Les avis de Céline C. : Pourquoi votre cerveau n’en fait qu’à sa tête – Connaître les biais cognitifs pour mieux les déjouer, d’Eric La Blanche et Pascal Gros 

Comme beaucoup de mes lectures, j’ai trouvé ce livre étonnant, par hasard, à la bibliothèque.

Dès qu’il s’agit du cerveau et de son fonctionnement, je suis intriguée. Un organe aussi moche, à la texture aussi improbable, et qui représente la quintessence de ce que nous sommes, est tout de même fascinant. Ici, il est question des biais cognitifs. Un sujet intéressant sur lequel je n’ai que peu de connaissances. En général, ce genre de thématique est traitée avec sérieux et componction, mais ici rien de tel. Au contraire, c’est dans un bain d’humour que sont immergées ces notions complexes. D’ailleurs, je me suis interrogée sur le sérieux de l’auteur, mais il semble que tout soit vrai. Si je devais résumer cet ouvrage en une seule phrase, ce serait assez facile : « nous sommes tous cons » (nous les humains, pas nous ici, là, en train de lire cet avis).

Dans une première partie, l’auteur explique en détails ce que sont ces biais cognitifs, et comment ils ont été découverts. Homo sapiens n’est-il pas censé être l’espèce la plus intelligente ? oui et non. Et chaque jour nous apporte la preuve de cette dichotomie. Parce que nos capacités cérébrales peuvent être obscurcies par des tentations (sexe, bouffe, marketing, sans parler des discours politiques fallacieux). Nos jugements, nos prises de décision, peuvent donc être impactés par de nombreux facteurs. Comme le dit l’auteur : nos biais cognitifs sont à notre jugement ce que les illusions d’optiques sont à notre vision.

Pour illustrer le propos, il nous invite à répondre à cette question (attention, il y a un piège) :

Réponse : Aucun, ils sont identiques.

Puis, l’auteur tente de démontrer pourquoi ces biais cognitifs existent. Il nous parle d’évolution, de notre jeune espèce (au regard de l’évolution nous sommes des jeunots), qu’hier encore nous étions en train d’arpenter la campagne à la recherche de la plante qui pourrait guérir le mal d’estomac de la tribu après l’ingestion d’une trop grande quantité de mammouth laineux, et il est donc question de biais survivants, utiles à l’époque. Le sont-ils encore aujourd’hui ? Certains des biais cognitifs seraient là pour nous aider à réduire notre dissonance cognitive (vous savez quand nous sommes face à nos propres contradictions, et que nous nous sentons mal. Par exemple, on sait que l’on rejète des tonnes de CO2, responsable de la dérive climatique, et l’on continue malgré tout à prendre l’avion). Et comme notre système cognitif apprécie peu d’être en dissonance, il trouve des explications biaisées : le réchauffement climatique peuh, ça va bien maintenant, parce que hein, faut quand même pas déconner, j’y ai droit à ces vacances. En gros ça sert à ne pas trop se poser de questions, à ne surtout pas trop analyser nos contradictions. 

Enfin, l’auteur décortique 24 biais cognitifs (il y en a davantage), en donnant à chaque fois des exemples concrets, et comment il est possible de les déjouer. Je ne résiste pas à l’envie de vous en citer deux :

Le premier est le biais d’optimisme, qui m’a rappelé quelques souvenirs. Avec l’exemple de Virginie-du-bureau (une de ces ultracrépidariens rencontrés par grappes lors de l’épidémie de coronavirus), qui grâce aux huiles essentielles n’attrape jamais rien, et n’attrapera rien, elle le sait. Sauf que …. Comme beaucoup d’entre nous, Virginie penche du côté optimiste des choses, programmée à ça par le biais d’optimisme.

Le deuxième est le biais de surconfiance (dont souffre aussi Virginie-du-bureau), encore appelé l’effet Dunning-Kruger. Et un homme incarne parfaitement ce biais : Donald Trump. Ce biais est la tendance qu’ont les personnes les moins qualifiées dans un domaine à surestimer leurs compétences. Comme le souligne avec justesse l’auteur, c’est un problème de métacognition, c’est-à-dire qu’il est lié à la connaissance de la connaissance, ou en d’autres termes, à ce que nous ignorons que nous ignorons.

Ce livre documentaire est une mine d’informations, et d’explications sur la capacité de notre cerveau à faire ce que bon lui semble ! Heureusement, nous sommes capables de contrer ces biais cognitifs, il suffit parfois, de réfléchir juste un peu. Encore faut-il le vouloir. 


Parution : 04 juin 2020 – Éditeur : First  Pages : 176 Genre : Documentaire, sciences, littérature française

Pourquoi la plupart des gens préfèrent-ils toucher 50 euros maintenant plutôt que 100 euros dans un an ? Pourquoi, dans certaines situations, sommes-nous aussi facilement influençables ? Qu’est-ce qui explique que nous puissions être à la fois sincères et de mauvaise foi ? Et pourquoi, plus généralement, commettons-nous tant d’erreurs ? 

Tout simplement parce que notre cerveau est une machine à trafiquer la réalité ; il fabrique en permanence des « illusions d’optique » du jugement : les biais cognitifs. Ainsi, chaque jour, malgré nos vaillants efforts, des dizaines de biais cognitifs insolites et variés pourrissent la plupart de nos décisions. Ils nous poussent à faire des choix qui ne sont pas (vraiment) les nôtres.

Ce livre se propose d’entrer dans votre cerveau et de décortiquer, avec pédagogie et humour, les mécanismes cérébraux à l’origine des biais cognitifs, afin que vous puissiez les repérer et tenter de les déjouer (bonne chance !).

Vingt-quatre biais cognitifs, parmi les plus célèbres, sont ainsi passés au crible par le journaliste scientifique Éric la Blanche et illustrés par le dessinateur Pascal Gros.


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Catégories :Documentaire, essai..., First, Les avis de Céline C., Littérature française

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2 réponses

  1. j’ai souri (et en ce moment cela fait du bien) à cette phrase

    Un organe aussi moche, à la texture aussi improbable, et qui représente la quintessence de ce que nous sommes, est tout de même fascinant.

    c’est bien vrai !

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