Les saules de Mathilde Beaussault


La soupe fume encore dans la cocotte. On a ajouté de l’eau pour l’allonger et satisfaire les estomacs. La télévision gueule à plein régime des informations que le père écoute d’une oreille tout en fixant son assiette, sa bedaine en accordéon posée contre ses cuisses.


A l’occasion de la sortie de son deuxième roman, je me suis dis que ce serait intéressant que je vous parle du premier roman de Mathilde Beaussault. En effet Les Saules promettait une intrigue à la fois sombre et bouleversante, au cœur d’un hameau breton.

L’histoire débute par la découverte du corps de Marie, dix-sept ans, retrouvée au bord de la rivière. Sa mort brutale secoue la petite communauté. Mais ce drame est aussi vu à travers les yeux d’un personnage singulier : Marguerite, une petite fille solitaire que tout le monde voit comme une simple d’esprit. Marguerite a vu quelque chose cette nuit-là. Seulement voilà : elle ne parle presque pas.

Sur le papier, l’intrigue avait tout pour fonctionner. Une enfant marginalisée, les secrets d’un village, les tensions familiales et les rancœurs anciennes… Ce type de cadre peut offrir une atmosphère forte, presque étouffante, où chacun semble cacher quelque chose. Marguerite, mal aimée par ses parents, moquée à l’école, trouve refuge au bord de la rivière, elle observe le monde sans vraiment y prendre part, tandis que les adultes, gendarmes comme habitants, tentent de comprendre ce qui s’est passé.

Malheureusement, malgré ce point de départ intéressant, la lecture m’a laissé une impression assez mitigée. J’ai trouvé qu’il y avait trop de stéréotypes, la saleté, l’ignorance de certains personnages, comme si ceux qui vivent en milieu rural sont nécessairement sales ou incultes (l’opposition entre la mère de Marguerite et sa sœur partie vivre en ville). Le village, la famille de Marguerite, les figures locales : beaucoup de personnages semblent enfermés dans des archétypes assez attendus. C’est d’autant plus étonnant que l’autrice vient elle-même d’un milieu rural, ce qui aurait pu apporter davantage de nuances et de complexité à cet univers.

L’écriture elle-même ne m’a pas toujours convaincu. Certaines phrases m’ont semblé maladroites, et j’ai relevé plusieurs détails qui donnent l’impression d’un manque de relecture. Par exemple, Jeanine devient soudainement Jeannine d’une page à l’autre (pages 23 et 24), ce qui peut paraître anodin mais finit par briser l’immersion.

Autre point un peu déroutant : l’histoire semble se situer dans les années 1980, mais le langage employé par certains personnages paraît parfois très contemporain. Certaines expressions, comme le mot « meuf » donnent l’impression d’appartenir à notre époque, ce qui crée un décalage avec l’ambiance supposée du récit. Le mot meuf, n’existait pas dans les années 80 !

Et puis il y a les fautes d’orthographe. Elles ne sont pas extrêmement nombreuses, mais suffisamment visibles pour être remarquées — et dans un livre publié, c’est toujours un peu regrettable.

C’est dommage, car l’intrigue avait du potentiel : un meurtre mystérieux, une enfant mutique qui détient la clé, un village plein de non-dits. Tous les ingrédients étaient réunis pour créer un roman rural sombre et captivant. Mais entre les stéréotypes, certaines maladresses d’écriture et ces incohérences, mon plaisir de lecture s’est perdu en route.

Même si mon avis est assez mitigé, j’ai bien envie de lire le second pour donner une seconde chance et voir un peu si la plume de l’auteure a changé.

Au final, Les Saules reste pour moi un livre aux intentions intéressantes, avec une idée de départ prometteuse, mais dont le traitement ne m’a pas totalement convaincu. Une lecture où l’on devine ce que le roman aurait pu être… sans que la promesse soit pleinement tenue.


Parution : 10 janvier 2025 – Éditeur : Seuil – Pages : 272 – Genre : Littérature française, thriller, polar, policier,

Aussi âpre que bouleversante,
une histoire de liberté et de meurtre,
de silence et d’amitié,
au cœur d’un hameau breton.

Allongée au bord de la rivière, cachée par les saules pleureurs, Marie, dix-sept ans, semble paisible, endormie, ce que démentent les marques sombres sur son cou.
Sa mort brutale ébranle toute la communauté, et surtout Marguerite, une petite fille solitaire que tous croient simple d’esprit. Ses parents, peu enclins à manifester leur affection, travaillent leur terre du matin au soir. Livrée à elle-même, maltraitée à l’école, elle aime se réfugier au bord de la rivière, où elle se sent en sécurité sous les saules.
Cette nuit-là, elle a vu quelque chose. Elle voudrait bien aider Marie, la seule qui était gentille avec elle. Mais voilà, Marguerite ne parle pas, ou presque jamais. Mutique derrière sa chevelure sale et emmêlée, elle observe l’agitation des adultes qui, gendarmes ou habitants, mènent l’enquête. Mais comment discerner la vérité parmi les rumeurs, les rivalités familiales et les rancœurs tissées de longue date ?


Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 juillet 2025 au 11 juillet 2026)


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Catégories :Littérature française, Seuil, Thrillers/Polars

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4 réponses

  1. Je ne l’ai pas encore lu alors qu’il est dans ma WL depuis sa sortie. Peut-être que je commencerais par lire son dernier. Dommage pour le manque de relecture, ça a tendance à me sortir du livre ou comme toi, à freiner mon plaisir de lecture.

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  2. je crois qu’il n’y a plus, ou beaucoup moins, de correcteurs dans les maisons d’édition; et c’est bien dommage !

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