sous les blouses de coton et les chemisiers entrouverts. Blancs, cuivrés, galbés et ronds, en forme de pommes. Plus larges sous les aréoles, en poires mûres. Fermes, élastiques. Veloutés, couverts de poils fins et dorés. Tachetés de grains de beauté, parfois irisés de petites vergetures roses. Lourds. Avec des mamelons turgescents, dansants, hypnotiques, des bourgeons tendus qui pointent sous les tissus. Parfois, les doigts se frôlent. Je te sers du vin ? s’enquièrent-elles. Le verre devient calice, quelques millimètres de transparence sur lesquels glissent les désirs.

J’ai eu le plaisir de découvrir la plume de l’auteure avec son premier opus Lumière, qui m’avait émue, alors même que je n’étais pas la lectrice cible. Je me souviens avoir été touchée par la sensibilité des personnages et par le sujet.
J’étais donc très heureuse de découvrir son nouveau roman et je dois dire que la couverture très années 70 a joué un rôle important. D’ailleurs pendant une partie du récit, j’ai imaginé les personnages entourés de ce papier peint caractéristique ! J’ai aussi fait totalement confiance à l’auteure en ne lisant pas la quatrième de couverture, d’ailleurs, je les lis rarement. Je ne m’attendais donc à rien de particulier, mais j’avais une furieuse envie de me lover dans cette sensibilité qui caractérise la plume de Christelle Saïani. Et je n’ai pas été déçue !
La pluie gifle les vitres, se radoucit un peu, tambourine à nouveau, furieuse et perfide. Depuis quelques minutes, le ciel n’est plus qu’une gigantesque outre noire, percée de toutes parts, qui se déverse sur la ville, trop fort et trop vite. Dehors, les voitures allument des yeux jaunes éblouissants dans des gerbes d’eau sale, les caniveaux dégorgent, les gouttières concentrent la colère du ciel dans un vacarme de zinc. Les piétons courent se mettre à l’abri sous une porte cochère ou dans le ventre chaud d’une boutique. Une silhouette se débat, vêtements collés aux os, les cheveux aussi liquides que de l’encre noire. On la croirait sortie de la mer. Son parapluie s’est retourné et se démembre, devient une méduse flasque qui ne protège plus de rien. Le corps se résigne, jette le pépin désarticulé dans une poubelle, se fond au torrent qui s’abat de plus belle.
S’il est toujours question de relations humaines, de partages et d’amour, ici la plume se veut plus mature, plus posée, réfléchie. Elle se veut au service d’une envie d’explorer la psychologie humaine tout en la mettant en contradiction avec la société. Si dans Lumière, le texte est beau, lisse mais profond, ici les aspérités sont plus rugueuses, plus fouillées. La trame se tord pour la mettre en contradiction avec la société française des années 70 où le moindre mouvement était considéré comme une atteinte à l’ordre public, ou à la morale. Si être une femme dans les années 70, fait d’elle une combattante, être un homme ne facilite pas toujours la vie.
Christelle Saïani tisse une saga familiale où les destinées de plusieurs générations s’entrelacent, révélant des secrets enfouis et explorant les thèmes de l’amour, de la trahison et de la reconstruction.
La trame historique avec les rebondissements sociaux, les procès d’envergure, les lois sur l’avortement, l’autorité parentale conjointe est enfin votée. Il reste encore beaucoup de chemin à faire pour que la société accepte ces changements et bien d’autres encore. Si « une petite fellation sous le bureau » passe très bien dans le bureau ovale en 1989/1990, dans les années 70, il ne fait pas bon de se payer une gâterie…
J’ai tout aimé dans ce roman, le sujet principal, que l’auteure aborde avec finesse, empathie, pudeur, pour montrer la banalité de la chose et la violence de la société. Le rejet de la famille, de toute une ville au point de devoir tout quitter pour tenter de se préserver et préserver sa famille. La fluidité du récit, la plume immersive et visuelle donnent une densité au roman, à la croisée des chemins entre quotidien et sociétal, avec une immersion dans une histoire de vie riche, où les secrets donnent une saveur particulière.
Elle tenait un livre dans les mains, il lui en a demandé le titre. Au bonheur des dames, son roman préféré. Il lui a avoué qu’il lisait peu, elle lui a répondu, le livre, c’est tout ce que tu aurais pu être et que tu n’es pas, la vie décuplée, sans limites. C’est vivre davantage et plus fort. Un autre temps, d’autres espaces. Pas d’interdits. Une autre peau. C’est mourir et renaître, souffrir, mais pas plus que ce que tu ne peux supporter. Une autre peau, une idée vertigineuse. Il s’est demandé si elle aussi cherchait à échapper à quelque chose.
Au fil des pages, le lecteur découvre comment la société, la famille, peuvent influencer une vie personnelle et professionnelle, tout en explorant les défis et les joies qui en découlent. Les protagonistes sont dépeints avec profondeur ce qui les rend attachants et crédibles, chacun portant ses propres aspirations et tourments.
L’auteure restitue avec précision l’atmosphère des différentes époques traversées, notamment les années 1970, en abordant des sujets tels que les mœurs sociales et les évolutions législatives.
Un parfum de moka et de térébenthine m’a captivé par sa capacité à mêler les destinées individuelles à la grande Histoire, offrant une réflexion profonde sur les conséquences des actes, mais aussi sur l’évolution de la société française. La plume de Christelle Saïani, à la fois délicate et évocatrice, rend un hommage vibrant à la complexité de l’être humain. Elle signe ici, un livre poignant qui explore les méandres des relations familiales et la quête de vérité et offre une immersion riche en émotions, invitant le lecteur à s’interroger sur les non-dits et les héritages familiaux.
Parution : 3 janvier 2025 – Auto-édition – Pages : 208 – Disponible chez Books On Demand – Genre : littérature française, roman social, psychologique, tabou, famille
1970. Louis a vingt ans et le physique d’une idole. Fraîchement diplômé, il est très courtisé. Cinq ans plus tard, cadre, marié et jeune père de famille, il commet une infidélité lors d’un déplacement professionnel mais la soirée dégénère et Louis se retrouve au coeur d’un scandale. Condamné à de la prison, il perd son emploi, son honorabilité, ses proches à l’exception de sa femme, Marie. Le couple se reconstruit lentement. Le jour où Louis et Marie acquièrent une maison et rencontrent leur nouveau voisin, le passé les rattrape et leur vie bascule à nouveau. 2015. Samuel, le petit-fils de Louis, effectue à l’insu de son épouse Camille une démarche qui bouleverse leur vie et entraîne, par un effet domino, la révélation de secrets familiaux. Pensez-vous connaître ceux qui partagent votre vie ? Jusqu’où iriez-vous pour vous conformer aux diktats de la société ? Que pourriez-vous accepter par amour ?
Ju lit Les Mots
Blog littéraire – Critiques littéraires – Co-fondatrice Prix des auteurs inconnus – Membre the funky geek club – Contributrice journal 20 minutes
En savoir plus sur Ju lit Les Mots
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
Catégories :Contemporain, Littérature française

Chronique d’un silence assourdissant : Ibn d’Asya Djoulaït
Les avis de Céline C. : La petite bonne de Bérénice Pichat
Les avis de Céline C. : Rousse ou les beaux habitants de l’univers de Denis Infante
Les avis de Céline C. : La fille aux godillots d’Agnès Ollard
Une lecture qui a l’air particulièrement intéressante et qui interroge. Je note !
J’aimeAimé par 1 personne
Je te recommande sincèrement sa lecture 😉
J’aimeAimé par 1 personne
Merci beaucoup Julie pour cette très belle chronique, l’auteure sera enchantée de lire tes mots, ton émotion. Tu m’avais déjà dit que la plume de Christelle était à découvrir. Même si le genre de ce roman n’est pas vraiment dans ma « cible » si je peux dire ça ainsi, tu donnes très envie de plonger dans cette histoire. Qui sait ? je me laisserais peut-être tenter 😉
😘
J’aimeAimé par 1 personne
Merci ma Céline 🙂
J’apprécie la plume de Christelle et elle fait partie du cercle très restreint des auteurs auto-édités que je continue à lire.
C’est une histoire de vie, avec ses hauts et ses bas, et les trajectoires qu’elle peut prendre selon les époques que nous vivons. Je ne pense pas qu’on puisse parler de cible particulièrement pour celui-ci. Dans Lumière je pensais à une romance, finalement cela a été bien différent…
Je pense sincèrement que c’est un livre qui peut tous nous toucher 😉
J’aimeAimé par 1 personne
C’est vrai qu’elle donne envie, cette couverture 🙂 ça m’aurait tentée vu les sujets abordés, mais je suis réticente à lire des livres auto-édités après plusieurs mauvaises expériences… A voir.
J’aimeAimé par 1 personne
Je comprends, mais il y a aussi quelques auteurs qui se démarquent. Nous ne sommes pas ici dans un livre écrit à l’emporte pièce. L’auto édition s’est grandement améliorée et le texte de Christelle démontre bien que l’auto édition n’a pas à rougir de ses auteurs. Je ne lis que très peu d’auteurs auto édités, alors même que j’ai cofondé un prix…
J’aimeAimé par 2 personnes
Il faut bien se fixer des limites quelque part ^^ Jusqu’ici mes expériences avec l’auto-édition ne me donnent pas envie de franchir à nouveau ces limites-là. Je changerai peut-être d’avis un jour, mais pour l’instant j’ai assez à faire avec les éditeurs classiques.
J’aimeAimé par 2 personnes
Je comprends 😉 En tout cas si un jour tu as envie celui-ci sera très bien 😉
J’aimeAimé par 1 personne
Je l’ai lu moi aussi et j’ai beaucoup aimé la plume de Christelle Saiani. L’histoire est très intéressante. Son premier roman était déjà très bien. Là c’est la confirmation d’un talent littéraire. En plus c’est une autrice très gentille et humble. Ton retour est beau Julie. Merci à toi 🙂
J’aimeAimé par 2 personnes
J’ai lu ton avis avec plaisir 🙂 Oui c’est une belle personne !
Merci Frédéric 🙂
J’aimeAimé par 1 personne
Je t’avoue que ce n’est pas une période qui m’intéresse plus que cela mais en te lisant, je réalise que c’est une période avec ses propres défis et un schéma sociétal que je suis ravie de ne pas avoir connu.
J’aimeAimé par 1 personne
Je comprends, c’est une période assez riche en combats féminins et avec plusieurs lois très importantes, cette richesse se retrouve dans le texte qui court sur plusieurs décennies 😉
Oui, je suis ravie aussi !
J’aimeAimé par 1 personne
J’aime le parfum moka, moins celui de la térébenthine 😛
J’aimeAimé par 1 personne
Le mélange des deux est détonnant 😅😉
J’aimeAimé par 1 personne
Je vais vomir ! 😆
J’aimeAimé par 1 personne
😅
J’aimeAimé par 1 personne
c’est une auto édition ? en tout cas ce livre a vraiment su te plaire! bravo pour ce beau billet
J’aimeAimé par 1 personne
Oui ! Une belle plume auto éditée 🙂 Comme Céline. Toutes deux essaient de se faire éditer et malgré de bons textes elles n’arrivent pas à se faire remarquer 😢
J’aimeAimé par 1 personne
Un grand merci Julie pour cette formidable chronique. Merci aussi à vous Frédéric, ainsi qu’à tous ceux qui prennent le « risque » (très modéré) de lire une autrice autoéditée. Je n’entrerai pas dans le débat édité/autoédité, personnellement je préfère lire Proust (initialement édité à compte d’auteur), Sapienza (qui n’a jamais été éditée de son vivant) ou Toole (qui s’est suicidé après X refus d’éditeurs, édité après sa mort grâce à la pugnacité de sa mère, prix Pulitzer à titre posthume !) que Jordan Bardella ou d’autres… Le roman le moins bien noté de Babelio (1.42/5) est d’ailleurs l’ouvrage édité d’un comédien célèbre 😉
Merci encore Julie !
J’aimeAimé par 1 personne
Avec plaisir ! Personnellement je n’ai rien contre les auto édités, je choisis ceux que j’ai envie de lire comme je le ferai d’un édité. Beaucoup d’auteurs ont rencontré des difficultés et cela ne fait pas d’eux de mauvais auteurs. Mais je peux comprendre que certains soient frileux, avec le prix des auteurs inconnus, j’ai pu constater que la rigueur n’était pas toujours au rendez-vous.
L’édition aujourd’hui est une manne financière avant tout… Et je préfère largement lire un auto édité que Bardella et autres édités ! Malheureusement ils ont la visibilité qui fait défaut aux auto édités 😦
L’auto édition monte en qualité et c’est grâce à des livres comme celui-ci 😉
J’aimeAimé par 1 personne